Espagne : la police nationale réprime le référendum d’indépendance de la Catalogne dans la violence

, par  DMigneau , popularité : 0%

Espagne : la police nationale réprime le référendum d’indépendance de la Catalogne dans la violence

Électeurs et forces de l’ordre se font face à Barcelone. - Twitter - Robin Prudent.

Les tensions entre les indépendantistes catalans et le gouvernement de Madrid ont dégénéré, ce dimanche 1er octobre : la tenue du référendum d’autodétermination jugé " illégal " par le pouvoir central a donné lieu à des scènes de violence, la police nationale empêchant les citoyens catalans d’accéder aux bureaux de vote.

Des personnes en route pour aller voter chargées par la police, des confrontations entre simples citoyens et forces de l’ordre, plusieurs dizaines de blessés…

On peine à le croire, mais ces scènes ont lieu à quelques encablures du territoire français, au cœur de l’Europe " démocratique ". Ce dimanche 1er octobre en Catalogne, la violence règne alors que le référendum d’autodétermination du peuple catalan est réprimé par la force.

Tout, dans les tensions des dernières semaines, laissait craindre ce dénouement.

Le gouvernement espagnol de Madrid et la Catalogne sont engagés dans un terrible bras de fer autour de l’indépendance de la région la plus riche d’Espagne. Les partisans de la sécession exigent un vote d’autodétermination que le pouvoir central, acculé, a déclaré illégal.

En novembre 2014, une consultation symbolique avait déjà été organisée par la Catalogne, malgré l’interdiction de la Cour constitutionnelle… Résultat : 80 % de “ oui ” favorables à l’indépendance, mais une participation de seulement 33 %.

La nouvelle ambition des partisans d’un détachement de la Catalogne qui invoquent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, est donc un référendum massif qui aurait force de loi.

De son côté, l’exécutif espagnol a fait rendre illégale par la Cour constitutionnelle la tenue du référendum, faisant notamment valoir “ l’inexistence de la souveraineté du peuple catalan ”. Les indépendantistes tentent ce dimanche l’épreuve de force et ont ouvert des bureaux de vote pour que le peuple catalan puisse malgré tout s’exprimer.

Des votants chargés par la police

Les foules impressionnantes, s’étalant sur plusieurs rues pour aller voter, ont vite été perturbées par la police nationale envoyée par le gouvernement de Mariano Rajoy (Parti populaire, conservateur).

Temps fort de la matinée : l’arrivée en force des policiers qui ont saisi le matériel électoral au bureau où devait voter le président de la région catalane, l’indépendantiste Carles Puigdemont.

Celui-ci a néanmoins pu voter grâce au système de “ recensement universel ” : les Catalans peuvent s’exprimer à n’importe quel bureau de vote, afin d’éviter les blocages policiers.

Plus tard ce dimanche, il a dénoncé la “ violence injustifiée ” de la police nationale.

Les images que craignait Madrid. La police vire jeunes et vieux d’un bureau de vote en Catalogne.

20 mns avant l’ouverture du bureau de vote à Jaume Balmes, la police a chargé. Tension. Ils sont repartis avec les urnes.

Car dans la journée, les scènes de violence, immortalisées par des journalistes et les citoyens sur place, ont émaillé les bureaux de vote, notamment à Barcelone.

Des manifestants ont été chargés par la police, alors que certains étaient assis pour barrer le passage aux forces de l’ordre. Certains électeurs ont escaladé des grillages pour tenter d’aller voter, poursuivis par des policiers.

Du côté des forces nationales, le préfet de Catalogne, Enric Millo, a jugé que Carles Puigdemont et son équipe étaient “ les seuls responsables de tout ce qui s’est passé aujourd’hui ” et a appelé à “ mettre fin à cette farce ”.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, les premiers chiffres font état de 38 personnes blessées par la police et 11 membres des forces de l’ordre blessés. Les troubles semblent se concentrer sur les bureaux de vote de Barcelone, la capitale régionale.

La police charge les manifestants assis. Coups de matraque, tirs. Des blessés.

Images violentes : des électeurs assis sont chargés par la police près du bureau de vote de Ramon.

Ces événements sont très loin d’être une “ farce ” pour les observateurs internationaux présents sur place. Leur position est globalement nuancée : ils défendent le droit du peuple catalan à s’exprimer sur son indépendance, mais les conditions du référendum de ce dimanche 1er octobre rendent le résultat illisible.

Outre les bureaux de vote rendus inaccessibles par la police, on peut penser que les Catalans hostiles à l’indépendance ne sont pas venus se déplacer pour participer à un référendum dont ils ne reconnaissent pas la légitimité.

Ce qui n’empêchera sans doute pas Carles Puigdemont, le chef des indépendantistes, de se saisir du résultat - et des violences policières - pour aller jusqu’au bout du rapport de force.

Les images de répression des forces de l’ordre ayant déjà fait le tour du monde, nombre de commentateurs estiment que Madrid a déjà perdu le combat politique.

Hadrien Mathoux

Marianne