Footleaks : "Il faut protéger les joueurs, y compris contre eux-mêmes"

, par  DMigneau , popularité : 28%

Footleaks : " Il faut protéger les joueurs, y compris contre eux-mêmes "

Les révélations du " Football Leaks " dressent un tableau inédit de la gangrène qui ronge le ballon rond. Avocat spécialisé dans le droit à l’image des sportifs - il a conseillé Laure Manaudou, Amélie Mauresmo ou Yoann Gourcuff -, Didier Poulmaire siège au Tribunal arbitral du sport, institution internationale basée à Lausanne. Et fustige les " faiblesses " des autorités sportives nationales.

Didier Poulmaire, avocat des stars du milieu sportif français. TONTONJO/SIPA

" Football leaks ", l’enquête menée l’European consortium of investigative journalisme, dont " Mediapart " fait partie, a révélé une partie du foot-business sur le continent. Ronaldo, star du Real de Madrid, et ses 150 millions d’euros dissimulés depuis 2008 aux îles Vierges britanniques, hérite même d’une enquête du Fisc espagnol suite aux révélations sur ses habitudes fiscales.

Didier Poulmaire, avocat des stars du milieu sportif français, en appelle à une harmonisation des règles qui régissent le patrimoine des sportifs en Europe.

Marianne : Que vous inspirent l’affaire de « Football Leaks » et les révélations sur ces montages financiers exotiques qui permettent à des joueurs vedettes d’échapper à l’impôt ?

Didier Poulmaire : L’image des footballeurs a une valeur marchande, ce n’est pas nouveau. Et la gestion de leur notoriété est devenue une industrie... qui a visiblement besoin d’être assainie.

Si les meilleurs joueurs du monde se mettent à céder leurs droits à l’image à des coquilles domiciliées dans des paradis fiscaux, qui n’ont aucune substance, aucune équipe sur place, aucune activité, c’est une dérive grave.

Le droit - celui de la propriété intellectuelle en l’occurrence - est censé protéger les intérêts patrimoniaux des athlètes. Pas servir d’alibi à des schémas sophistiqués d’évasion fiscale.

Ce scandale révèle en creux les faiblesses du contrôle pratiqué par les autorités sportives nationales. Et l’absence d’harmonisation réglementaire au niveau européen. On parle beaucoup, dans les hautes instances du foot, des droits télé ou de l’organisation des championnats. Mais personne ne se soucie de protéger les gamins des centres de formation contre l’influence de ces « conseillers » qui leur font signer tout et n’importe quoi...

Marianne : Vous pensez que Ronaldo, Messi et les autres sont victimes de leur entourage ?

Didier Poulmaire : Beaucoup de monde tourne autour d’eux, ce sont des proies faciles. Pour approcher un multimillionnaire du foot, il suffit de sortir le bon soir dans la bonne boîte de nuit, c’est à la portée de n’importe quel aigrefin. Et quand la famille s’y met, c’est encore plus terrible.

Regardez la récente condamnation de Messi pour fraude fiscale : qui était sur le banc des accusés avec lui ? Son propre père ! Un journaliste chilien, dont j’ai préfacé le dernier livre, " la Traque des enfants footballeurs " (Talent sport), raconte comment on peut acheter un gamin talentueux en Amérique du Sud pour 10 000 dollars et le monnayer ensuite sur le marché international des transferts.

C’est la face sombre de ce sport où les flux financiers sont devenus tellement énormes qu’ils alimentent toutes les obscénités.

Marianne : La France est-elle à l’abri ?

Didier Poulmaire : Sur le plan pénal, les choses sont clairement établies chez nous depuis une quinzaine d’années. Chaque fois que l’Urssaf et le fisc ont pu démontrer que les sociétés créées par des joueurs pour gérer leur image étaient fictives, les clubs et les sponsors qui avaient trempé dans la magouille ont été condamnés.

Après, lorsque des footballeurs français partent à l’étranger, sans parler la langue ou bénéficier d’un appui juridique, ils sont plus vulnérables. J’ai vu dans certains contrats des clauses hallucinantes... Il faut absolument protéger les joueurs. Y compris contre eux-mêmes.

Propos recueillis par Arnaud Bouillin

Marianne