Evol, artiste de façades

, par  DMigneau , popularité : 100%

Evol, artiste de façades

Evol est un maître d’œuvre pas comme les autres : ses chantiers préfabriqués font surgir en trompe-l’œil dans l’espace public des façades anonymes et populaires. Rien d’habitable, rien de neuf : ces habitations de façades sont peintes à la bombe aérosol et au pochoir. En dissimulant ces mini-monuments clandestins dans certaines zones mortes de notre environnement, l’artiste allemand rend hommage aux invisibles parqués en périphérie des villes et cible les politiques urbaines de logement, de l’époque de la RDA jusqu’à nos jours.

Evol / " Сaspar-David-Friedrich-Stadt ", 2009 - peinture aérosol, environ 10x8m, Dresden, Allemagne

Désillusion. « Le trompe-l’œil ne représente pas, il reconstruit », écrit Claude Lévi-Strauss dans " Regarder écouter lire " (Éd. Plon, 1993). Il ajoute : « Le trompe-l’œil saisit et montre ce qu’on ne voyait pas, ou mal, ou de façon fugitive, et que, désormais, grâce à lui, on verra toujours. » Avec ses interventions qui se fondent dans le décor souvent crade et en ruine, Evol révèle la tension sociale qui se joue dans nos villes fantômes au pied du mur.

Evol / " Stem Cell ", 2011 - peinture aérosol sur béton, environ 5x5x2,5m - Brandenburg, Allemagne

Home, sweet home. Evol travaille dans des zones abandonnées de nos villes et teintées par le passage du temps : mobilier urbain strictement utilitaire, friches industrielles... Une matière décrépie qu’il utilise en toile de fond. Sa palette d’outils est réduite : des bombes de peinture et quelques pochoirs basiques qu’il peut assembler comme il veut, une manière de créer une peinture précaire et préfabriquée, tout comme l’architecture qu’il dépeint.

Urbain. Né à Heilbronn en 1972, Evol vit et travaille désormais à Berlin. Passé par la " Kupio Academy of Arts and Crafts " en Finlande puis par des études de design en Allemagne, Evol a fait ses armes dans le graffiti avec Pisa73, son complice du collectif CTink. Plutôt que de répéter les canons classiques du milieu, Evol préfère détourner et perturber discrètement l’espace public. On retrouve dans le livre " A/React "(Éd. Drago, 2007) les prémices de son travail jusqu’aux premiers Blocks peints sur des cabines électriques qu’il envisage comme des « monuments aux invisibles ».

Evol / " Constructivisms ", peinture aérosol - Moscou, Russie

Outil visuel. Tout a commencé par la case chômage, lorsque l’artiste fauché pointait dans un pôle emploi. L’architecture du lieu, un ancien immeuble de la Stasi, frappe l’œil et le moral de Evol. Il prend alors plusieurs photographies des fenêtres de cette façade qu’il décompose et remixe depuis dans la plupart de ses peintures. Les fenêtres ne sont, pour Evol, que des « symboles ». Ses barres HLM fonctionnent alors comme les bandes de Buren : ce sont des « outils visuels » qui changent notre regard sur l’espace public.

Evol / " Nordreuz ", 2011 - bois, eternit, peinture aérosol, environ 9x9x1,5m - Hamburg-Wilhemsburg, Allemagne

Reflets. Nature et béton, habitations sans habitants, macro et micro… Evol compose ses peintures en affrontant les opposés. Parfois, les fenêtres sont brisées ou murées, comme dans ce diptyque, " Broken Window, Theorie & Praxis ", en écho à la théorie répressive de la Vitre cassée.

http://evoltaste.com/works/broken-window/category:Studio%20Works

Evol / " Charlottenstr. ", 2010 - peinture aérosol sur carton, 87x205cm

Recyclé. Evol ne se laisse pas enfermer dehors et travaille aussi en atelier. Ses installations de villes miniatures, ses films et ses pochoirs sur cartons recyclés sont aujourd’hui exposés par quelques institutions. En 2011, il recevait en France le prix " Slick " de Arte et Beaux-arts magazine. Reconnu, Evol reste pourtant discret, fait peu de projets et se fait très rare dans les médias. Ses pochoirs très complexes sur cartons usés l’ont imposé comme l’un des meilleurs pochoiristes européens.

Evol / " Berliner Luft ", 2015 - bombe aerosol, mix média sur carton, 73x93cm

Actu. Evol est exposé en Sibérie à l’occasion de la Biennale “ Touching Practices ” au Krasnoyarsk Museum Center, jusqu’au 30 novembre 2015… et à Berlin dans le cadre de l’exposition “ Radikal Modern ” (Berlinische Gallery) jusqu’au 26 octobre 2015.

On peut surtout découvrir, par hasard, des vestiges de ses peintures dans les rues des villes qu’il a traversées, de Paris à Istanbul.

Hugo Vitrani

MediaPart