Elections législatives en ​Algérie : vers une abstention historique ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Elections législatives en ​Algérie : vers une abstention historique ?

Anis Belghoul/NEW PRESS/SIPA

Appelés à élire leurs députés ce jeudi 4 mai, les Algériens risquent une nouvelle fois de s’abstenir tant le scrutin, pourtant marqué par une profonde crise économique et sociale, semble verrouillé par les partis au pouvoir.

Des élections législatives jouées d’avance en Algérie ?

Appelés ce jeudi 4 mai à renouveler pour un mandat de cinq ans les 462 députés qui composent leur Assemblée national , les 23 millions d’électeurs algériens font face à un scrutin sans grand enjeu.

Sauf surprise, le FLN (Front de libération nationale) du président Bouteflika et son allié au pouvoir, le Rassemblement national démocratique (RND), devraient en effet sortir vainqueurs d’une élection qui ne semble pas beaucoup mobiliser les foules.

Dans un contexte social pourtant tendu en raison des graves difficultés rencontrées au quotidien par la population (chômage, logement, transports etc.), engendrées entre autres par la dépendance aux hydrocarbures (60 % du budget de l’Etat) et la chute des prix - le baril de pétrole est passé de 110 dollars à environ 50 dollars en 3 ans -, l’abstention risque d’atteindre des niveaux très forts, comme ce fut déjà le cas en 2012 et 2007.

Le taux de participation n’avait alors respectivement atteint que 43 % et 36 %.

Une situation que le politologue Naoufel Brahimi el-Mili résumait avec ironie dans " Marianne " fin avril : " Presque tous les chevaux font partie de la même écurie (…) Nous avons affaire à plusieurs partis uniques qui auront une majorité écrasante dans la prochaine Assemblée, suivis de très loin par une flopée de nano-partis, dirigés pour la plupart par des anciens ministres. "

L’état de santé de Bouteflika

Cette mainmise - le FLN domine depuis l’indépendance en 1962 - a permis une plus grande stabilité face à des voisins en proie au chaos, à l’instar de la Libye. Mais elle écrase toute véritable tentative de réforme et de changement.

" A chaque fois, on nous promet monts et merveilles et au final : rien ", déplore ainsi une habitante d’Alger auprès de l’AFP.

Dans une ambiance de fin de règne, avec un président gravement malade qui gouverne à travers son frère, Saïd Bouteflika, et la menace d’une percée des partis islamistes malgré la décennie noire, tous les yeux sont donc rivés sur " l’après ".

L’après-législatives, l’après-Bouteflika malgré tous les efforts du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui n’a cessé d’appeler à une mobilisation " massive ".

Lors d’une tournée marathon à travers le pays, dans le cadre de la campagne gouvernementale " Samaa sawtek " (" Fais entendre ta voix ", en arabe), celui-ci est allé jusqu’à enjoindre les femmes de réveiller tôt leurs maris, de ne pas leur servir le café et de les " traîner " dehors afin de glisser leur bulletin dans l’urne.

Pas sûr que cette vision suffise à résoudre les problèmes du pays ni à remplir les quelque 50 000 bureaux de vote…

Magazine Marianne