Faute d’avoir vu venir la guerre en Ukraine, le chef du renseignement militaire français est viré

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Faute d’avoir vu venir la guerre en Ukraine, le chef du renseignement militaire français est viré

Le général Eric Vidaud, le 1er juillet 2021. Benjamin Guillot-Moueix / Hans Lucas via AFP

Le directeur du renseignement militaire, le général Éric Vidaud, a été " remercié " par le chef d’état-major des Armées. Une source évoque un " manque de maîtrise des sujets " sur la guerre en Ukraine, mal anticipée par la France.

L’invasion russe en Ukraine aura eu raison de lui.

Le patron du " renseignement militaire " français, le général Eric Vidaud, va quitter ses fonctions notamment après ce qui a été jugé comme " une insuffisance de ses services " sur l’invasion russe en Ukraine, a appris l’AFP de " sources militaires " et proches du dossier.

Une " source militaire " a confirmé le départ immédiat du patron de la « Direction des renseignements militaires » (DRM), conformément à une information du site de " l’Opinion ". Ce dernier cite une source interne au ministère des Armées évoquant des " briefings insuffisants " et un " manque de maîtrise des sujets ".

Selon la " source militaire " contactée par l’AFP, la DRM était dans " le viseur " de l’état-major des armées depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mais la DRM " fait du renseignement militaire sur les opérations, pas sur l’intentionnalité ", a-t-elle estimé.

Les productions du service concluaient que la Russie avait les moyens d’envahir l’Ukraine. " Ce qui s’est passé lui donne raison ", a-t-elle fait valoir.

Selon une autre " source militaire " interrogée par l’AFP et qui a - elle aussi - requis l’anonymat, le départ du " haut gradé " faisait l’objet de rumeurs depuis quelques jours au sein de « l’Armée ». Mais il était question qu’un autre poste lui soit confié, ce qui n’aurait finalement pas été le cas.

Le général Vidaud avait été nommé à ce poste l’été dernier, en provenance du « Commandement des opérations spéciales » (COS).

LA FRANCE " DÉFAILLANTE "

Début mars, peu après l’invasion de l’Ukraine par les forces russes, le chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard, avait admis dans le journal " Le Monde " des divergences d’analyses entre Français et Américains sur la question d’une possible invasion de l’Ukraine.

" Les Américains disaient que les Russes allaient attaquer, ils avaient raison. Nos services pensaient plutôt que la conquête de l’Ukraine aurait un coût monstrueux et que les Russes avaient d’autres options " pour faire chuter le président Volodymyr Zelensky, avait-il reconnu.

De fait, les Américains ont obtenu du renseignement de très grande qualité sur les préparations russes et avaient décidé, plusieurs semaines avant l’invasion, d’en publier une partie pour tenter notamment de faire pression sur le président russe Vladimir Poutine.

" Le renseignement américain a battu la mesure et a utilisé le renseignement comme un moyen de pression. Cela marque le retour du renseignement comme levier de communication politique ", a expliqué à cet égard à l’AFP Alexandre Papaemmanuel, professeur à « l’Institut des études politiques » (IEP) à Paris et spécialiste du renseignement.

" La France fait de même. Elle dit en interne, au sein de la communauté et au reste du monde, qu’elle a été défaillante ", a-t-il ajouté. Mais il estime pour autant que la DRM ne saurait être la seule à blâmer et qu’elle souffre en particulier de moyens insuffisants, d’un problème d’image et d’une organisation des services " en silos ".

" C’est un peu facile de blâmer la DRM. On l’apprécie quand elle est discrète et ne fait pas de vague et elle intrigue quand elle commence à montrer qu’elle existe ", a regretté le chercheur.

Pour autant, a-t-il conclu, " l’avertissement est pour l’ensemble de la communauté. Il faut être performant et être au rendez-vous de l’ensemble des menaces ".

Rédaction

Marianne.fr