Élections européennes : Macron dans l’illégalité

, par  DMigneau , popularité : 0%

Élections européennes : Macron dans l’illégalité

La forte implication d’Emmanuel Macron dans la campagne électorale pour " les Européennes " 2019, depuis " sa tribune " dans de très nombreux journaux étrangers et français à sa prise de position virulente contre la liste conduite par le " Rassemblement National ", interroge sur sa conception du rôle de Président de la République Française et sur l’étouffement des valeurs de la République par un président devenu " chef de parti "…

Allons-nous vers un régime à parti unique ?

Comment interroger la posture d’Emmanuel Macron dans cette campagne ?

En mars 2019, Emmanuel Macron, président de la République française, publiait - financée par l’argent des contribuables - dans des journaux de l’ensemble des pays de la " Communauté européenne " (en 28 langues) une tribune intitulée « Pour une renaissance européenne », dans laquelle il exposait sa conception de l’Europe.

Cette tribune serait sans doute passée inaperçue pour la plupart d’entre nous si elle n’avait pas été publiée à quelques mois de la campagne pour le renouvellement du parlement européen.

Ce faisant, dans " l’année électorale ", ce texte n’est-il pas un acte politique partisan qui fait sortir Emmanuel Macron de son statut de « président de la République » dans la mesure où il apparaît comme s’impliquant dans la campagne électorale ?

Cette façon d’agir n’est pas inhabituelle et elle n’entre pas dans le champ strict d’une illégalité avérée : le président de la République peut exprimer des opinions, d’autres l’ont fait avant Emmanuel Macron mais plus modérément et avec une certaine retenue.

Emmanuel Macron, lui, fait ouvertement campagne en faveur de la liste de son parti : sa photo figure en bonne place sur le tract de LREM, tribune dans les journaux y compris étrangers et surtout (c’est nouveau) il appelle ouvertement et sans ambiguïté à voter contre un des partis candidats.

Toutefois si l’expression d’opinions par le président est permise, le faire de façon virulente et particulièrement ciblée contre un parti candidat à l’élection, ne le fait-il pas sortir du rôle qui lui est conféré par l’article 5 de la constitution : « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités. » ?

C’est autour des deux termes « arbitrage » et « fonctionnement régulier des pouvoirs publics » que se pose la problématique : le président de la République sort-il de son rôle en intervenant dans une campagne électorale ?

Concernant les « pouvoirs publics », soit on en reste à une définition restreinte - pouvoir législatif, pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire - soit on va au-delà en prenant en compte la valeur juridique de l’Etat comme l’écrit Georges Burdeau dans son « Traité de science politique » :

« l’État peut être considéré comme l’ensemble des pouvoirs d’autorité et de contrainte collective que la nation possède sur les citoyens et les individus en vue de faire prévaloir ce qu’on appelle l’intérêt général, et avec une nuance éthique le bien public ou le bien commun  ».

Les « pouvoirs publics » sont donc les pouvoirs donnés à un Etat, représenté par un président élu au suffrage universel, pour assurer « l’intérêt général ».

Dès lors n’est-ce pas aller contre l’intérêt général que d’avoir une action incitative à boycotter un parti politique lors d’élections ?

Lorsqu’Emmanuel Macron déclare vouloir mettre " toute son énergie " pour empêcher une victoire du " Rassemblement national ", il refuse de reconnaître les 10,6 millions de citoyens qui avaient voté en faveur de Marine Le Pen en 2017.

Si on refuse de prendre en compte un quart de la population électorale est-ce qu’on assure la communauté nécessaire à l’organisation de l’intérêt général ?

Peut-être faut-il considérer que le " Rassemblement National " (ex. " Front National ") serait un paria, nauséabond et dangereux, qui doit être éliminé de l’espace public, interdit, effacé ?

Alors il faut le faire par la voie légale. Sinon la déclaration d’Emmanuel Macron : « Je crois qu’il n’y a pas mystère (...) La liste du " Rassemblement national " est une liste de déconstruction de l’Europe. Moi je suis patriote français et européen, ils sont nationalistes. C’est différent. » relève d’un parti pris personnel mais en aucun cas d’un acte de gestion de l’Etat puisque ce faisant Emmanuel Macron rompt avec le rôle d’arbitrage conféré au président de la république qui a pour finalité d’assurer la cohésion nationale qui est le substrat de toute réflexion à propos de l’intérêt général.

Si Emmanuel Macron se met ainsi à distance de la fonction présidentielle pour mettre ses arguments, notamment ceux orientés pour contrer un des partis en présence, nous sommes dans une configuration voisine du référendum d’avril 1969 où le général de Gaulle avait voulu, disent certains, se relégitimer en mettant en balance sa démission en cas de refus par l’électorat.

Seulement 47,59 % des électeurs ont approuvé les propositions du général de Gaulle qui, fidèle à sa parole, a quitté le pouvoir.

Ne peut-on pas voir une identique tentative par Emmanuel Macron de se relégitimer au bout de 6 mois de mouvement des " Gilets Jaunes " et de nombreuses manifestations ?

Emmanuel Macron délaisse (bafoue) le rôle d’arbitrage conféré au président de la République pour s’engager dans l’action politique « politicienne » comme s’il était " en campagne " pour la prochaine élection présidentielle.

De fait, il se présente à nouveau devant le peuple (plébiscite ou pas ?) qui est la source de son pouvoir et devant lequel il est responsable.

Cette responsabilité politique (au sens premier) s’exprime à deux moments : au moment de sa réélection - ou non - et à l’occasion de l’organisation d’un référendum.

En prenant de fait la tête de la campagne conduite par LREM, Emmanuel Macron se situe en " chef de parti " et dans un plébiscite, donc s’il n’arrive pas en tête le 26 mai prochain, ce sera un désaveu dont il devrait tirer les conséquences.

Mais, n’est pas « Homme d’honneur » comme Charles de Gaulle, et l’Histoire récente a montré que, même désavoués par les résultats d’un référendum, les présidents « modernes » ne démissionnent pas, alors un président du « nouveau monde » aura-t-il assez, sinon d’honneur du moins de respect de sa fonction et du « Peuple citoyen », pour démissionner ?

LATOUILLE

AgoraVox