Et maintenant, ils veulent s’attaquer au Smic !

, par  DMigneau , popularité : 0%

Et maintenant, ils veulent s’attaquer au Smic !

Après avoir inversé la hiérarchie des normes du code du travail, supprimé l’ISF et l’impôt sur les dividendes, réduit l’impôt sur les revenus du capital, le nouveau « gouvernement des riches » va-t-il s’attaquer au SMIC, comme le recommande le groupe d’experts « indépendants » acquis à sa cause ?

UN RAPPORT D’EXPERTS « INDÉPENDANTS »

Le groupe " d’experts " de la " Commission Nationale de la Négociation Collective " vient de remettre son rapport annuel sur le SMIC, quelques semaines avant sa revalorisation du 1er janvier.

Il recommande de mettre un terme aux mécanismes d’indexation du SMIC, garantissant jusqu’à présent le pouvoir d’achat des bas salaires. Cela concerne 11 % des salariés.

Le rapport propose en premier lieu de mettre fin aux « coups de pouce », permettant aux gouvernements d’accroître à discrétion les bas salaires.

Il recommande en second lieu que lors de sa revalorisation annuelle, la progression du SMIC ne soit plus indexée sur l’inflation et sur l’évolution du salaire horaire de base des ouvriers et des employés ou bien qu’elle soit uniquement dépendante de l’inflation.

Les auteurs indiquent qu’ils militent en faveur de la régionalisation du SMIC et de l’instauration d’un SMIC « jeunes », mais que le contexte sociétal n’est pas propice à ces propositions.

Ils considèrent enfin que le salaire minimum est un piètre instrument de lutte contre la pauvreté et se félicite de la hausse de la « prime d’activité ».

Ce groupe « indépendant » est présidé par Gibert Cette, nommé à dessein en septembre dernier par le gouvernement. Il compte parmi ses rangs André Zylberberg, co-auteur d’un pamphlet traitant de « négationnistes »(*) les économistes pour qui la « feuille de paye » n’est pas l’ennemi de l’emploi.

Leurs arguments se résument à l’idée simpliste selon laquelle le coût du travail excessif est à l’origine du déficit de compétitivité de l’économie française et du chômage.

Les « travaux » du clan des " économistes " orthodoxes auquel ils appartiennent ont servi de caution idéologique aux politiques qui se sont déployées pour détricoter le code du travail, réduire le coût du travail et rétablir le taux de marge des entreprises.

Le coût de exonérations de cotisations sociales, combinées au CICE, s’élève désormais à 60 milliards, soit 3 % du PIB. Alors que les effets de ces mesures sur la " compétitivité " et l’emploi ne sont pas probants, voila que les mêmes " experts " s’attèlent à préparer les esprit à la suppression des mécanismes d’indexation du SMIC, réputés renchérir le coût du travail non qualifié et entraîner une pression à la hausse des bas salaires négociés dans les branches.

LA BAISSE DU COÛT DU TRAVAIL N’A PAS AMÉLIORÉ LA COMPÉTITIVITÉ ET L’EMPLOI

Alors même que la productivité des travailleurs de France est l’une des plus forte au monde, le « coût du travail » français évolue désormais à un rythme inférieur à celui observé en moyenne dans la zone euro.

Symétriquement, le taux de marge brut converge vers à son plus haut taux historique.

Malheureusement, les entreprises n’utilisent aucunement les profits pour investir et innover. Leur sous-investissement explique que le commerce extérieur reste structurellement déficitaire.

La part des profits consacrés à l’investissement reste faible, alors que celle consacrée au versement de dividendes s’accroît. Elle s’élèvera d’autant plus que les revenus du capital sont désormais sous-taxés par la « Flat Tax » - le prélèvement forfaitaire unique permettant aux revenus du capital d’échapper au barème de l’impôt sur le revenu - et que l’impôt sur les dividendes a été supprimé.

Obsédés par le « coût du travail », nos " économistes " officiels en oublient de regarder du côté du coût du capital, devenu exorbitant. Les modèles théoriques postkeynésiens, qu’ils méconnaissent, montrent pourtant qu’une hausse du taux de marge peut s’avérer contreproductive dans l’hypothèse où l’essentiel de la part des profits est versée sous forme de dividendes et où la propension à épargner des actionnaires est forte.

Dans ce cas d’école, proche de la réalité actuelle, les politiques de l’offre ont pour effet pervers d’accroître la part de l’épargne dans l’économie, au détriment de la consommation et de l’investissement. C’est cette pression déflationniste qu’a craint la BCE, il y a peu.

Une telle situation appelle la mise en œuvre de politiques monétaire et budgétaire de relance, ainsi qu’une hausse des salaires.

Une hausse du SMIC est certes susceptible d’engendrer une tension sur les coûts dans « les services » où la productivité est stagnante. Néanmoins, dans ce secteur abrité de la concurrence internationale, une hausse sensible du prix relatif des services permet de faire face à la hausse générale des bas salaires.

Un regain de demande et d’inflation est d’ailleurs souhaitable dans la conjoncture déflationniste actuelle.

IL FAUT AUGMENTER LE SMIC ET LES MINIMA SOCIAUX

Rappelons enfin que la fonction du SMIC n’est pas de lutter contre la pauvreté, mais de reconnaître, sur le territoire national, la valeur minimale de la force de travail que les ouvriers et les employés sont contraints de vendre pour vivre.

Il est heureux que le SMIC situe au-dessus du seuil de pauvreté... pour un salarié à temps complet.

Pour lutter résolument contre la pauvreté, il faut porter le niveau des minima sociaux au niveau du seuil de pauvreté - 60 % du revenu médian - soit 1000 euros.

Or, nos experts « indépendants » ne l’imaginent jamais. Ils craignent, dans ce cas, que le trop faible écart entre les minima sociaux et le salaire minimum - dont ils veulent modérer la hausse - ne " dés-incite " les individus à travailler, d’où leur plaidoyer en faveur de la « prime d’activité ».

Or celle-ci a pour inconvénient de laisser sur le bord du chemin des millions de chômeurs involontaires, ayant épuisé leur droit aux allocations chômage et condamnés à survivre avec des minima sociaux inférieurs au seuil de pauvreté.

Augmenter simultanément le SMIC et les minima sociaux est une nécessité.

Porter ces derniers au niveau du seuil de pauvreté « coûte » 10 milliards. Cette somme est à mettre en balance avec le montant, comparable, consacré par la loi de finance 2018 aux réformes fiscales en faveur de la détention et des revenus du capital.

Liêm Hoang Ngoc,

Président des " Socialistes insoumis " (anciennement " Nouvelle Gauche Socialiste ") et conseiller régional " France insoumise " d’Occitanie.

Marianne

(*) Pierre Cahuc, André Zylberberg, " Le négationnisme économique, Comment s’en débarrasser ? ", Flammarion, 2016.