En Argentine les fonds vautours se frottent les mains

, par  DMigneau , popularité : 28%

En Argentine les fonds vautours se frottent les mains

A peine élu, le nouveau président argentin, Mauricio Macri, tente déjà de négocier à l’amiable avec les fonds vautours. Des fonds spéculatifs qui réclament plus d’un milliard de dollars à l’Argentine. Refusant de se « faire rançonner  » par les 8 % de créanciers qui ont refusé la restructuration de la dette, la présidente sortante avait jusqu’ici refusé de payer malgré les décisions de justice.

Il s’apprête à être investi président dans les prochaines heures mais n’a pas attendu la cérémonie officielle pour placer ses pions. Le libéral et ancien maire de Buenos Aires Mauricio Macri, 56 ans, élu le 22 novembre dernier en Argentine, l’avait promis : il mettrait un terme à la politique économique menée depuis plus d’une décennie par les Kirchner. Et a choisi de s’attaquer en premier lieu à l’une des mesures phares de son prédécesseur.

Un dossier particulièrement sensible ; celui de la dette argentine et du litige que le futur chef d’Etat compte désormais régler à l’amiable avec les fonds vautours, ces fonds spéculatifs américains qui avaient refusé de restructurer la dette du pays comme le demandaient les autorités après la faillite de 2001.

A l’époque, 92 % des autres créanciers avaient accepté de revoir à la baisse (70 %) le montant de leur créance, mais Paul Singer, à la tête d’Elliott Management Corporation ou encore Aurelius Capital Management LP comptent, eux, bien récupérer près d’1,3 milliard de dollars dus, disent-ils, au titre pour le premier d’un prêt de… 50 millions de dollars accordé à l’Argentine en 2008.

Mille trois cent millions de dollars, soit un gain supérieur de vingt fois à la mise initiale de Singer que refusait de rembourser la présidente sortante Cristina Kirchner, peu encline à laisser l’Etat se « faire rançonner » malgré la décision de la Cour Suprême des Etats-Unis.

Une situation inédite

Dans l’impasse depuis plusieurs mois, notamment depuis le défaut de paiement de l’Argentine artificiellement créé par le juge fédéral américain en charge du dossier, Thomas Griesa, (voir l’article " L’Argentine dit « merde » à ses créanciers "), l’affaire pourrait trouver un tout autre dénouement.

A peine élu, Mauricio Macri a en effet envoyé à New York ce weekend un proche, Luis Caputo, présenté comme le futur secrétaire d’Etat aux Finances, négocier avec Dan Pollack, le médiateur désigné par Thomas Griesa et que Cristina Kirchner jugeait peu « impartial » au point de demander à plusieurs reprises sa destitution.

Que se sont dit les deux hommes ?

Peu d’éléments ont encore filtré mais la presse parle d’une négociation portant sur une somme à rembourser (astronomique) avoisinant au total les « dix milliards de dollars. »

Un mois plus tôt, en octobre dernier, toujours selon la presse, c’est le conseiller Economie du président, Carlos Melconián, qui se serait rendu à New York en vue de trouver un accord en direct avec les intéressés et notamment Paul Singer d’Elliott Management Corporation.

Nous vous payerons mais ramenez à nouveau les dollars en Argentine aurait dit en substance Carlos Melconián qui s’était déjà illustré pour avoir estimé les fonds vautours comme faisant preuve de « bonne volonté ». Interrogé dans la foulée, le 15 octobre, par une radio, il a dans cette perspective expliqué qu’il est dorénavant indispensable de « s’asseoir » devant le juge Griesa et de « faire » ce qu’il « dit ».

A l’instar de son conseiller, Mauricio Macri n’a lui aussi jamais caché ses intentions. Ainsi se déclarait-il favorable, dès juillet 2014, à la nécessité de se soumettre « au verdict » de la justice américaine. « Nous avons eu recours à la justice et avons été déboutés, nous devons nous soumettre au verdict, (…) et résoudre le problème. »

Deux décisions rendues ces dernières semaines ont pourtant constitué des petites victoires dans le bras de fer qui opposait Kircher aux fonds vautours.

D’abord, Buenos Aires n’aura pas à payer 5,2 milliards de dollars supplémentaires aux 500 créanciers qui s’étaient joints dernièrement aux fonds spéculatifs Aurelius et NML.

Enfin, et surtout, contrairement à ce qu’a proposé Carlos Melconián, ledit conseiller présidentiel, les actifs appartenant à la banque centrale argentine ne pourront pas être saisis dans le cadre du litige. Dans son argumentaire, Kirchner évoquait alors la souveraineté du pays...

Patricia Neves

Marianne