Ferrand, président de l’Assemblée nationale " mis en examen " ? " La macronie " ne voit pas le problème

, par  DMigneau , popularité : 0%

Ferrand, président de l’Assemblée nationale " mis en examen " ? " La macronie " ne voit pas le problème

Richard Ferrand a été mis en examen dans la nuit de jeudi à vendredi pour " prise illégale d’intérêts ". - ERIC FEFERBERG / AFP

Faisant fi de la " séparation des pouvoirs ", " la macronie " défile ce jeudi 12 septembre sur les plateaux pour expliquer que Richard Ferrand, " mis en examen " pour " prise illégale d’intérêts " dans " l’affaire des Mutuelles de Bretagne ", peut conserver sa fonction de président de l’Assemblée nationale.

Qui imagine le président de l’Assemblée nationale rester " au perchoir " bien que " mis en examen " ?

Eh bien en " Macronie "… tout le monde.

Ce jeudi 12 septembre, représentants du gouvernement et de la majorité se bousculent sur le " front médiatique " pour expliquer, en chœur, que Richard Ferrand, mis en examen dans la nuit pour " prise illégale d’intérêts " dans " l’affaire des Mutuelles de Bretagne ", peut rester président de l’Assemblée nationale.

Même la " Porte-parole du gouvernement ", Sibeth Ndiaye, dans une conception baroque de la séparation des pouvoirs, a fait savoir que le président de la République, Emmanuel Macron, maintenait " toute sa confiance " au chef du pouvoir législatif.

https://twitter.com/Europe1/status/1172038437383409664

" PAS DE LOGIQUE POLITIQUE "

" Je crois que (ses jours dans ses fonctions) sont encore très longs ", a ainsi assuré Sibeth Ndiaye au micro d’" Europe 1 ". A ses yeux, " il n’y a pas de logique politique " à ce que Richard Ferrand démissionne.

" Un membre du gouvernement est nommé, un parlementaire est élu ; quand on est président de l’Assemblée nationale, on est élu deux fois ", fait valoir la " Porte-parole ", évoquant la règle selon laquelle un ministre mis en examen devait démissionner.

Avant qu’Edouard Philippe n’édicte ce principe au nom de l’exemplarité du " nouveau monde ", Richard Ferrand, à peine nommé ministre de la « Cohésion des territoires », avait dû – sans qu’il soit " mis en examen " à l’époque - être " exfiltré " du gouvernement vers la présidence du groupe " La République en marche " (LREM) à l’Assemblée nationale, avant de prendre la succession de François de Rugy " au Perchoir " en septembre 2018.

Le 24 mai 2017, " Le Canard Enchaîné " l’épinglait pour des tractations immobilières datant de 2011. Les " Mutuelles de Bretagne ", dont Richard Ferrand était alors le directeur général, souhaitant louer des locaux commerciaux à Brest, avaient choisi, entre trois propositions, celle d’une société immobilière appartenant à sa compagne.

En plus d’une rénovation complète des locaux payée 184 000 euros par la mutuelle, la SCI a vu la valeur de ses parts " multipliée par 3 000 " six ans plus tard, écrivait " le Canard ".

En octobre 2017, le « Parquet » de Brest avait classé l’affaire " sans suite " en invoquant notamment la prescription de l’action publique s’agissant d’un éventuel délit de " prise illégale d’intérêts ".

Une plainte de l’association anti-corruption " Anticor " avait relancé le dossier, avec l’ouverture d’une information judiciaire dépaysée à Lille en juillet 2018 par la « Cour de Cassation ».

Ce jeudi, à l’issue d’un " interrogatoire de première comparution " de près de 15 heures au « Tribunal de grande instance », les trois juges d’instruction saisis ont donc choisi de placer Richard Ferrand " en examen ".

PRÉSOMPTION D’INNOCENCE ET SÉPARATION DES POUVOIRS

La nouvelle tombée, le ban et l’arrière-ban de la majorité se succèdent donc dans " les matinales " pour défendre ce " macroniste " de la première heure.

" Je suis absolument convaincu que l’examen des faits démontrera l’intégrité de Richard Ferrand. Concernant ses fonctions à l’Assemblée nationale, à l’évidence, il doit les conserver, précisément parce que Richard Ferrand est présumé innocent ", assure, sur BFMTV, le président du groupe " La République en marche " à l’Assemblée nationale, Gilles Le Gendre.

" Une instruction n’est pas une condamnation et une mise en examen n’est pas une présomption de culpabilité. Il n’y a donc aucune raison que l’on oblige Richard Ferrand à démissionner de son poste de président de l’Assemblée Nationale ", martèle sur RTL la porte-parole du parti, Aurore Bergé.

" Gardons-nous de confondre instruction et condamnation ", exhorte le délégué général de LREM, Stanislas Guerini.

" Si l’on veut aller au bout du respect de la présomption d’innocence, il ne faut pas tirer plus de conséquences d’un acte de procédure ", renchérit Marc Fesneau, ministre chargé des Relations avec le Parlement, rappelant sur BFM que la " garde des Sceaux " ne peut pas donner d’instruction individuelle aux magistrats.

https://twitter.com/RMCinfo/status/1172036606515208192

Sans doute inspiré par Sibeth Ndiaye, Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales, se livre - quant à lui - à une nouvelle prouesse réthorique, violant la séparation des pouvoirs juste après l’avoir invoquée : " Une autorité judiciaire donne une décision, un acte de procédure. Il n’appartient pas à un membre du pouvoir exécutif de dire ce que le président de l’Assemblée, membre d’un troisième pouvoir, doit faire. Ou alors on massacre Montesquieu et on met de côté ce qui fait notre état de droit ", commence l’ancien des " Républicains " sur LCI.

Avant d’ajouter : " Politiquement, ce n’est pas une bonne nouvelle, c’est clair, mais ce qui compte dans cette affaire-là, au-delà de la personne de Richard Ferrand, c’est nos institutions. (…) Faut-il démettre le quatrième personnage de l’Etat sur un doute ? Pour nos institutions, pour notre démocratie, je pense que non. "

Il ne reste plus aux juges qu’à s’excuser d’avoir dérangé.

Louis Nadau

Marianne