Et maintenant : le " selfie " de Benalla, pistolet sur la tempe d’une serveuse

, par  DMigneau , popularité : 0%

Et maintenant : le " selfie " de Benalla, pistolet sur la tempe d’une serveuse

Ce cliché révélé par " Mediapart " montre qu’Alexandre Benalla pouvait porter son arme en dehors du QG d’ " En Marche " durant la campagne. Ce qui lui était supposément interdit. - Alain JOCARD/AFP

" Mediapart " révèle que l’ex-chargé de mission de l’Elysée a fièrement posé durant la campagne avec un pistolet pointé sur le visage d’une serveuse. Outre le caractère douteux du cliché, il ne détenait alors pas d’autorisation de port d’arme en dehors du QG de campagne. Il a jusqu’ici affirmé avoir respecté les règles relatives au port d’arme.

A en croire cette photo, Alexandre Benalla a menti en affirmant qu’il n’avait jamais emporté son arme en dehors du siège d’ " En Marche ". L’ancien responsable de la sécurité, pris dans la tourmente depuis la publication d’une vidéo le montrant frappant un couple en marge des manifestations du 1er-Mai, pourrait regretter d’avoir fièrement posé avec un pistolet dans un restaurant de Poitiers, dans la Vienne, durant la campagne présidentielle.

" Mediapart " a en effet publié ce 24 septembre un cliché très compromettant d’Alexandre Benalla. Avec un sourire désarmant, il pose en pointant une arme en direction d’une serveuse pour les besoins d’un " selfie ".

La photographie a été prise à la fin de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, dans la nuit du 28 au 29 avril 2017. Alors en meeting à Chatellerault, Macron dîne accompagné de son équipe et de son service d’ordre dans un restaurant de Poitiers, " les Archives ". A la fin du service, une jeune serveuse s’occupant de la table du service d’ordre demande à faire un " selfie " avec trois de ses membres. Parmi eux, Alexandre Benalla, alors « directeur de la sûreté et de la sécurité » d’ " En Marche ".

" On n’est pas des mabouls "

Le jeune homme va prévenir la serveuse qu’une « surprise » l’attend sur le cliché ; elle découvrira l’arme sur sa tempe. Or, si Alexandre Benalla avait l’autorisation de détenir cette arme au sein du QG d’ " En Marche ", il n’avait aucunement le droit de la porter au dehors.

Ce simple " selfie " vient détruire la défense d’Alexandre Benalla qui avait juré ne jamais être sorti du QG de campagne avec le " Glock 17 " pourtant présent sur la photo.

« N’êtes vous jamais sorti avec votre arme ? », interrogeaient, une semaine après les révélations de la Contrescarpe, deux journalistes du " Monde " auxquels Alexandre Benalla livrait son premier entretien. « Non, jamais. On est pas des mabouls, il y a un risque pour la réputation du candidat ».

Alexandre Benalla a fait une demande de port d’arme en dehors du QG à la fin de l’année 2016 ; sa requête avait alors été refusée. Il n’obtiendra le permis tant désiré que le 13 octobre 2017, grâce à l’intercession de l’Elysée. Entre-temps, il pouvait porter " le Glock 17 " mais uniquement au sein du QG et ce jusqu’à la fin de la campagne. Le permis a été révoqué à la suite de son licenciement et de sa mise en examen le 22 juillet pour des violences commises en marge du 1er-Mai.

Benalla dénonce un montage

Prévenu par " Mediapart " quelques heures avant la parution du " selfie ", Alexandre Benalla a juré par SMS aux journalistes ayant mené cette enquête n’avoir « jamais porté à la ceinture une arme à feu à l’extérieur du QG de campagne, les seules personnes armées étaient les policiers du SDLP qui accompagnaient le candidat ».

« Je ne me suis jamais fait prendre en photo avec une quelconque arme pendant la campagne », a-t-il ajouté, en affirmant que la photographie était une « fake news » ou un « montage ». L’ancien chargé de la sécurité à l’Elysée a, par la suite, annulé au dernier moment le rendez-vous prévu avec " Mediapart " afin de recueillir sa version des faits.

Mais, comme le rapportent nos confrères de " Mediapart ", la thèse du photomontage est mise à mal par les métadonnées du cliché, dont les coordonnées GPS correspondent parfaitement à l’adresse du restaurant « Les Archives ».

" Mediapart " a, par ailleurs, soumis la photographie à une analyse afin de vérifier que cette dernière n’avait pas été retouchée.

Il n’en est rien.

Ce n’est pas la première fois qu’Alexandre Benalla s’affiche avec une arme qu’il n’a pas le droit de porter. En 2016, il pose ainsi dans les colonnes de " l’Obs " dans le cadre d’une enquête consacrée aux gardes du corps. A son flanc gauche, un pistolet " Glock ".

Le mercredi 19 septembre, au cours de l’audition d’Alexandre Benalla par la « Commission d’enquête » du Sénat, la sénatrice EELV Esther Benbassa l’a interrogé sur cette arme. Alexandre Benalla a rétorqué qu’il travaillait alors outre-Rhin, à « l’Office européen des brevets », et que le port d’arme sans autorisation était autorisé « à l’étranger, en Allemagne, avec des autorisations particulières ».

Mais, comme le rapporte " l’Obs ", ce cliché n’avait pas été pris « à l’étranger », mais… dans un studio de l’Est parisien.

Un mensonge sous serment.

Anne-Sophie Faivre Le Cadre

Marianne