" Fainéants " promet d’être à Macron ce que " sans-dents " a été à Hollande

, par  DMigneau , popularité : 40%

" Fainéants " promet d’être à Macron ce que " sans-dents " a été à Hollande

Emmanuel Macron assume son mot mais pourrait bien se le voir renvoyer à la figure ad nauseam. - Sipa

La formule d’Emmanuel Macron sur les " fainéants " électrise ses opposants qui l’interprètent comme du mépris social et en font un cri de ralliement pour les mobilisations qui démarrent ce mardi 12 septembre contre les ordonnances " Travail ". Un scandale qui rappelle celui provoqué par les " sans-dents " de François Hollande…

A l’heure de la rentrée sociale et du début des manifestations contre la " loi travail XXL ", les mots d’Emmanuel Macron sur les " fainéants " restent en travers de beaucoup de gorges, à gauche.

Ce lundi 11 septembre encore, l’ex-candidat " socialiste " à la présidentielle, Benoît Hamon, a fustigé sur BFMTV un " mépris incroyable " et des paroles " pas tellement dignes d’un président de la République ".

Pendant ce temps-là, le secrétaire d’Etat Benjamin Griveaux essuyait une salve de questions outragées de la part d’auditeurs de France Inter pointant la " vulgarité " du langage employé, son " côté insultant et inadmissible " ou encore le " mépris " de la formule.

Macron ne regrette " absolument pas "

" De qui parle le président lorsqu’il dit qu’il ne cèdera rien aux fainéants ? De ces millions de privés d’emplois et de précaires ? ", s’est offusqué dimanche le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, dans " Le Parisien ". " Le président - comme son gouvernement et sa majorité - sont déconnectés des réalités ", a-t-il déploré, arguant d’un " très fort mécontentement qui va au-delà de la loi Travail ".

Si Emmanuel Macron persiste et signe, assurant ce lundi lors d’un déplacement à Toulouse qu’il ne regrette " absolument pas " l’emploi de ce terme, il pourrait regretter le timing de sa déclaration. Car il a fourni là un nouveau motif d’indignation aux opposants qui comptent défiler dans la rue contre sa politique à partir de ce mardi.

Jean-Luc Mélenchon a ainsi sauté sur l’occasion pour appeler dans un tweet tous les " fainéants " à battre le pavé contre les ordonnances : " Abrutis, cyniques, fainéants, tous dans la rue les 12 et 23 septembre. "

Le leader de " la France insoumise " (FI) dit se sentir " clairement " visé " parce qu’il s’en prenait à tous ceux qui résistent à sa politique ".

" La formule va rester ", diagnostique un ex-conseiller de Hollande

Egalement soutiens des manifestations prévues, les communistes aussi voient rouge. " Décidément, Emmanuel Macron n’aime pas les Français ", a jugé le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, quand le député communiste Sébastien Jumel a dénoncé sur Twitter un " président antisocial " qui " perd son sang-froid ".

Beaucoup, à l’instar du député FI, Adrien Quatennens, ont rapporté la formule aux saillies précédentes d’Emmanuel Macron. Celle sur " les gens qui ne sont rien " avait, par exemple, été très relevée dans les rangs de la gauche : " Une nouvelle fois depuis l’étranger Macron insulte les Français-e-s. S’il y a un extrémisme cynique dans ce pays, il l’incarne parfaitement ".

Sur les réseaux sociaux, le mot est d’ores et déjà détourné à toutes les sauces, devenant un cri de ralliement politique, derrière - par exemple - le hashtag " #JeSuisFainéant "." Mon ennemi, c’est la fainéance ", rigole un internaute, tandis que d’autres invoquent l’appel de Coluche à tous " les fainéants, les crasseux, les drogués... ", du temps de sa candidature éphémère à l’élection présidentielle de 1981.

" Tellement fainéant que je n’ai pas fini ma pancarte ", s’amuse le personnage d’un dessin.

Dans " Le Monde ", Plantu s’est amusé à grimer Macron en " roi fainéant ". Et l’expression a même surgi sous forme de grafitti à Niort...

https://twitter.com/MadjidFalastine/status/907207658473652224/photo/1

Alors, la formule va-t-elle coller comme un sparadrap au doigt du capitaine Macron ?

" Je ne sais pas si c’était une formule travaillée mais elle va rester ", observe l’ancien conseiller à la communication du président Hollande, Gaspard Gantzer. Lequel est bien placé pour le savoir tant la séquence rappelle celle des " sans-dents ", la formule malheureuse qu’avait prêtée à son prédécesseur son ex-compagne Valérie Trierweiler et qui lui avait collé à la peau durant une bonne partie de son quinquennat.

Le poursuivant jusque dans les cortèges contre la loi " El Khomri ", elle avait nourri les slogans anti-Hollande : comme dans " un flamby se gobe sans dents ". Or, les " fainéants " de Macron ont toutes les qualités requises pour produire les mêmes effets

Pierre Chevillard

Marianne