" France insoumise " : faites que la farce Kotarac soit la dernière

, par  DMigneau , popularité : 0%

" France insoumise " : faites que la farce Kotarac soit la dernière

C’est l’histoire d’un jeune homme engagé en politique, passé par le PS avant de rejoindre " La France insoumise ", avant de finir par rallier l’extrême droite, toute honte bue.

Andréa Kotarac.

Jusqu’à peu, personne n’étant pas dans l’univers de " La France insoumise " (LFI) ne connaissait ce nom. Juriste en droit public, conseiller régional LFI en Auvergne-Rhône-Alpes, il fut également candidat aux législatives de 2017, dans la septième circonscription du Rhône.

Kotarac était considéré comme " proche " de Jean-Luc Mélenchon.

En juin 2017, ce dernier disait de lui : « Quand je vois des jeunes, comme Elliott Aubin et Andréa Kotarac, prêts à reprendre le flambeau, je me dis que " la France Insoumise " a réussi. Je me dis que le fil rouge n’est pas près d’être rompu. »

Kotarac fait partie de ceux, à LFI, qui ont fait des grands principes républicains - la laïcité en pointe - leur principal combat.

Et c’est tout à leur honneur.

Sauf que, mardi 14 mai, Kotarac a rompu " la ligne rouge " et pas qu’un peu. Dans une interview à la revue " Eléments ", revue d’extrême droite, il annonce sans sourciller :

« Etant né en 1989, je dois vous avouer être assez peu sensible aux tabous posés par la gauche en 1980. Je voterai donc pour la liste menée par Jordan Bardella et Marine Le Pen. »

Votre serviteur étant, lui aussi, né en 1989, il doit vous avouer qu’il n’avait pas bien saisi que le tabou du " rouge-brun " datait de 1980, mais c’est une autre histoire…

Il est très brun votre rouge

Les premières " secousses " du tremblement de terre – toute proportion gardée – se font déjà ressentir.

Et là, qui est-ce qui déboule " la bave aux lèvres " ?

Ruth Elkrief.

BFMTV ne boude pas son plaisir : « Il passe de Mélenchon à Le Pen  », peut-on lire en titre de l’interview. On ne peut pas dire que cette émission (un des rendez-vous politiques majeurs pour la chaîne d’info) ait pour habitude de recevoir un conseiller régional.

L’occasion était trop belle.

Elkrief jubile : « Mais vous venez de " La France insoumise " et vous allez au " Rassemblement national " ? », fait-elle mine de questionner à plusieurs reprises.

Que dit Kotarac ?

Qu’il est temps de « faire barrage » à Macron.

Que l’extrême droite est « la seule liste souverainiste », « la mieux à même de faire barrage à Macron » et qu’il a été « rassuré sur la fibre sociale » du parti de Marine Le Pen.

On ne sait plus si l’on doit rire ou pleurer.

Et concernant LFI, que dit Kotarac ?

Que « sur l’immigration, Jean-Luc Mélenchon a un bon constat, il a dit que l’immigration était une souffrance […] puisque c’est une souffrance, il faut l’arrêter. […] Je préfère que les gens vivent dignement, fièrement, chez eux. »

Cela se passe de commentaires.

Kotarac a, depuis, fait savoir qu’il allait « rendre [s]on mandat de conseiller régional conformément à l’éthique qui est la mienne ».

« L’éthique » ?? Quelle bonne blague !!

Bombe à retardement

La blague avait commencé quelques semaines auparavant, en réalité.

Du 18 au 20 avril, Kotarac est à Yalta, en Crimée, territoire annexée par la Russie il y a cinq années.

Marion Maréchal est aussi présente, comme Thierry Mariani – récent transfuge de LR au RN – et plusieurs centaines d’autres personnes.

Mais ce sont bien eux trois qui nous intéressent ici. Notamment à cause des déclarations de Kotarac en personne :

« Je ne suis pas d’accord avec Mariani et Maréchal sur de nombreux sujets. Mais sur la défense de la souveraineté nationale et sur la nécessité de s’allier à la Russie, je suis d’accord. Je suis venu pour dire qu’une partie de la gauche française ne considère pas la Russie en ennemi, bien au contraire. »

Entre considérer la Russie " en ennemi " et se marier avec l’extrême droite, il peut y avoir un monde.

Pas pour Kotarac.

Sur BFMTV, mardi dernier, celui-ci assure que Marine Le Pen l’a soutenu après cette virée à Yalta.

Tu m’étonnes !!

A " La France insoumise ", une fois le choc encaissé, on a sorti " l’artillerie lourde ".

Un communiqué cinglant du " Parti de gauche ", qui « prononce immédiatement son exclusion », évoquant un « épiphénomène ».

Le député Adrien Quatennens fustige « un coup monté et un naufrage individuel », même Djordje Kuzmanovic se dit déçu, arguant qu’« appeler à voter RN, c’est ne rien comprendre au souverainisme ».

De son côté, Jean-Luc Mélenchon évoque sur " Twitter " un « traître », avant de s’étonner que cette affaire devienne un « sujet médiatique », en lieu et place de la pure politique.

Il est certain que l’emballement médiatique est disproportionné, compte tenu de la portée politique que peut avoir un Kotarac. Néanmoins, les adversaires de LFI sabrent le champagne, l’extrême droite surtout.

Peut-on parler d’une simple " erreur de casting ", d’un élément isolé ?

Il faut l’espérer. Mais à lire le communiqué des " Jeunes insoumis " de Clermont-Ferrand, le doute subsiste, lorsqu’ils expliquent que « la ligne souverainiste et nationaliste, républicain et laïque qu’incarne notre mouvement " La France Insoumise " ne peut en aucun cas passer par une alliance avec l’extrême-droite ».

La ligne « souverainiste et nationaliste » !

Les mots ont un sens, les actes aussi.

Loïc Le Clerc

Regards.fr