Fin de la " Convention Climat ". Une note salée de 3,3 sur 10 pour le gouvernement

, par  DMigneau , popularité : 0%

Fin de la " Convention Climat ". Une note salée de 3,3 sur 10 pour le gouvernement

17 mois après le lancement de la " Convention Citoyenne pour le Climat ", les participants reprochent au gouvernement de n’avoir que très peu tenu compte de leur 149 propositions pour " mener la transition écologique ".

Après 17 mois de discussions, les 150 membres de la " Convention Citoyenne pour le Climat " (CCC) se sont réunis une dernière fois, derrière leurs écrans zoom, pour discuter du bilan de cette initiative et noter la prise en compte de leurs recommandations par le gouvernement, notamment à partir de la loi " Climat et Résilience " publiée ce 10 février.

La note est salée : 3,3 sur 10 pour la reprise des propositions.

La note la plus basse répond à la question “ Dans quelle mesure les décisions du gouvernement relatives aux propositions de la CCC permettent-elles de s’approcher de l’objectif fixé ” : elle s’élève - ou plutôt s’abaisse - à 2,5 sur 10, d’après " Le Monde ".

Mise en place en octobre 2019, après la crise des " Gilet jaunes " et le " Grand Débat ", la CCC est composée de 150 volontaires " tirés au sort " pour discuter et proposer des réponses à la crise climatique.

L’objectif affiché du gouvernement est alors de “ diminuer d’au moins 40 % (par rapport à 1990) les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 dans un esprit de justice sociale ”.

L’organisation des discussions se découpe en 7 parties : se nourrir, se loger, se déplacer, consommer, produire et travailler, et " la gouvernance ".

Initiée par le gouvernement, encadrée par une mainmise très importante de ce dernier sur les débats et sur le choix des intervenants, la CCC vise ainsi à répondre à la colère qui s’exprime sur la question « écologique » à travers la jeunesse en simulant un moment de " démocratie ".

Plus d’un an plus tard, si même ceux qui participent activement à l’initiative la remettent en question, cela confirme à quel point cette " convention " est une mascarade.

" Manque d’ambition ", " poids des lobbys ", " tromperie ", " grande déception " : les participants pointent les freins systémiques à la réalisation d’un tel objectif écologique dans le cadre de la CCC.

« L’ambition n’est pas là, regrettait Matthias Martin-Chave, un développeur Web lyonnais de 32 ans. Le gouvernement n’a repris que les mesures faciles ou qui servent les intérêts économiques. Toutes les propositions fortes, à même de changer le modèle de société, ont été vidées de leur substance ou sont tombées " aux oubliettes ". ».

Pour autant, le modèle de la CCC comme vecteur d’une plus grande démocratie n’est pas remis en cause par les participants qui ont attribué la meilleure note en réponse à la question de savoir si " le recours aux conventions citoyennes [était] de nature à améliorer la vie démocratique de notre pays ".

https://twitter.com/Conv_Citoyenne/status/1366074789899681795?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1366074789899681795%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.revolutionpermanente.fr%2FFin-de-la-Convention-Climat-Une-note-salee-de-3-3-sur-10-pour-le-gouvernement

Les associations " écologistes " pointent, elles-aussi, les limites de cette " convention ". C’est le cas de " Greenpeace " qui a décerné un “ bonnet d’âne au gouvernement ”.

" On ne peut pas demander à des citoyens et citoyennes de s’impliquer pendant des mois sur un sujet aussi crucial et attendre d’eux d’adhérer à la manipulation qui en est faite ", affirme ainsi Clément Sénéchal, chargé de campagne politiques climatiques. "

La ministre de " la transition écologique ", Barbara Pompili, a elle-même affirmé au journal " Le Monde " : “ Ce n’est pas une surprise, on s’y attendait ”.

Par ces conclusions, à l’issue de 17 mois de discussion, cette " convention " prouve une fois de plus le caractère totalement anti-démocratique de notre système. Si Macron s’est vu obligé de mettre en place ce « groupe de débat » pour se donner une image plus " démocratique " sans que cela n’ait aucun poids dans la décision politique, d’une part cela montre que la population a de moins en moins confiance dans le gouvernement pour être représentée et, d’autre part, que nous ne pouvons pas faire confiance à « l’Etat » pour répondre à la crise climatique.

D’autant que Barabara Pompili, ministre de " la transition écologique ", s’exprime ainsi à propos des retours de la CCC : “ Certains citoyens ont décidé de mettre zéro à tout. Il y a eu quinze zéros sur quatre-vingt-onze exprimés, alors qu’on a repris quasiment mot pour mot la proposition de la convention. Je ne vois pas ce qu’on aurait pu faire de plus.

Incapable de reconnaitre le caractère systémique de la question climatique, le gouvernement montre ainsi sa résolution à masquer la responsabilité des capitalistes dans la crise climatique en faisant appel à la responsabilité individuelle, à travers des items de discussion comme " se loger " ou " se nourrir ".

L’issue de la CCC n’est ainsi qu’une illustration claire, nette et précise d’à quel point le gouvernement ne peut pas prendre en charge la « transition écologique ».

En décembre dernier, lors d’un des derniers échanges entre la " Convention citoyenne pour le climat " et le gouvernement, Emmanuel Macron avait annoncé un référendum pour inscrire « le climat » dans la constitution.

Cette annonce qui constituait un véritable " coup de com’ " apparaît aujourd’hui comme un pari difficilement tenable. Au delà de la faisabilité même du référendum dont la communication du gouvernement ne dit plus un mot, il n’y a aucune illusion à avoir dans le référendum que veut mettre en place Macron et si la lutte contre le climat est inscrite dans la constitution, ce n’est que par nos luttes et combats que nous ferons appliquer de réels changements.

Ainsi, loin de toute illusion, il s’agit de revendiquer une « transition écologique » qui ne se base pas sur l’attente que le gouvernement finisse par réagir, car il ne le fera pas.

Comme l’ont pointé les participants de cette convention, le gouvernement ne défend que les intérêts des « grands patrons » et des multinationales.

Nous devons revendiquer une « transition écologique » dirigée par les travailleurs qui connaissent « l’outil de travail » et sont les premiers touchés par cette crise.

Nous devons lutter contre le " Greenwashing " et la cooptation des luttes " écologistes " par des gouvernements et des entreprises qui cherchent, encore une fois, seulement à faire du profit en mettant en avant des luttes comme celle des grévistes de la raffinerie de Grandpuits qui dénoncent le " greenwashing " de " Total " !

Sara YUKI

Revolutionpermanente.fr