États-Unis : partisans de Trump et " antifas " sur le sentier de la guerre civile

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États-Unis : partisans de Trump et " antifas " sur le sentier de la guerre civile

Portland, 26 septembre 2020. Alex Milan Tracy / SIPA

De l’autre côté de l’Atlantique, depuis quelques mois déjà, les joutes ne sont plus simplement verbales entre radicaux de tous bords. À l’approche du scrutin présidentiel, et quelle qu’en soit l’issue, il y a de quoi redouter le pire…

Revenu à la « Maison-Blanche » après trois jours passés à l’hôpital militaire Walter Reed de Washington, à l’heure où nous écrivions ces lignes, Donald Trump ne semblait plus avoir de fièvre et songeait même à redonner à sa campagne un peu de " l’oxygène " qui lui a fait momentanément défaut pour cause de " Covid-19 ".

À moins d’un mois de l’élection présidentielle, le thermomètre de l’ambiance qui règne dans le pays est en revanche toujours " au plus haut ".

Carrément " écarlate ", à en croire Thomas L. Friedman, un des éditorialistes phares du " New York Times ".

" Notre démocratie est en danger comme elle ne l’a jamais été, plus en danger qu’à l’époque de la guerre de sécession, qu’après Pearl Harbour, la crise des missiles à Cuba ou le Watergate " écrivait-il le 2 octobre.

Pour ce " prix Pulitzer ", aux convictions " progressistes " affichées, le danger porte évidemment un nom : Donald Trump, un type abominable, " le pire président ayant occupé le bureau ovale " dont l’hypothétique réélection conduirait les États-Unis au bord de la guerre civile.

Journaliste respectable, Thomas L. Friedman s’est bien gardé de souhaiter publiquement un destin funeste au milliardaire mais, par centaines, d’autres l’ont fait allègrement sur les divers « réseaux sociaux », " Twitter " au premier chef.

Pendant ce temps, bannières étoilées au vent, les militants " trumpistes " convergeaient devant le " Walter Reed Army Medical Center " pour souhaiter à leur héros un prompt rétablissement et " quatre années de plus " à la tête du pays.

" Trumpistes " contre la " néo-gauche "

Il n’y a pas eu d’incident majeur au cours de ces quelques jours de " flottement " au sommet de l’État, mais reste que la vague de violences engendrées par le décès de George Floyd, le 25 mai à Minneapolis, continue d’affoler tous les observateurs.

Les plus partisans en attribuent la responsabilité exclusive à un Donald Trump qui n’a jamais cessé d’attiser les fractures multiples du pays ou, à l’inverse, à l’agressivité croissante d’une " néo-gauche " américaine ayant choisi la rue pour mener le combat contre un homme à ses yeux dépourvu de toute légitimité à exercer la plus haute fonction.

Entre Trump et cette Amérique allant des courants les plus " à gauche " du " Parti démocrate " jusqu’aux " antifas " (nom générique donné aux mouvances antifascistes), devenus très visibles à la faveur des manifestations contre les violences policières, la détestation remonte en fait à l’élection de 2016.

Et même à la campagne qui l’a précédée.

Pendant des mois, ceux-là ont manifesté dans toutes les grandes villes de « l’Union » avec un slogan on ne peut plus clair : " Il n’est pas mon président, il doit partir ".

Si l’agitation s’est peu à peu tarie, les incidents dramatiques survenus les 11 et 12 août 2017 à Charlottesville, en Virginie, vont illustrer le fossé séparant désormais divers groupes de populations.

À l’origine, sous la pression de divers mouvements activistes, la municipalité de la dernière ville où vécut Thomas Jefferson décide de déboulonner la statue du général sudiste Robert E. Lee. Pour une partie des résidents du comté, plus " traditionalistes " qu’extrémistes, le projet relève quasiment du " génocide culturel ".

" On veut nous effacer de la carte ", entend-on ici et là, et pas seulement à Charlottesville. Plusieurs groupes d’extrême droite et de " l’alt-right ", " suprémacistes blancs " et " néo-nazis " compris, s’en mêlent et appellent à des rassemblements œcuméniques intitulés " Unit the right ". Lesquels basculeront en affrontements musclés avec des contre-manifestants et le décès d’une militante des « droits civiques » fauchée par la " voiture bélier " d’un jeune néonazi, James Alex Fields Junior.

Dans un premier temps, Trump renvoie " dos à dos " les violents des deux camps, avant de condamner plus nettement le « Ku Klux Klan », puis de changer à nouveau de position en soulignant qu’à Charlottesville, " il n’y avait pas que des néonazis ".

Si certains spécialistes de l’extrême droite américaine retiennent que celle-ci surfe désormais sur la peur du " grand remplacement ", bien réelle dans une partie de l’électorat de Trump, d’autres s’interrogent - en revanche - sur les conséquences de l’intransigeance des " radicaux " à vouloir imposer leur vision d’une Amérique " décolonisée " à marche forcée.

Le scénario d’un face-à-face périlleux est en place, d’autant plus que le nombre des milices d’extrême droite mais aussi, plus récemment, de groupes d’extrême gauche " militarisés " est en hausse.

Au mois de juin, revenant sur les scènes d’émeutes qui ont accompagné dans plusieurs villes les défilés organisés pour protester contre les violences policières, David Kilcullen, une sommité en matière de conflits urbains, évoque un climat " pré-insurrectionnel ". En clair, des " incidents violents de plus en plus fréquents " et pas uniquement liés à la question du racisme, révélant " une meilleure organisation et une structuration des projets " des divers acteurs.

L’amplification des « réseaux sociaux »

Si la majorité des manifestants est restée à l’écart des troubles, les " antifas " en particulier, ont joué leur partition violente, se mêlant d’ailleurs à de simples pilleurs venus profiter de l’aubaine.

Au demeurant, les événements les plus dramatiques relèvent quelquefois d’une simple initiative individuelle, prise en dehors d’un cadre organisationnel précis. Ce fut le cas pour le jeune " suprémaciste " Kyle Rittenhouse, 17 ans, auteur du double meurtre de manifestants à Kenosha, dans le Wisconsin.

Et, dans le camp opposé, celui de Michael Reinoehl, 48 ans, un " antifa à 100 % " qui a mortellement blessé à Portland un membre des " Patriot Prayer ", un des nombreux groupes d’extrême droite venus y contester la présence régulière des militants " Black Lives Matter ".

Une fois encore, Donald Trump est accusé de montrer sa mansuétude à l’égard des uns – qu’il a refusé de condamner lors de son débat avec Joe Biden –, s’acharnant en revanche à qualifier les " antifas " de " terroristes ". Une classification indue à en croire quelques dirigeants et politologues " Démocrates " souffrant eux aussi de " myopie aiguë " dès lors qu’abattre le président justifie à peu près tous les excès.

Contrairement à un passé récent, la contestation violente, voire destructrice de vies humaines, semble désormais trouver un écho croissant, et peut-être demain des relais, dans la société américaine.

Comme partout, les « réseaux sociaux » y apportent une amplification inédite, dont beaucoup redoutent qu’elle ne débouche à un moment ou un autre sur des affrontements dépassant le seul cadre des " durs ". En cas de défaite, les partisans les plus extrémistes de Trump ont promis l’enfer à leurs ennemis. Lesquels ne sont pas en reste, répétant chaque jour qu’un second mandat du locataire de la « Maison-Blanche » n’est tout simplement pas envisageable.

« La Bourse » a pris la mesure du danger et, après des mois de " bonne santé " malgré la pandémie, commence à donner de sérieux signes de faiblesse.

Alain LEAUTHIER

Marianne