Fausse crise des migrants, vraie crise de l’Europe

, par  DMigneau , popularité : 0%

Fausse crise des migrants, vraie crise de l’Europe

Seize pays de l’UE se sont réunis dimanche 24 juin à Bruxelles pour discuter de la question des migrants, sans parvenir à proposer une position commune ; une inefficacité qui reflète le manque de volonté pour coordonner les politiques d’asile au niveau européen.

Dans les faits, on est loin d’une situation comparable à la crise de 2015. Un million de migrants et réfugiés étaient alors arrivés par terre et mer en Europe. Le flux s’est largement tari depuis.

En 2018, ils ne sont que 73 000 à avoir abordé les côtes européennes, soit une baisse de 50 % par rapport à l’année dernière à la même période. Par ailleurs, les " demandes d’asile " en 2017 ont baissé de 44 % en Europe par rapport à 2016. Ces chiffres s’expliquent notamment par la fermeture de " la route des Balkans " et la mise en place d’accords avec la Turquie et la Libye.

Ce sont des polémiques récentes qui ont renouvelé les tensions au niveau européen. " L’Aquarius ", affrété par des ONG pour venir en aide à 629 migrants, s’est vu refuser l’accès aux ports italiens avant de faire route vers l’Espagne.

En Hongrie, le parlement vient de voter une loi pénalisant les associations d’aide aux migrants et une modification constitutionnelle destinée à empêcher l’imposition de quotas de migrants par l’Union européenne.

Il ne s’agit donc pas d’une crise migratoire mais bien d’une crise politique.

La réforme de la politique européenne sur l’asile et les migrations se fait attendre. Car le système actuel dit de « Dublin III » ne tient plus. Il oblige les migrants qui souhaitent déposer une " demande d’asile " à le faire dans le premier pays où ils sont arrivés. Ce système de relocalisation très coûteux fonctionne mal, le taux de transfert des demandeurs d’asile vers leur pays d’arrivée n’étant que de 4 % selon une étude de la « Commission européenne ».

De plus, « Dublin III » ne tient pas compte de l’inégale pression des Etats par rapport aux arrivées. Les pays aux frontières de l’Europe comme la Grèce ou l’Italie ont ainsi sévèrement souffert du manque de solidarité pour alléger leur « fardeau » lors du pic de 2015. Les quotas qui visaient à répartir sur le continent 160 000 migrants arrivés en Grèce et en Italie n’ont pas été respectés.

Pas de crise migratoire, mais une crise politique outre-Rhin

A la volonté d’une réponse délayée de la crise de 2015 s’est ajoutée une crise politique en Allemagne. La semaine dernière, Angela Merkel a fait face à une pression de la part de la CSU (" Union chrétienne-sociale " en Bavière) avec qui elle cohabite.

Cet allié bavarois souhaite le renvoi des demandeurs d’asile arrivant par le sud et menace la fragile coalition de la chancelière allemande.

En agissant unilatéralement à la frontière, la CSU peut créer " un effet domino " en Europe, d’autres pays agissant de même. L’initiative de la « Commission européenne » de tenir un mini-sommet sur " la coopération européenne " au sujet des migrations visait donc à venir au secours de l’exécutif allemand.

Ce sauvetage par la « Commission » a d’abord déplu à l’Italie. Celle-ci n’a pas bénéficié d’un tel traitement de faveur quand elle demandait plus de solidarité pour la répartition des migrants. Elle a fait un temps planer le doute sur sa possible participation au mini-sommet. Le ministre de l’intérieur Matteo Salvini, leader d’extrême droite de " la Ligue " italienne, a par ailleurs multiplié les joutes verbales avec Emmanuel Macron, accusant le chef de l’Etat français d’« arrogance » sur le sujet des migrants.

Le mini-sommet devait préparer le « Conseil européen » du 28 et 29 juin, en réunissant à l’avance les pays qui souhaitent adopter une politique commune. Les pays du " groupe de Visegrad " (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) s’opposent à une réponse commune et préféreraient que les Etats demeurent souverains sur la question de l’asile.

Ils ont fait savoir qu’ils ne participeraient pas au mini-sommet ; une déclaration plus qu’incongrue, puisqu’ils n’étaient même pas invités.

L’Europe en manque de solutions

Quelles sont les solutions envisagées par les leaders européens ?

Le « système de quotas », expiré en septembre 2017, n’a pas fonctionné. Une des réformes proposées par l’Allemagne est un nouveau système de répartition, imposé uniquement en cas de crise et avec des contreparties financières pour les Etats accueillant des migrants.

Une solution inacceptable pour les gouvernements souverainistes de " Visegrad "... et pas assez ambitieuse pour l’Italie.

Le « Conseil européen » a, quant à lui, proposé une délocalisation de l’asile, en créant des « plateformes de désembarquement » dans des pays tiers comme la Tunisie et l’Egypte.

Ces camps accueilleraient les personnes secourues en mer et permettrait le « tri » entre " migrants économiques " et futurs candidats à l’asile. S’ils devraient permettre d’empêcher les départs en mer, ils semblent cependant difficiles à mettre en œuvre sans l’accord des pays tiers et posent des questions en matières de droits humains.

La dernière proposition en date est celle d’Emmanuel Macron et du nouveau chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez. Soutenus par Berlin, Paris et Madrid ont proposé la création de « centres fermés » sur le sol européen. Il existe déjà des " hotspots " non fermés en Grèce où les migrants attendent l’examen de leurs cas.

La création de tels centres demanderait l’accord des pays concernés comme l’Italie. Celle-ci s’y est refusée jusqu’ici.

Une autre proposition mise en avant par « des chercheurs » seraient d’organiser les migrations du travail au niveau européen, en facilitant l’accès à l’immigration légale pour les " demandeurs d’asile ". Cette option n’est même pas envisagée par les leaders européens.

S’il a permis à Angela Merkel de souffler quelques jours, le mini-sommet de ce dimanche n’aura donc fait que souligner les tensions au sein de l’Europe sur la question des migrants.

A la fin de la rencontre, la chancelière a d’ailleurs estimé que les accords bilatéraux, " au cas par cas ", seraient la solution la plus plausible ; une situation diamétralement opposée au principe de coopération européenne.

L’adoption d’une position commune au « Conseil européen » de cette semaine est plus que jamais improbable.

Adélie Chevée

Regards.fr