Etats-Unis : les vraies raisons qui ont poussé Trump à couper les vivres à l’OMS

, par  DMigneau , popularité : 0%

États-Unis : les vraies raisons qui ont poussé Trump à couper les vivres à l’OMS

Donald Trump, à la " Maison-Blanche ", quelque temps avant une intervention portant sur le Covid-19. - Alex Brandon/AP/SIPA

Erratique, Donald Trump ? Bien souvent. Mais ce trait de sa personnalité explique-t-il, à lui seul, cette décision de geler la subvention américaine à l’Organisation mondiale de la Santé ? Pas si simple. Décryptage.

« Injustifiable ! » Sans surprise, Josep Borell, le chef de la diplomatie de « l’Union européenne » a condamné la décision de Donald Trump de couper momentanément les vivres (400 millions en 2019) à l’OMS.

Des raisons qui ont poussé le président américain à " geler " une subvention de loin la plus importante (15 %) dans le budget de l’agence onusienne, il n’en est pas question dans le communiqué de l’Espagnol.

Du parvis de la « Maison-Blanche » où il a annoncé sa sanction, Donald Trump - lui - n’en a pas fait mystère : l’OMS a « mal géré » la crise du " Covid-19 " et a pris pour argent comptant les « garanties » données par la Chine, assurant pendant plusieurs semaines qu’il n’y avait aucun risque de pandémie planétaire.

« Si l’OMS avait envoyé des experts sur place » pour s’en assurer, « des milliers de vie auraient pu être sauvées », a renchéri le milliardaire.

L’accusation est lourde mais, diront certains, pas totalement infondée. A plusieurs reprises, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, a vanté publiquement le « très exceptionnel leadership » de Xi Jinping ainsi que la « transparence » des autorités chinoises.

En réalité, il n’est pas le seul et, au moins jusqu’au mois de mars, le président américain n’a pas manqué non plus de féliciter Pékin pour ses « efforts et sa transparence ». Probablement parce qu’à l’époque, lui-même affirmait que, de l’Atlantique au Pacifique, tout était « sous contrôle » et qu’aucune catastrophe majeure ne menaçait les 330 millions d’Américains.

Avec près de 615 000 cas de contamination et 26 000 décès, le ton évidemment a changé, Trump cherchant surtout, d’après ses détracteurs, à faire oublier ses propres défaillances.

Ouverture d’une enquête

En endossant le costume du « méchant », du « sans cœur » et de « l’irresponsable » dont la sanction financière intervient au pire moment, le Président tire a priori une mauvaise carte alors qu’il ne lui en reste plus beaucoup pour sauver sa réélection.

C’est en fait un pari : à un moment ou un autre, les multiples " mensonges " supposés de la Chine - sur les diverses étapes de sa propagation - deviendront si évidents qu’ils effaceront tout le reste. Pour ce faire, il a annoncé l’ouverture d’une enquête qui pourrait durer entre 60 et 90 jours, sans préciser qui la conduira ni comment.

Le travail ne sera pas facile car les autorités chinoises semblent s’être employées à soigneusement dissimuler toutes les traces permettant de reconstruire précisément la chronologie des événements.

L’ophtalmologue Li Wenliang de l’hôpital central de Wuhan, un des tous premiers à signaler l’apparition d’un nouveau virus proche du SRAS, devra se rétracter publiquement et décèdera plus tard du " Covid-19 ".

Depuis, à en croire, entre autres, " The Observer ", l’édition dominicale du " Guardian ", on est sans nouvelles de plusieurs médecins liés au " Wuhan Central Hospital " comme de plusieurs blogueurs ayant tenté de donner l’alerte sur la gravité de ce qui se passait vraiment dans la mégalopole du Hubei.

Comment expliquer aussi la fermeture soudaine, le 12 janvier, du " Centre clinique de santé publique " de Shanghai, le premier laboratoire ayant séquencé le génome du " Covid-19 " ?

Des questions en suspens

Depuis des semaines, se nourrissant de ces questions pour l’heure sans réponse, des sites " complotistes " échafaudent diverses hypothèses sur l’origine du virus. Une des plus insistantes évoque des manipulations dangereuses au " Wuhan Institute of Virology ", plus précisément au sein d’un laboratoire de type P4, c’est-à-dire répondant à des hautes normes de sécurité biologique.

Membre du comité de pilotage du laboratoire, " l’Institut Pasteur " a jugé bon de les démentir le 20 mars dernier :

« Un article scientifique, publié le 17 mars 2020, démonte complètement l’idée d’une manipulation par un laboratoire.

Dans cette étude, les chercheurs examinent ce qui peut être déduit de l’origine du coronavirus SARS-CoV-2, à partir d’une analyse comparative des données génomiques.

Ils décrivent les caractéristiques notables de son génome et discutent des scénarios par lesquels elles auraient pu se produire. Leurs analyses montrent clairement que le SARS-CoV-2 n’est pas une construction de laboratoire ou un virus délibérément manipulé. »

Une manière de " couper court " au délire très en vogue attribuant aux vilains communistes chinois la préparation, dans le plus grand secret, d’une arme bactériologique redoutable, la version pas du tout " soft " des « Routes de la Soie ».

Cependant, un peu plus loin, " l’Institut Pasteur " prend tout de même ses précautions, avec cette double mise au point : « Les activités de ce laboratoire P4 sont sous la responsabilité d’un directeur chinois, nommé par les autorités chinoises » et d’autre part « l’ " Institut Pasteur de Shanghai " (IPS) n’a pas travaillé sur les coronavirus dans le P4 de Wuhan. »

Simple rigueur administrative ?

Le vent de la rumeur soufflera encore beaucoup dans les prochaines semaines. Et d’autant plus fort que les autorités chinoises bataillent actuellement très durement pour imposer leur « narration » de l’épidémie.

Entre mensonge, " demi-vérité " ou ignorance, Antonio Guterres, patron de l’ONU - lui - ne veut pas choisir. « Plus tard, nous verrons, actuellement, nous devons être unis... »

Alain Léauthier

Marianne