Figures archétypales Le néo-capitalisme, ses débuts

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Figures archétypales. Le néo-capitalisme, ses débuts

Le « vieux capitalisme » est mort en donnant naissance à un capitalisme tardif produisant une baisse tendancielle mondialisée des taux de profits, donc des guerres impérialistes sans fin, un chômage structurel, des " délocalisations ", des " précarisations ", des polarisations avec leurs nécessaires " variables d’ajustement " pesant sur les salaires et les « stocks » de populations à exploiter et à dresser " les unes contre les autres ".

C’est dans ce contexte qu’a été fabriqué le terrorisme qui permet de légitimer les politiques répressives, les coûteuses aventures militaires permettant de réduire les droits sociaux et de généraliser les propagandes politiques visant à l’abrutissement de masse et au " tittytainment ".

La Rédaction

Figures archétypales

Le néo-capitalisme, ses débuts

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Novembre 2018

Le « capitalisme étatique », cette période des « trente glorieuses », est révolu en France depuis les années Giscard.

Débute l’ère dévolue à la construction de « l’Union européenne », inaugurant le moment où sont acquis des droits en matière sociétale.

Citons pêle-mêle " le droit à l’avortement ", l’abaissement de l’âge de majorité électorale et pénale à 18 ans, le divorce " par consentement mutuel ", le démantèlement de l’ORTF pour briser le " monopole d’Etat " sur l’information.

L’entrée dans le néo-capitalisme se fait par la porte d’un nouveau rapport à la consommation, ludique et aliénant.

Les " avancées " sociétales sont la trace phénoménologique joyeuse d’une évolution franche et irréversible même si elle fut conduite par étapes vers ce qui fut reconnu plus tard comme « néo-capitalisme ».

Le " dirigisme " de l’économie par l’Etat fut abandonné au profit des « forces du marché » et de la concurrence.

Masse monétaire, salaires et prix ne sont plus contrôlés par des décisions d’ajustement gouvernementales. A la fin du mandat de Giscard, la France va fêter son premier million de chômeurs.

Sous sa férule, la mesure déjà très inventive du " contrat à durée déterminée " et le " travail à temps partiel " sont installés qui ne compenseront jamais les pertes d’emploi dans l’industrie et les bassins sidérurgiques.

L’augmentation du prix du baril a précédé son arrivée à la Présidence de la République.

Elle a été souhaitée par Kissinger pour permettre aux Usa qui étaient parvenus à leur " pic pétrolier ", l’exploitation de champs sans laquelle elle n’était pas rentable.

La dépréciation du dollar lors de l’adoption du " change flottant " en mars 1973 va faire réagir les pays de l’OPEP à l’occasion du soutien inconditionnel de certains pays à Israël en octobre de cette année par un embargo transitoire sélectif et un ajustement des prix en dollar du baril de brut.

« L’opinion publique », bonne fille facile à manipuler, a entériné que la crise économique, inflation à deux chiffres et chômage en hausse depuis quelque temps déjà et qui n’a cessé de s’accroître depuis, était à attribuer aux Arabes.

Tout est bon pour masquer sa nature, crise de surproduction cyclique du capitalisme et flatter le sentiment de xénophobie supposé latent dirigé contre les Arabes immigrés.

Un " secrétariat d’État aux Travailleurs immigrés " est créé.

Le gouvernement suspend, dès juillet 1974, l’immigration des travailleurs et des familles désireuses de rejoindre un de leurs membres en France, à l’exception des ressortissants de la « Communauté européenne ».

Giscard aurait voulu non seulement limiter l’immigration économique – en effet la période de " plein emploi industriel " était achevée – mais favoriser par une politique d’incitations monétaires le retour des immigrés présents et de répression à l’entrée des candidats à l’immigration.

Sous la pression de son ministre des Affaires étrangères, son projet très ferme de dénoncer l’une des clauses des « accords d’Evian » qui accordait aux résidents algériens en France en 1962 les mêmes droits que les Français en dehors des droits politiques a été remisé.

Il comptait faire reconduire 100 000 Algériens par an (1) dans leur pays sur une durée de cinq années.

Désormais, sous ses dehors de " jeune moderniste " lisse, friand quand même de " gros cailloux " (2) africains de plusieurs carats qui vont quand même lui coûter sa réélection, Giscard avec son passé revendiqué " d’Algérie française " va tenter le nouage de trois figures : " l’Arabe ", " le Profiteur " (prix du pétrole) et " l’Indésirable envahisseur " (travail volé aux autochtones).

Le néo-capitalisme tout en luttant pour sa survie menacée de crise en crise va poursuivre son oeuvre idéologique de dissimulation de la réalité des rapports sociaux et de domination.

Giscard a été un activiste de la première heure en faveur d’une « union monétaire européenne », il a été l’artisan de deux dévaluations du franc et de la subordination fascinée à l’économie allemande.

Les différentes figures de " l’Arabe ". Le Résistant, le " Fidayi "

L’imaginaire collectif à cette époque avait intériorisé une autre figure de l’Arabe, celle du Palestinien résistant : le " Fedayianti-impérialiste ".

Certains membres des groupes de la " Fraction Armée Rouge " allemande et de " l’Armée Rouge " japonaise se sont entraînés au maniement des armes dans des camps militaires palestiniens.

La jeunesse française " révolutionnaire " s’est plus vite assagie et est rentrée " dans les rangs " plus rapidement que l’allemande ou l’italienne après mai 1968.

En raison d’un capitalisme plus récemment venu à l’impérialisme et ayant vécu un passage par des régimes durement autoritaires fascistes ou " fascisants ", ces sociétés - japonaise y compris - ont généré des blocages très précoces.

Chez une minorité d’intellectuels ou de marginalisés s’est développée la conscience aiguë que le changement ne viendrait pas spontanément des classes ouvrières des pays du centre.

Ils ont pratiqué ce que les anarchistes russe avaient appliqué à la fin du 19èmesiècle et au début du 20ème : " la propagande par le fait ".

En attendant un soulèvement de grande ampleur en périphérie qui ne venait pas.

Elle ne pouvait venir des pays arabes qui venaient de connaître une nouvelle catastrophe : la défaite de leurs armées en juin 1967 par une armée israélienne suréquipée et soutenue par ses parrains occidentaux.

La guerre éclair " des six jours " avait été préparée minutieusement par l’entité sioniste. L’attaque avait été précédée en Europe et particulièrement en France par une campagne médiatique sans précédent en faveur d’un " petit pays de pionniers " ayant survécu à 2000 ans d’oppression et au génocide nazi menacé dans son existence par les pays arabes le cernant.

Un texte signé par Pierre Vidal-Naquet et Robert Misrahi un ancien de " l’Irgoun ", Sartre et un grand nombre d’intellectuels de " gauche " est publié le 30 mai 1967 par le journal " le Monde ".

La tribune refuse d’identifier Israël avec le camp impérialiste et " entend défendre l’existence menacée du jeune Etat ".

C’était faux, les chefs d’Etats protagonistes savaient que le niveau de la puissance acquise par Israël le rendait invulnérable mais ce fut l’initiation du mythe que les sionistes feront perdurer. Leurs agressions sont présentées comme " un droit à se défendre ".

L’intrication de la résurgence, à ce moment, de " la question de Vichy " avec la mémoire refoulée de " l’Histoire coloniale française " va imprégner l’ambiance " philo-sioniste " qui atteint, sauf exception, toute " l’intelligentsia " française.

La décennie 1970-80 verra la mort du " panarabisme ", le reflux au niveau mondial des " mouvements de gauche " et leur répression dans les pays du " Tiers-monde ", l’arrivée au pouvoir de Thatcher et Reagan avec l’installation comme vérité officielle la version des économistes libéraux de " l’école autrichienne ".

Les membres fondateurs de la théorie et de la pratique de la guérilla urbaine de " la bande à Baader " sont retrouvés suicidés dans leur prison de Stuttgard-Stammheim en octobre 1977, après l’échec du détournement de l’avion de la Lufthansa et juste quelques heures avant l’exécution de l’otage de leur mouvement, Schleyer, le patron du patronat allemand.

La prise d’otages des athlètes israéliens (3) au village olympique de Munich en septembre 1972, macabrement achevée par l’inexpérience de la police " ouest-allemande " et l’intransigeance de Golda Meir qui refusait d’accéder à la demande de libération de centaines de prisonniers palestiniens, avait marqué les esprits.

Spectaculaire, elle avait eu un énorme retentissement médiatique. Elle signalait la parenté entre " les gauches révolutionnaires " européennes et les " Fedayin " palestiniens.

Preuve des liens généalogiques entre " l’extrême gauche " européenne et les " Fedayin ", les preneurs d’otage de " Septembre Noir " revendiquaient la libération de deux membres de " la bande à Baader " emprisonnés en Allemagne.

Naissance d’un nouvel archétype

Progressivement, avec " en toile de fonds " les enjeux de la " Guerre Froide " entre les deux blocs, la figure du " Fedayin " était en train d’être dévaluée et repoussée du champ positif de l’émancipation des opprimés.

Sadate a rompu le front antisioniste arabe en conférant au projet d’annexion d’une terre arabe et l’effacement du peuple palestinien par des conquérants européens, la légitimité du fait accompli.

La " révolution islamique " en Iran en 1979 et l’arrivée des " socialistes " au pouvoir en France allait faciliter l’émergence et la diffusion de l’argument de " l’Arabe islamiste ", avant la grande mutation ultérieure vers " Terroriste " tout court.

A l’occasion de grèves dans l’automobile (4) en région parisienne en 1982 et 1983, qui protestaient contre les dizaines milliers de licenciements programmés, Mauroy - alors Premier Ministre - et Deferre " à l’Intérieur " accusent les travailleurs à majorité d’origine maghrébine (78 % chez Citroën à Aulnay, 55 % chez Talbot à Poissy) de mener des grèves " saintes " et islamistes.

Les motivations pourtant étaient purement syndicales :

- hausse des salaires,

- meilleures conditions de travail,

- dignité et en cas de perte d’emploi,

- indemnisation à hauteur des années passées dans l’usine.

Mais la demande de la CGT, à laquelle les immigrés adhèrent massivement de l’ouverture d’une " salle de prière " à l’usine Aulnay comme il en existe à Billancourt depuis 1976 et à Poissy depuis 1979, devient d’un coup une exigence islamiste pilotée par l’Iran.

Les " Renseignements généraux " et le patronat vont faire valider cette thèse de " l’islamisme ouvrier ", moyen pratique de liquider la résistance de la fraction la plus combative parce que la plus visée d’une classe ouvrière précaire d’origine étrangère.

Les années passant, la désindustrialisation de la France entreprise en faveur du " pôle de production européen " dédié à l’Allemagne, l’ouvrier immigré et sa famille sont devenus « de trop » et les catégoriser " d’islamiques ", non intégrables, résolument étrangers à la République qui les répudie car n’a plus besoin d’eux.

La très courte parenthèse socialiste des années Mitterrand fermée, la casse des syndicats est entreprise en même temps que le virage néo-libéral initié par Giscard est résolument emprunté.

Cette conjonction des efforts des " Renseignements " et de la haute bourgeoisie liquidatrice de la puissance économique française pour promouvoir la figure de « l’islamiste » n’est pas hasardeuse.

La France, partie prenante du dispositif de l‘ONU du maintien de la paix dans la guerre d’Israël contre le Liban en 1982, est intervenue dans l’été 1983 dans " le Chouf " (5).

Les forces chrétiennes libanaises veulent investir ce fief traditionnel des Druzes, elles se font appuyer par " la force multinationale " (Usa et France) qui bombardent les positions druzes depuis les porte-avions au large de Beyrouth.

La riposte de la résistance libanaise ne se fait pas attendre. Ce sont les attentats du 23 octobre, 57 morts chez les paras français lors de l’attentat contre le Drakkar (6) et 241 morts chez les marines américains.

Mitterrand avait conduit la France dans " un atlantisme " qui n’ira qu’en s’amplifiant à mesure qu’elle perdait de son indépendance au profit de la force étasunienne de plus en plus hégémonique.

La France soutenait l’Irak dans sa guerre contre l’Iran aux côtés des Usa. Privé de tout soutien logistique des Usa qui ont préféré se retirer rapidement du Liban, la France conduit des représailles contre des bases du " Hezbollah ".

Le Vichyssois Mitterrand, " francisque " numéro 2202, guillotineur (7) des Algériens dans l’espoir d’être promu « Président du Conseil » à la place de Guy Mollet, soutient comme en 1956 Israël.

Comment démêler les poids relatifs de la lutte patronale contre les syndicats ouvriers et l’implication de la France dans son soutien à Israël et aux Usa dans leurs politiques au Proche-Orient dans la fabrication de la figure de " l’Islamiste " en lieu et place de " l’Arabe " pour habiter la sensibilité d’Européens autochtones ?

Au moment de la période ascendante de la " social-démocratie " libérale libertaire, consommateurs de loisirs payés " à crédit ", le " citoyen " est captivé par les injonctions du " show bizness " de se désintéresser de « la politique » pour ne plus s’occuper que « d’humanitaire ».

La pauvreté structurelle est rendue acceptable car tempérée par la générosité des donateurs des " Resto du Cœur " et la lutte politique remplacée par la dérision télévisuelle (8) élevée au rang de " seul parti possible ".

Le glissement de l’imaginaire qui intériorise cette nouvelle équation sémantique - " Arabe " équivalent " d’islamiste " - va imprégner la sensibilité occidentale pour la prochaine décennie.

Le " Parti communiste français ", trop vieillot avec " la lutte des classes " et pas assez au goût des " bobos hédonistes ", est devenu progressivement un club pour députés qui gagnent leur siège par voie héréditaire.

Il a vu sa disparition machiavéliquement organisée par Mitterrand.

Méthodiquement et " en parallèle ", les anciens " cols-Mao " transformés en " Rotary club " et " Dîner du Siècle ", ont aidé à la mise en avant de l’entreprise familiale de Le Pen dans les médias et sa montée dans les élections municipales et régionales.

La perte de prise en charge idéologique de classes prolétariennes vouées au chômage a permis, par endroits, leur récupération par une droite qui n’a pour ralliement qu’une xénophobie sans réelle portée politique mais efficace pour diviser le peuple français.

Toute erronée qu’elle soit, elle a gagné du terrain en tant que processus réel.

« La marche pour l’égalité et contre le racisme » (9) partie de Marseille le 15 septembre 1983 et arrivée à Paris le 3 décembre était une réponse à la marginalisation des ouvriers étrangers et de leurs descendants, régulièrement victimes de " ratonnades " avec meurtres de la part de " colleurs d’affiche " du FN mais également de la police.

100 000 personnes les accueillent dans une grande manifestation. Mitterrand accorde la carte de séjour de dix ans et met en place un " SOS Racisme " afin de diluer les revendications de ce groupe social en voie de construction politique autour de son désir d’être intégré de plein droit dans la République française.

Nés pour leur majorité sur le sol français ou y ayant grandi, ils sont prisonniers dans cet " entre-deux " qu’ils n’ont pas choisi.

Leur pays d’origine les renie mais entend bien tirer profit des devises qu’ils rapatrient.

Des agences de banques marocaines prolifèrent pour " ratisser " leur épargne. Cependant, les consulats n’interviennent jamais pour les défendre en cas de " bavures policières " flagrantes.

Au fil du temps, leur spécificité s’atténue et leur devenir n’est pas uniforme. Certains échappent à leurs banlieues grâce à l’acquisition de diplômes qu’ils parviennent à « faire valoir » et se fondent plus ou moins dans le paysage consumériste ambiant, la touche " exotique " du jeûne du mois de Ramadan en plus.

D’autres, une minorité, organisent la survie dans la banlieue autour de trafics illicites, d’abord encouragés puis tolérés par les " forces de l’ordre ".

D’autres enfin rentrent dans la revendication identitaire d’un islam réinventé ou réinterprété qui n’est pas celui de leurs parents, quiétiste et limité à une pratique sans grande culture religieuse.

Le rejet par la République de Mitterrand de " l’islamisme " (iranien avec un véritable projet d’émancipation de l’impérialisme) s’accommode dans un paradoxe apparent avec l’implantation de véritables cellules issues de la nébuleuse des " Frères Musulmans " orientée désormais vers l’anticommunisme et la propagation d’un salafisme de type " wahhabite ".

Des imams de toutes nationalités formés " à foison " dans les universités islamiques d’Arabie aux mains des Séoud essaiment partout dans le monde - Europe incluse - une version aberrante et " littéraliste " qui ne doit sa prospérité qu’à la présence d’hydrocarbures fossiles dans sous sous-sol.

Les mosquées sont de plus divisées selon l’origine des fidèles. Les aides des capitales maghrébines et turque pour financer les lieux de culte sont consenties car elles permettent de surveiller les prêches et activités culturelles, voire de les orienter.

Pour paraphraser un certain slogan, ce qui a prévalu à l’époque au Maghreb en particulier : " plutôt islamiste que marxiste ".

C’est bien dans cette lente agonie des oppositions révolutionnaires " de gauche ", en Europe comme dans les pays arabes, accélérée par une répression sanglante et l’irrésistible montée de l’influence des pétrodollars séoudiens sur la scène arabe et mondiale, qu’ont commencé " à fleurir " et se multiplier de façon visible dans les centres urbains les foulards sur les têtes des femmes et surtout des très jeunes filles.

Dans les campagnes peu pénétrées par les mœurs occidentales, les femmes comme les hommes n’ont jamais quitté leurs vêtements traditionnels.

L’hystérie soulevée à l’occasion des " collégiennes de Creil " (10) aux cheveux recouverts en 1989 est une création d’abord purement médiatique au service d’une politique bien sûr " mitterrandienne ".

L’émission produite conjointement par " France 2 " et " Le Nouvel Obs " en 1987 consacrée à « l’islam », menace identitaire d’une " France éternelle ", s’appuyait sur des couvertures du " Nouvel Obs " et du " Figaro " de 1986 où se posait la question angoissante : « Serons-nous encore français dans trente ans ? ».

On reprochait à une catégorie défavorisée, reléguée dans des villes et périphéries de villes où elle se retrouvent concentrée de recréer une identité en relation avec ses origines alors qu’elle est de toutes les façons marginalisée géographiquement et économiquement par la République.

Il ne pouvait échapper aux services secrets dela DST ni l’installation de véritables « commerces de drogues » ni la présence d’imams salafistes.

Il y a eu au moins complaisance de la part des autorités par " ignorance délibérée " sinon par encouragement des deux phénomènes.

Publiquement, le Parti " socialiste " est divisé sur la question du foulard, devenu dans les médias" voile islamique ", mais une passion « laïcarde » voit le jour. Elle va interroger jusqu’à aujourd’hui la compatibilité de l’islam avec la laïcité, avec le « droit des femmes », avec la démocratie et y compris avec « l’humour ».

L’archétype en cours

Tout au long des années 1990, « le Terroriste » va émerger comme archétype de " l’Arabe islamiste " dans la bataille communicationnelle, pour aboutir le 11 septembre 2001 à sa consécration planétaire.

Liban Palestine

La sortie de la direction de « l’Organisation de Libération de la Palestine » (OLP) de Beyrouth en 1982 va instituer le " Hezbollah " comme " gardien " de l’intégrité du Sud-Liban contre la vocation expansionniste de l’entité sioniste.

La panoplie du dénigrement systématique de l’Iran et du " Hezbollah " va se mettre en route.

Dans le même temps, l’appareil idéologique sioniste a favorisé l’expansion dans les territoires occupés du mouvement " Hamas ", association caritative née d’une branche des " Frères Musulmans " pour faire pièce à cette OLP laïque, plurielle et revendiquant une Terre et un pays pour tous ses citoyens indépendamment de leur confession.

La solidarité, prescription religieuse plus impérative qu’aucune autre dans le Coran, vient en aide aux familles démunies et accroit alors sans peine l’influence de cette organisation d’abord religieuse et ensuite nationaliste.

Les « accords d’Oslo » en vue de créer des conditions confortables pour l’entité sioniste pour étendre sans cesse les colonies à l’abri de négociations faites pour ne jamais aboutir contribuent à discréditer l’OLP.

Sa bureaucratie de plus en plus corrompue devient un outil de répression de la résistance palestinienne. L’assassinat de plusieurs dizaines de Palestiniens (11) dans la mosquée de Saydina Ibrahim à Hébron en février 1994 par un cardiologue de Brooklyn est le point de départ d’attentats suicides dans les territoires occupés dès 1948.

Acculés, sans autre moyen de se défendre, les militants du " Hamas " et bientôt du " Jihad islamique ", et même de l’OLP, en se faisant exploser portent atteinte au colonialisme sioniste.

Les médias dominants sont tenus de présenter les " attentats par suicide " comme des actes irrationnels, sans cause, inspirés uniquement par un fanatisme religieux assorti d’une haine génétique.

Jamais les faits ne sont situés dans leur contexte d’oppression coloniale qui va de l’emprisonnement sans motif, à la spoliation des terres, à l’expropriation des maisons ou leur destruction, aux assassinats ciblés ou aux bombardements aveugles de zones habitées.

Les " suicidaires "ont un parcours d’une grande banalité chez les Palestiniens.

Wafa Idris, 28 ans, qui le 27 janvier 2002 se fait exploser rue de Jaffa à Jérusalem. D’une famille d’activistes politiques, trois frères au " Fatah " et l’un d’eux emprisonné depuis plus de dix ans, elle et les siens ont été expulsés de Ramallah.

L’armée israélienne a puni collectivement cette famille en l’obligeant à quitter sa demeure et déménager dans une banlieue misérable.

Wafa avait travaillé toute l’année 2001 dans un hôpital du " Croissant Rouge " palestinien à Ramallah et a pu voir nombre de corps déchiquetés par les agressions de l’armée sioniste.

Elle-même a été blessée à deux reprises. Son attentat a été revendiqué par " la Brigade des Martyrs d’Al Aqsa ", la branche militaire du " Fatah ", faction non confessionnelle de l’OLP.

Algérie

Au cours de cette même décennie, la « guerre civile » algérienne faisait rage. Près de trente ans après " l’indépendance ", le pouvoir politique et une bonne part de la rente pétrolière sont restés entre les mains d’une petite caste d’anciens du FLN, surtout des " ralliés de la dernière heure ".

La mort de Boumediene avait signé la fin de la trajectoire socialiste algérienne avec un effort de scolarisation quasi-généralisée, un début d’industrialisation et une urbanisation rapide et anarchique.

La redistribution relative des revenus des hydrocarbures fossiles avait permis un quintuplement du revenu par habitant en moins de vingt ans.

" L’arabisation " de l’enseignement a marginalisé quelque peu les enfants d’un exode rural massif qui n’ont pas reçu la culture dominante de l’élite francophone, ils ont pu être enseignés et éduqués par des instituteurs et de professeurs syriens ou égyptiens, certains affiliés aux " Frères musulmans ", d’autres ont reçu des formations en Arabie Séoudite, en surplus dans leurs pays d’origine.

La guerre que les Usa ont imposé à « l’Union soviétique » en Afghanistan a permis de drainer un grand nombre de jeunes gens confiés au désoeuvrement par des économies " de la périphérie " incapables de leur assurer emploi et intégration sociale.

Une fois revenus chez eux, les " Afghans ", formés militairement selon les vœux de la CIA dans les rangs d’ " Al Qaïda ", recrutés puis imprégnés de l’idéologie d’un Etat islamique, se lanceront aux côtés de formations politiques à la conquête du pouvoir.

Par les urnes d’abord.

Les dirigeants d’Alger, raidis dans leurs privilèges, ont invalidé cette possibilité de changement et précipité l’avènement d’une " décennie de plomb ". Les attentats à la fois des tenants d’un islam politique et d’un appareil d’Etat sclérosé ont terrorisé le pays.

Avec au moins deux effets.

Toute une série d’intellectuels algériens sont venus expliquer dans les medias occidentaux " l’horreur islamique " d’essence anti-démocratique, anti-féministe et terroriste.

Il fallait faire admettre l’arbitraire d’un geste : invalider les résultats d’un suffrage conduit selon des normes occidentales qui risquait peu d’ébranler le monolithisme d’un système kleptocratique qui transmet les privilèges par vois héréditaire.

Le gouvernement algérien a bien introduit dans la scène médiatique occidentale et singulièrement française le thème du " terrorisme islamiste " que ne pouvait juguler qu’une répression féroce.

L’arrivée massive de centaines puis de milliers d’Algériens fuyant une insécurité grandissante va modifier la composition de la population immigrée maghrébine.

Les nouveaux arrivants sont plutôt des intellectuels, des professions libérales et des familles entières de la classe moyenne ayant les moyens financiers de s’installer dans l’ancienne puissance colonisatrice.

Ils vont, par exemple, occuper des postes subalternes dans les hôpitaux très en deçà de leur niveau de formation. Cette première vague va initier l’exode des nouveaux " Ouvriers spécialisés ", ceux des diplômés venant de l’autre côté de la Méditerranée.

Ils ne sont pas " guetthoïsés " dans les lieux bannis en dehors des périphériques, organisent un comportement culturel en lien avec une tradition vivante. Leurs revendications seront plus corporatistes et syndicales que politiques, demandant la régularisation de leur situation professionnelle.

Ces années-là signent le début d’une hémorragie des pays d’Afrique du Nord en particulier, le transfert d’anciens colonisés formés dans leurs pays d’origine vers les pays du centre. Ce type de migration qualifiée avait beaucoup enrichi les Usa quand l’Inde ne savait pas retenir ses ingénieurs informaticiens par de bons salaires.

L’Europe a bénéficié de l’importation de travailleurs diplômés avec un certain retard mais grand profit.

Les restrictions de séjour pour les étrangers, dans les protocoles les plus droitiers élaborés par la France, comme sous Sarközy, ont toujours épargné une catégorie d’étudiants utiles à l’économie française et qui feront défaut à jamais à leur pays.

Avec discrétion, certaines grosses sociétés de la Défense prévoient une petite " salle de prière " pour leurs cadres musulmans ainsi que des repas sans porc. Il n’y a pas lieu ici d’évoquer un islam envahissant ou conquérant, la coexistence avec lui est paisible, aménagée.

Iran et Afghanistan

La grande affaire de l’irruption de l’islamisme dans la sphère médiatique dominante avait correspondu à la « Révolution islamique » d’Iran en 1979, dernier renversement d’un régime par des insurrections populaires au 20ème siècle.

Cet évènement considérable ne sera pas immédiatement la matrice de l’archétype du " terrorisme islamique " car très rapidement après le renversement du Shah d’Iran, dynastie créée par les Britanniques pour créer une zone qui contiendrait le déferlement de la « Révolution russe » de 1917, la guerre " Irak-Iran " est amorcée.

Elle va durer dix ans et consommer les ressources de ces deux moyennes puissances, autrement promises à un développement économique et humain qui n’aurait rien à envier aux " tigres asiatiques ".

La révolution iranienne va cependant déterminer le renforcement de l’influence wahhabite dans le monde sunnite avec exportation du modèle intégriste et fondamentaliste avec les moyens colossaux des " pétrodollars ", les " universités islamiques " séoudiennes qui font essaimer partout l’idée que " islamiser "ou " ré-islamiser " les sociétés actuellement corrompues est une condition nécessaire et suffisante pour régler les problèmes sociaux.

Des jeunes gens de nombreuses nationalités se sont retrouvés à Peshawar pour aider les Moudjahidines afghans contre l’ennemi communiste soviétique, apprendre les techniques de guérillas dans les montagnes tout en s’imprégnant de la théorie politique rudimentaire takfiriste.

En dehors de l’orthodoxie et l’orthopraxie wahhabites, il n’y aurait pas d’islam et il faut donc convertir les impies par la force. Ils avaient accompli un petit pèlerinage à la Mecque, y ont croisé des membres de " la Ligue islamique mondiale " qui leur avaient délivré un petit pécule.

Les surgeons d’ " Al Qaïda " sont apparus précocement en Algérie.

Ailleurs, pure fabrication de la CIA, agence de renseignement mais aussi " bras d’exécution " de basses œuvres, les anciens " Afghans " ont attendu leur heure.

Marc d’Anna (12), fils d’un Italien de Tunisie et d’un pied-noir espagnole d’Algérie, publie en 1997 son premier ouvrage, " L’islamisme et les Etats-Unis. Une alliance contre l’Europe ", préfacé par le général Pierre-Marie Gallois, auteur lui-même de " Le soleil d’Allah aveugle l’Occident " chez le même éditeur en 1995 basé à Lausanne avec une antenne serbe.

Il était proche des milieux d’experts militaires de tendance souverainiste. On peut supposer qu’Alexandre Del Valle, pseudonyme " d’Anna ", transcrit alors la thèse des militaires. Il y aurait une convergence d’intérêts entre " l’islamisme " et " l’américanisme " (néo-protestant) dont l’expansionnisme menace les nations européennes.

Cette théorie n’est pas un pur fantasme né du cerveau brumeux d’officiers du renseignement. Elle s’appuyait sur des faits recueillis qui étayaient la collusion des Séoud et des Usa qui a réalisé un véritable piège (ou complot) pour l’URSS en Afghanistan, l’observation du prosélytisme islamique en Europe en direction des enfants des immigrés " arabo-musulmans " et l’application des Etats-Unis d’Amérique à corrompre les élites occidentales.

C’était au temps où le renseignement français était encore relativement préservé de la contamination par l’OTAN et l’UE.

Les " banlieues " en effet, en proie au chômage et subissant la relégation, désertées par un service public de qualité, pouvaient par endroit se montrer sensibles aux prêches wahhabistes censés leur faire retrouver la religion de leurs origines alors qu’on leur inculquait une tradition " réinventée ".

De sorte qu’à côté du " Caïd " et de son réseau de dealers, a pointé la figure du " grand frère barbu " portant le vendredi un Qamis arrivant au-dessus des chevilles.

Une abondante littérature de sociologues et de journalistes de la presse généraliste et de l’audio-visuel depuis 1979 ne traitait de l’islam que sous l’angle de son danger potentiel du terrorisme international.

Les esprits étaient prêts avant l’effondrement des " trois tours " à Manhattan et la destruction d’une aile du Pentagone un certain jour de septembre 2001 à réduire une pratique plurielle dans le temps et l’espace à une essence violente et maléfique.

2001, le nouvel objet

Il y avait eu les attentats (14) à Nairobi et à Dar As Salam contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998, suivis de l’attaque (15) contre le destroyer " USS Coleen " octobre 2000 constituaient des prémisses qui auraient dû faire resserrer la surveillance autour de la mouvance d’ " Al Qaida ".

Début décembre 2001, la presse allemande révélait que les services secrets occidentaux étaient au courant (16) des projets de Ben Laden dès 1995.

Grâce au premier attentat contre le " World Trade Center " de février 1993 (17), le FBI savait que des groupes de musulmans provenant de divers pays peuvent constituer une menace terroriste avec des revendications précises sur la Palestine et l’aide étasunienne à Israël.

" L’internationalisation " de la lutte anti-occidentale a été forgée par l’Occident lui-même à l’occasion de la guerre imaginée par Brzezinski en Afghanistan et pendant la destruction de la Yougoslavie, quand des djihadistes (18) furent convoqués pour sauver " leurs frères bosniaques " (19).

Est-ce l’émotion intense et l’effet de sidération des deux tours percutées en cours de collapsus produits par les images diffusées « en boucle » sur toutes les chaînes de télévision mondiales ?

Mais il ne s’est plus que rarement évoqué la filiation du terrorisme " islamiste " et des agences de renseignements étasuniennes.

Les lignes éditoriales étaient néoconservatrices et sionistes

L’injonction de Bush lancée urbi et orbi - " Celui qui n’est pas avec nous est contre nous " - a pleinement été suivie d’effets. Les experts en " sécurité " se sont emparés des écrans, leur discours distillateur de peur a prévalu et a fait intérioriser l’équivalence que cherchait à faire admettre la propagande israélienne.

" L’Arabe " - vrai ou supposé, d’après son apparence - a disparu derrière l’épouvantail du terroriste islamiste puisque entre eux existe une identité.

La création de cet objet nouveau a peu à voir avec le passé colonial européen.

Il répond à un besoin et une situation nouvelle : la perte de l’ennemi communiste tout d’abord.

Le Palestinien est arabe et de confession majoritairement musulmane depuis les conversions progressives qui se sont succédées au cours des siècles.

Il ne cesse de réclamer son droit depuis cent ans sur sa terre et sa résistance prend de plus en plus une teinte faussement religieuse car sa lutte reste celle pour l’indépendance et la reconnaissance de son pays.

La puissante propagande israélienne l’efface de l’actualité en le substituant par un terroriste islamiste.

Là où sont " les Arabes ", le sous-sol regorge d’énergies fossiles, ce qui réalise une circonstance seulement aggravante.

L’important est de créer ou de maintenir des foyers de conflictualité dans le monde et que s’écoule la production de l’armement et la machinerie des agressions armées. Le budget du Pentagone est la moitié de celui de l’Etat fédéral étasunien, pas loin de 1 000 $ milliards officiels avec les rallonges, soit 5 % de PIB ou encore 5 % de la dette publique américaine.

Or, dans les anciens empires retournés à leurs dimensions " d’Etats–nations ", après les guerres mondiales qu’ils se sont livrées, la présence de populations ex-colonisées est perçue comme " trop importante ".

Elle est visible, très repérable dans les périphéries des grandes métropoles. Elle est alors utilisée pour activer l’image du " radicalement différent ", source d’inquiétude.

Ce sentiment d’insécurité menaçante est un bon instrument de division et de gouvernement dans un système qui ne fait qu’accroitre les inégalités et favoriser la précarité matérielle en même temps que la psychique.

L’histoire des " caricatures du prophète Mohammed " (sws) est emblématique de cet effort de création d’histoires à raconter aux informations, conçues comme un spectacle avec des rythmes et des séquences émotionnelles : aversion, peur et compassion bien réparties.

Elle a débuté au Danemark, pays assez pauvre en immigrés musulmans, dans les pages culturelles du journal d’une droite réactionnaire.

Son directeur de rédaction, Rose Flemming, avait pris conseil auprès du néoconservateur Daniel Pipes pour construire la stratégie de l’offensive.

Une fois " les caricatures " publiées et passées inaperçues, il a fallu que des " émissaires musulmans " aillent consulter des savants au Caire pour donner sa dimension à l’affaire.

La réaction de millions de croyants a été déclenchée.

Attaqués militairement comme au Pakistan, en Irak, en Palestine et en Afghanistan, ils sont maintenant maintenant offensés dans le plus intime de leur croyance.

Démonstration était faite de leur intolérance, de leur fanatisme et de leur manque d’humour.

La prise en charge par le journal satirique " Charlie Hebdo " n’a été qu’une opportunité commerciale et idéologique pour un journal sans audience qui avait quitté " la provocation potache " pour rejoindre une ligne néoconservatrice depuis des années.

Plus tard, sa rédaction a payé le prix du sang pour une amélioration transitoire du tirage de la feuille satirique.

Des " enfants d’immigrés " perdus pour la société sans pratique religieuse reconnue et sans appartenance à une quelconque nébuleuse terroriste assassinent et exterminent une bonne partie de l’équipe du journal. Les frères Kouachi deviennent les prototypes providentiels de l’immigré devenu terroriste par " haine de l’Occident ".

Le travail méthodique d’instruction des esprits et de fabrication des mentalités confié à l’industrie du cinéma hollywoodien avait donné lieu à l’implantation dans le paysage mental occidental et au-delà, de " l’Arabe " fourbe, concupiscent, fanatiquement violent, d’une cruauté emblématique et d’une niaiserie frôlant l’infantilisme volontiers attribué " au bon sauvage ".

Les néoconservateurs, par ce même canal d’éducation des masses venant relayer et renforcer les masses d’éléments subliminaux remorqués dans les chaînes d’information dominantes, " l’Arabe ", " le musulman " - sans qu’on ne les distingue - sont perçus au plus intime de la sensibilité de l’Occidental qui se croit libre dans sa conscience sous le trait unique du « Terroriste arriéré », enfermé dans des dogmes primitifs où n’ont pas de place les « Droits de l’homme » et ceux de la Femme.

L’imaginaire n’est plus depuis longtemps peuplé de figures d’indigènes primitifs " à civiliser ", ceux que l’on pouvait aller regarder dans les zoos de « l’Exposition coloniale » (20) à la porte Dorée, à l’orée du bois de Vincennes.

Il est vrai qu’en 1931, la " pacification " des rebelles, il faut entendre ici l’extermination des résistants à la colonisation, était peu ou prou achevée.

Les « mouvements d’indépendance » n’ont éclos dans la forme qui a conduit aux indépendances formelles des pays de la périphérie du capitalisme. Plus tard interviendront (21) le " fellagha " et le " Vietminh " pour mobiliser un " patriotisme impérial ".

Si la guerre d’Indochine a laissé peu de traces dans la mémoire collective française, celle d’Algérie aura un impact non encore amorti à ce jour.

Les rapatriés d’Algérie autour de 1962 furent des centaines de milliers à revenir en France car l’Algérie revêtait la spécificité d’avoir été une colonie de peuplement.

Y fut expédié avec une certaine réticence des administrateurs civils de la " nouvelle province " l’excédent de population inemployée en raison des progrès de l’industrialisation qui s’entassait autour des villes et qui " inquiétaient le bourgeois ".

Les 700 000 « Pieds-noirs » n’ont pas trouvé de structures d’accueil satisfaisantes et ont eu du mal pour un grand nombre à s’intégrer dans une société où ils n’étaient pas les dominants.

Ils vont être les premiers " clients " d’une xénophobie transformée par Mitterrand en " courant politique " : le Front National, à l’égard du Maghrébin.

La fin de " l’aventure impériale " française a permis l’entrecroisement de deux flux opposés de populations, entretenant un " bruit de fond " de dénigrement de " l’Arabe " indésirable de plus en plus, au fur et à mesure que se désindustrialisent la France et les autres pays européens.

Gestion des populations

Les politiques de gestion de déplacement de populations a permis au système capitaliste de faire occulter la « lutte des classes ».

Progressivement, un glissement adroit l’a fait substituer par une lutte des races.

C’est toute l’histoire du relatif embourgeoisement de la classe ouvrière des pays du centre. Elle tire, elle-aussi, profit de l’extorsion de la valeur produite par plus exploité qu’elle : le « prolétaire de la périphérie ».

Les premiers indésirables

Le grand " brassage " des populations opéré par le capitalisme industriel avait débuté par des opérations de soustraction du centre de populations indésirables.

Le Royaume-Uni avait géré depuis l’avènement du libéralisme, c’est-à-dire l’éclatement du cadre rigide des corporations d’artisans et l’appropriation par certains riches propriétaires des terres communes, " l’excédent de population " par l’enfermement des vagabonds dans des " work houses ".

De véritables kidnappings étaient organisés pour enrôler de force des hommes qui serviront dans la marine marchande ou dans l’armée et destinés à une mort certaine. Les plus " chanceux " iront plus tard rejoindre le " nouveau continent ", s’y établir comme colons et devenir à leur tour massacreurs des indigènes.

La France monarchique et républicaine a actualisé le bannissement des Grecs et des Romains.

Une catégorie de prolétaires a été délocalisée de l’autre côté de la Méditerranée, Algérie surtout, plus tard Tunisie et enfin Maroc.

Elle a expédié juste après " la Commune de Paris " en Nouvelle Calédonie une partie de la classe ouvrière qu’elle n’a pas exterminée, près de 10 000 déportations recensées.

Le nombre de victimes lors de la liquidation des rebelles par " les Versaillais " lors d’une « semaine sanglante » est estimé à près de 20 000, autant que le nombre des guillotinés pendant la « Révolution française ».

Premières vagues migratoires

Les " vagues migratoires " en provenance des pays colonisés vont correspondre aux pics des besoins de la métropole en soldats puis en main d’œuvre.

La Première Guerre mondiale a " consommé " un grand nombre de soldats originaires d’Afrique du Nord, enrôlés de force ou se portant " volontaires " pour nourrir leur famille.

Après « la boucherie » de 1914-1918 et ses millions de morts dans les tranchées, on assiste dès 1919 à une migration massive de travailleurs pour reconstruire une France quasi-détruite.

Les " Arabes " sont employés dans tous les secteurs d’activité.

Après 1945, le flux migratoire reprend pour les mêmes raisons de relance et reconstruction, " les Arabes " sont employés dans la sidérurgie et les mines, mais aussi « le bâtiment » et les nouvelles infrastructures (ponts, autoroutes).

La « décennie de plomb » en Algérie, déjà évoquée, a vu l’arrivée de plusieurs milliers d’Algériens très qualifiés ayant effectué des études supérieures.

Dans le comptage de 2011, près de 500 000 Algériens résidaient sur le territoire français, soit 0,7 % de la population totale de 65 000 000 d’habitants.

Les descendants d’immigrés, français " par le droit du sol ", n’y figurent pas.

Au gré des crises économiques et des guerres qui ont frappé les pays européens, la France a accueilli aussi des Polonais, des Italiens, des Portugais et des Espagnols principalement dans ses mines et ses usines.

Leur traitement par le patronat et leurs camarades ouvriers français n’a pas différé fondamentalement de celui qui a été réservé " aux Arabes ".

Au fur et à mesure de " la maturation " de « l’Union européenne » après l’effondrement de l’URSS, un nouveau mode de gestion des populations a été entrepris.

Il a eu pour effet de marginaliser les descendants des migrants des ex-colonies françaises, nés sur le territoire auxquels s’appliquent le droit du travail français qui impose des « cotisations patronales », un « salaire minimum garanti » et une stabilité relative de l’emploi.

Une fois sorti de " l’orbite soviétique ", la Pologne acquise au capitalisme va exporter près de trois millions d’adultes mâles en Europe occidentale.

Bien avant son adhésion à l’UE, les Polonais vont travailler dans ce qu’il appellent les " îles " : Angleterre et Irlande.

Après 2004, la Grande-Bretagne, l’Irlande et la Suède ouvrent précocement leur marché du travail aux migrants de l’Europe du Centre et de l’Est.

Entre 2004 et 2007, près d’un million (22) de ressortissants des " PECO " s’installent en Grande-Bretagne et en Irlande. Ils sont le plus souvent polonais, plus de 70 % travaillent très en-dessous de leurs qualifications.

Le deuxième " point de chute " des Polonais est l’Allemagne (490 000) dans la même période.

Cette hémorragie, 12 % de la population active, affecte la structure des " sociétés-sources ", déstructuration des familles, baisse de la natalité et déficit de travailleurs dans certains secteurs. De sorte que la Pologne a recours à une main-d’œuvre étrangère, principalement venant d’Ukraine, ou d’ex-URSS.

La " directive Bolkestein " amendée, actée par l’UE en avril 2006, a permis des transferts de " travailleurs détachés " (23) pour lesquels s’appliquent les réglementations qui régissent les entreprises dans leurs pays d’origine.

Des agences " boîtes aux lettres " font se déplacer des millions de Roumains, de Lituaniens, de Bulgares et de Polonais pour un travail précaire, sans aucune assurance maladie ni vieillesse, dans des logements souvent précaires eux aussi.

Tous les secteurs sont concernés, en particulier l’agriculture intensive et les grands chantiers d’infrastructures. La durée de travail effective prévue inférieure à trois mois par la « Commission européenne » est le plus souvent dépassée.

La Grèce, qui était peu concernée par l’exode de sa jeunesse, confrontée à la " crise économique " depuis son entrée dans l’UE et la récession mondiale des « subprimes », voit également sa démographie se modifier.

Hémorragie des jeunes gens en quête de travail ailleurs et dénatalité ont fait passer la population de 11,1 millions en 2011 à 10,8 millions en 2016.

Depuis 2015, dans l’ensemble des pays de « l’Union européenne », on comptabilise plus de décès que de naissances, malgré ce solde négatif (24), la population croît.

Chaque année, un ou deux millions de migrants viennent compenser le déclin naturel. L’Allemagne (25) est l’un des pays au monde avec la plus faible proportion de jeunes, seulement 22 % de sa population a " moins de 25 ans ".

Son vieillissement accéléré pose d’ores et déjà le problème de capacités productives et des dépenses publiques pour les retraites.

Ces données ont été intégrées par le gouvernement Merkel qui avait " ouvert " ses frontières aux réfugiés des guerres imposées au Moyen-Orient par les pays occidentaux.

Sous prétexte de " politique humanitaire ", le gouvernement conservateur renfloue sa population vieillissante en sang neuf de travailleurs en bonne santé et peu exigeants en matière de droits.

L’immigration " illégale " provenant d’Afrique du Nord et des régions sub-sahéliennes est par définition difficile à chiffrer. La déstabilisation de la Libye et, par suite, de l’équilibre au Mali par l’Otan l’a renforcée depuis 2011.

L’augmentation du nombre de naufrages en Méditerranée témoignerait de cet accroissement.

Les démographes les plus sérieux l’estime entre 6 % à 10 % de la population immigrée, autour d’un demi-million de personnes.

Ce 1 % de la population (26) française est présenté - et donc perçu - comme une véritable invasion en train de dénaturer la population française.

Précaire, il constitue une formidable " armée de réserve " pour l’économie française, le tourisme en est un bon consommateur. Hôtels et restaurants ne fonctionneraient pas sans les " sans-papiers ".

Le bâtiment verrait ses profits très réduits si tous les manœuvres étaient déclarés. Pour des raisons de restriction budgétaire et d’austérité, le nombre des inspecteurs de travail a chuté à un niveau dérisoire qui rend impossible les contrôles.

" Travailleurs détachés " et " immigrés clandestins " font baisser le " coût " du travail pour les activités non déplaçables vers des contrées dont ils proviennent où il est déjà très bas.

Renault peut fermer ses usines de Flins, Maubeuge et Batilly, il a ouvert des sites en Slovénie, en Turquie et au Maroc.

La production y est au moins 30 % moins cher.

Les ouvriers syndiqués peuvent tout au plus " négocier " (27) le montant des indemnités pour licenciements et " départs anticipés " à la retraite.

L’automatisation (28) de plus en plus poussée est en train de permettre la création d’unités avec quelques techniciens supérieurs chargés de surveiller et d’entretenir les machines.

Les descendants des anciens ouvriers immigrés, comme tous les enfants d’ouvriers qu’elle qu’en soit l’origine, affrontent des difficultés souvent insurmontables, malédiction structurelle de la " reproduction des élites " pour l’accès à des formations ouvrant à un emploi, valorisant ou non.

Ils resteront marginalisés, " lumpénisés ", vecteurs d’économie informelle, clients de la petite et de la plus grande délinquance.

La ségrégation ethnique vient en surcroît de celle de classe.

Ils sont privés « d’orientation éthique », la transmission familiale a été souvent rompue quand les parents arrachés à leur milieu traditionnel en ont perdu la capacité.

Cette minorité sera " le gibier des prisons " pour larcins et petits délits, parfois (en même temps) aussi pour les prédicateurs wahhabites et néo-salafistes.

Leur manipulation devient aisée, cela donne des Mohammed Merah et des frères Kouachi.

L’archétype du Terroriste est sauvé. On en trouve parmi nous

Surtout, ils justifient la guerre contre " le Terrorisme " instituée par les néoconservateurs sionistes qui ont donné la victoire à Bush " le deuxième ", caricature d’un chef de l’exécutif invertébré, fils d’un ancien de la CIA et petit-fils d’un banquier qui a financé le nazisme.

Ainsi s’interpénètrent l’idéologie et ses soubassements infrastructurels. La guerre est l’industrie la plus puissante, elle a généré pour l’économie étasunienne 6000 $ milliards (29) sous forme de dépenses du Pentagone, financées par une Dette publique appuyée par " les économies périphériques ", la Chine et le Japon.

Tout est bien.

Les classes susceptibles de renverser le système - bâti sur l’acceptation d’une anomalie majeure, l’exploitation et l’oppression - sont divisées.

On leur a fabriqué et désigné le plus terrible et le plus insaisissable des ennemis : le Terroriste.

Badiaa Benjelloun

Le Blog de la Pensée libre

Notes :

1. https://www.humanite.fr/quand-giscard-chassait-lalgerien-577716

2. https://www.etaletaculture.fr/bref/les-diamants-de-bokassa-ou-la-chute-de-vge/

3. https://www.histoire-pour-tous.fr/dossiers/3171-la-sanglante-prise-dotages-des-jo-de-munich-1972.html

4. https://www.liberation.fr/france/2017/01/03/l-usine-psa-d-aulnay-sous-influence-islamiste-un-argument-qui-remonte-a-1983_1519221

5.https://fr.wikipedia.org/wiki/Chouf

6. https://www.herodote.net/23_octobre_1983-evenement-19831023.php

7. https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_de_la_Francisque

8. https://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/emmanuel-berretta/francois-mitterrand-un-guillotineur-en-algerie-04-11-2010-1258175_52.php

9. https://www.programme-tv.net/news/tv/59666-generation-canal-revivez-les-sketchs-cultes-des-nuls-videos/

10. https://section-ldh-toulon.net/Creil-1989-l-affaire-des-foulards.html

11. https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_d%27Hébron_(1994)

12. https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_del_Valle

13. https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentats_des_ambassades_américaines_en_Afrique_du_7_août_1998

14. http://www.entrefilets.com/alerte_faa.htm

15. https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_du_World_Trade_Center_de_1993

16. https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/engages-volontaires-se-battre-pour-des-idees-34-laddiction-aventuriers-mercenaires-et-djihadistes-en

17. http://leplus.nouvelobs.com/contribution/520882-guerre-de-bosnie-verites-historiques-pour-comprendre-le-conflit.html

18. https://www.facebook.com/noureddine.aoussat.fr

19. https://fresques.ina.fr/independances/parcours/0010/la-representation-des-mouvements-independantistes-des-pays-colonises-par-la-france.html

20. https://journals.openedition.org/rh19/4045

21. https://journals.openedition.org/hommesmigrations/1014.

22. http://www.defenddemocracy.press/migration-intra-europeennes-de-type-bolkestein-en-france-quand-allons-nous-enfin-reagir/

23 https://www.touteleurope.eu/actualite/la-population-de-l-union-europeenne.html

24. https://www.leconomiste.eu/decryptage-economie/175-le-defi-demographique-de-l-allemagne.html

25 https://www.lemonde.fr/europe/article/2016/07/28/pour-merkel-pas-question-de-remettre-en-cause-l-accueil-des-migrants-en-allemagne_4975874_3214.html

26.https://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/immigration/chiffres.shtml#

27. https://www.usinenouvelle.com/article/combien-d-usines-renault-demain-en-france.N190032

28. https://www.kuka.com/fr-fr/secteurs/industrie-automobile

29. https://www.wsws.org/fr/articles/2013/04/cout-a04.html