Élections en Inde : triomphe du nationalisme hindou

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Élections en Inde : triomphe du nationalisme hindou

Narendra Modi lors d’une réunion publique à Meerut, 15 février 2014. © Narendra Modi, Flickr

La plus grande démocratie du monde vient d’achever le marathon électoral au terme duquel plus de 600 millions d’Indiens ont choisi celui qui présidera aux destinées de la sixième puissance économique du monde.

Le verdict est sans appel : la coalition emmenée par le Premier ministre, Narendra Modi, emporte 353 des 542 circonscriptions en jeu.

Il a désormais toute latitude pour poursuivre les orientations définies lors de son premier mandat, entre réformes libérales, investissements dans les infrastructures, affirmation de l’Inde sur la scène mondiale et renforcement de l’identité hindoue du sous-continent.

Le " Parti du Congrès " est décimé [ndlr : principal mouvement d’opposition, le " Parti du Congrès " a dominé la vie politique indienne de l’indépendance jusqu’à l’élection de Narendra Modi en 2014].

Une Inde s’éteint. Une autre émerge. Celle-là se pensait comme " un creuset de civilisations ", unie par une constitution qui proclame la sécularité de « l’État indien » et garantit des protections particulières aux minorités autant qu’aux couches populaires, notamment les ex-" intouchables " et les populations tribales.

Celle-ci brandit fièrement « l’hindouisme », fondement de sa civilisation et ciment de son identité, pense-t-elle.

Celle-là était mue par un nationalisme civique ayant pour ambition de constituer une puissance souveraine qui promeut la paix et le multilatéralisme.

Celle-ci veut tenir en respect les autres nations, notamment la Chine et le Pakistan, n’hésitant pas à faire usage de la force et laissant planer l’ombre du « feu nucléaire ».

Celle-là tenait les civils servants pour des modèles de vertu, soldats d’un « capitalisme d’État » ayant pour mission d’œuvrer en faveur de l’autonomie productive et d’un développement soucieux des couches populaires.

Celle-ci espère que Narendra Modi mènera à son terme la libéralisation économique qu’a entamée le sous-continent dans les années 1980.

Celle-là reconnaissait une légitimité sans faille à ses élites intellectuelles, rompues aux humanités au sein des universités européennes, s’exprimant dans un Anglais presque « britannique », consolidant, chaque jour passant, le culte du savoir et l’admiration pour la figure du professeur et plaidant, sans fléchir, en faveur des droits des minorités, de la tolérance, du respect de la diversité et de la laïcité.

Celle-ci admire les ingénieurs, conquérants modernes, formés dans les " Indian Institute of Technology " et dont les faits d’armes sont des places de choix acquises dans la " Silicon Valley ".

La vieille Inde admirait les « conservateurs du savoir », à la croisée entre la philosophie grecque, la pensée française, le libéralisme anglais et les traditions spirituelles et philosophiques indiennes.

La nouvelle espère atteindre la classe moyenne " supérieure " des entrepreneurs à succès qui assument leurs devoirs envers leur famille en leur garantissant protection, aisance matérielle et accès au mode de vie consumériste américain.

Trois symboles illustrent ce changement d’époque.

Kanhaiya Kumar, jeune étudiant marxiste, candidat pour le « Parti communiste » – ayant fait ses armes au sein de la " Jawaharlal Nehru University ", temple du marxisme et connu pour son arrestation spectaculaire, pour sédition, durant un événement organisé par des étudiants de la JNU, à l’occasion duquel des slogans anti-Indiens furent proférés – essuie une défaite, dans son État natal, le Bihar, où il faisait face à un candidat du BJP, le parti de Narendra Modi.

Atishi Marlena, professeure formée à Oxford, quintessence de ces élites humanistes issues de « l’indépendance », est frappée d’un échec similaire, tandis que Pragya Thakur, militant du BJP, accusé d’avoir participé à un attentat à la bombe (non condamné pour l’heure et, par conséquent, présumé innocent), en réaction aux attentats islamistes de Mumbai perpétrés en 2008, est élu triomphalement.

Ces trois figures incarnent l’Inde qui s’efface et celle qui la remplace.

2014 : NARENDRA MODI CHASSE LA DYNASTIE " GANDHI-NEHRU " DU POUVOIR

Enfant du Gujarat, État situé à la frontière avec le Pakistan, Narenda Modi s’engage très jeune au sein du " Rashtriya Swayamsevak Sangh " (RSS), groupe paramilitaire et militant, membre de la famille politique " Sangh Parivar ".

Cette dernière réunit principalement le groupe RSS, le parti nationaliste hindou " Bharatiya Janata Party " et le " Vahini Hindu Parishad ".

Cette communauté politique et intellectuelle se réunit autour de « l’Hindutva », idéologie éponyme d’un ouvrage rédigé par un penseur fondamental du nationalisme hindou : Vinayak Damodar Savarkar.

A ces origines, « l’Hindutva » n’implique pas forcément une suprématie de l’hindouisme sur les autres civilisations et religions. Toutefois, très vite, le groupe RSS s’engage contre le séparatisme musulman, ennemi éternel - pour ce groupe - de la civilisation indienne.

Dans l’Inde contemporaine, les propagateurs de « l’Hindutva » souhaitent, à tout le moins, soumettre les musulmans et les chrétiens à l’ethos, aux mœurs et aux valeurs fondamentales de « l’hindouisme ».

Pour les nationalistes hindous, « l’hindouisme » et l’identité de l’Inde se confondent. Les musulmans et les chrétiens ne feront jamais totalement partie de " Mata Bharat " (littéralement « la Mère Inde »), terme mythique pour désigner « l’Inde éternelle », inscrite dans les temps immémoriaux.

Groupe clivant, RSS sera plusieurs fois interdit au cours de l’Histoire récente de l’Inde : après l’assassinat de Mahatma Gandhi, commis par un ancien membre d’RSS, durant « l’état d’urgence » déclaré par Indira Gandhi et après la destruction de la mosquée Babri, que ce groupe estimait construite sur les ruines d’un ancien temple hindou, à Ayodhya, cœur du royaume de Ram, héros mythique du " Rāmāyaṇa ", conte épique de l’Inde.

Manifestation du groupe RSS. ©Suyash Dwivedi

Alors que nombre de leaders de " Sangh Parivar " sont en prison, pendant « l’état d’urgence » déclaré par Indira Gandhi, Narendra Modi parvient à monter, un à un, les échelons des organisations hindoues.

A l’occasion de cet « état d’urgence », plusieurs opposants politiques sont emprisonnés, au nombre desquels figurent des représentants du BJP.

Il assume des responsabilités dans le Gujarat puis dans l’Himachal Pradesh, où il mène le BJP à la victoire.

Entre 2001 et 2012, il est « chef de l’État » du Gujarat. A cette occasion, ses opposants l’accusent de jouer un rôle négatif pendant les pogroms ayant conduit aux meurtres d’entre 1 000 et 2 000 personnes, majoritairement musulmanes, après l’incendie d’un train dans lequel périssent 59 pèlerins, revenus d’Ayodhya.

Toutefois, il faut signaler que Narendra Modi ne fait l’objet d’aucune condamnation dans cette affaire.

Son règne à la tête du Gujarat lui permet de se forger l’image d’un leader charismatique et autoritaire, capable de mener les Hindous à la victoire.

Par ailleurs, le développement économique du Gujarat, fondé notamment sur des investissements venus de riches hommes d’affaires indiens et du Japon – eux-mêmes facilités par la création de zones économiques spéciales, à la fiscalité et aux normes sociales moins contraignantes – le fait passer pour un " modernisateur ", capable de redresser l’économie du sous-continent.

Ainsi, en 2014, lorsqu’il se présente aux suffrages des Indiens, Modi réalise une synthèse qui rencontre les aspirations de l’Inde : un renouvellement démocratique qui balaie la dynastie " Nehru-Gandhi ", perçue comme corrompue et népotique, l’affirmation d’un pouvoir fort au gouvernement central qui redonne de la fierté aux Hindous et une modernisation économique qui libère les Indiens d’un État ressenti comme bureaucratique.

Cela lui permet d’obtenir le soutien de la classe moyenne " supérieure " qui rêve de modernisation économique et se trouve de moins en moins habitée par le surmoi caritatif que « le Congrès » avait insufflé en elle.

Elle estime mériter la place qui est la sienne.

Narendra Modi donne un vernis moral et spirituel à ce sentiment. En agissant ainsi, assure-t-il, les Indiens assument leur devoir à l’égard de leur famille et de leur patrie. Leur position dans l’échelle sociale n’est qu’une juste rétribution de leurs mérites.

Fait plus rare pour le BJP, Modi arrache le soutien d’une partie des couches populaires indiennes, notamment celui des " Other backward castes " (OBCs), groupe social qui ne bénéficie pas pleinement des politiques de discrimination positive mais reste délaissé par la croissance indienne, profitant essentiellement aux " upper castes " et à la classe moyenne " supérieure ".

Le récit de Narendra Modi rencontre la soif de représentation politique exprimée par ces OBCs, que les partis régionaux et « le Congrès » ne considèrent pas.

En effet, Modi est un " Shudra ", caste qui, parmi les 4 " Varna " traditionnelles de « l’hindouisme », se rapproche des OBCs.

Plus jeune, alors que ses parents se préparent à lui présenter la femme qu’il doit épouser, le jeune Narendra s’enfuit et travaille comme " chai walla ", c’est-à-dire " vendeur de thé " dans la rue, figure populaire s’il en est.

Pour ces OBCs, Modi est " l’un des leur ". Il se détache des élites libérales et occidentalisées qui composent le « Parti du Congrès ».

Il n’hérite pas. Il mérite. Dès lors, leurs espoirs se portent sur cet homme.

En 2014, les Indiens décident de chasser la famille " Nehru-Gandhi ", corrompue et incapable d’assurer le développement économique du pays - selon eux - tandis que Narendra Modi leur promet " le vikas ", c’est-à-dire le développement, en les débarrassant des lourdeurs de la bureaucratie indienne et de la corruption et en développant les infrastructures, le retour à la fierté hindoue et l’affirmation de l’Inde comme « puissance majeure » sur la scène internationale.

Avec Modi, estiment les Indiens, viendront les " acche din ", c’est–à-dire " les jours heureux ".

2019 : LA VICTOIRE IDÉOLOGIQUE DE L’HINDUTVA

En 2019, la campagne électorale prend une toute autre tournure. Rahul Gandhi, le leader du « Congrès », estime la constitution et la laïcité menacées par le règne sans partage du " Parti safran " – surnom du BJP – et souhaite sauver la laïcité de l’ombre du nationalisme hindou.

Durant ses cinq années de mandat, Narendra Modi s’est efforcé de renforcer l’identité hindoue de l’Inde. Une partie des programmes d’Histoire sont réécrits. Les interdits qui frappent l’élevage bovin sont renforcés pour protéger « la vache sacrée ». " L’Hindi " est mis en avant au détriment des autres langues de l’Inde.

Le « Congrès » prend donc la tête d’une grande coalition laïque.

Par ailleurs, « le Congrès » fait campagne sur les échecs du gouvernement en matière économique et sociale. M. Modi a mis en place de grands plans d’infrastructures (toilettes publiques, électricité, gaz, routes) insuffisants aux yeux des Indiens et a imposé des réformes libérales qui ne font pas l’unanimité, comme la " Goods and Services Tax " (une TVA uniformisée à l’échelle du pays) et la démonétisation (remplacement de 85 % de la monnaie en circulation afin de lutter contre " l’argent sale " et développer les réseaux bancaires).

La détresse des paysans reste grande. Ils sont victimes de la politique de faible inflation des prix agricoles et de baisse des subventions qui garantit des denrées alimentaires bon marché aux électeurs urbains du BJP mais délaisse les masses paysannes.

Par ailleurs, le chômage reste un sujet majeur de préoccupation pour les Indiens.

Enfin, « le Congrès » s’efforce d’affubler le BJP des limaces de la corruption. Il accuse Narendra Modi de favoritisme à l’égard du riche entrepreneur Anil Ambani, à l’occasion du « contrat du siècle », par lequel la France a vendu 36 Rafales à " l’Indian Air Force ".

Le plan du « Congrès » souffre d’une faiblesse de taille : de nombreux partis régionaux font " bande à part ". Il s’agit notamment du " Bahujan samaj party " et du " Samajwadi party " qui obtiennent traditionnellement le soutien des " Yadav " (sous-caste des OBCs) et des " Jatav " (sous-caste des " dalits ", ex-" Intouchables ") dans l’État le plus peuplé de l’Inde, l’Uttar–Pradesh.

Mamata Banerjee, qui règne sur le Bengal Occidental, joue également sa propre partition.

Fin 2018, " la mayonnaise " semble prendre puisque le BJP subit trois défaites, coup sur coup, au Rajasthan, au Madhya Pradesh et à Chhattisgarh, lors de scrutins régionaux.

Un événement vient cependant bouleverser la campagne. Le 14 février 2019, un camion rempli d’explosifs tue 49 paramilitaires indiens dans la partie du Cachemire administrée par l’Inde.

Très vite, l’attentat est revendiqué par " Jaish-e-Mohammed ", dont le chef, Masood Azhar, opère depuis le Pakistan. L’Inde réagit coup pour coup. Le 26 février, un raid de 12 Mirage 2000 cible un centre d’entraînement djihadiste situé au-delà de la frontière indo-pakistanaise.

Selon l’Inde, 350 terroristes sont " neutralisés ".

Les critiques du « Congrès » deviennent inaudibles. L’Inde se cherche un chef de guerre dont la main ne tremblera pas lorsqu’il s’agira de frapper le Pakistan au cœur.

Narendra Modi apparaît alors comme l’héritier de Shivaji, qui croisa le fer contre le joug musulman.

Le professionnalisme du BJP et le talent politique de Narendra Modi feront le reste.

Sa stratégie de communication est nettement plus adaptée aux campagnes du XXIème siècle que celle de Rahul Gandhi.

Modi est partout : dans les grandes réunions publiques en plein air réunissant des centaines de milliers de personnes, sur tous les « réseaux sociaux », dans la presse, sur toutes les pancartes publicitaires situées le long des routes.

Rahul Gandhi, au contraire, s’est doté d’une stratégie « réseaux sociaux » balbutiante et apparaît, tout à tour, nerveux, immature, incapable de se contrôler, faible, fragile et excessif.

Par ailleurs, Modi et Amit Shah, leader du BJP, ont une analyse très fine des patrimoines électoraux. Ainsi, dans l’État de l’Uttar Pradesh qui donne 80 députés à l’Inde, une " mahagatbandhan " (grande alliance) affronte le " Parti safran ".

A trois, le " Samajwadi party ", le " Bahujan samaj party " et le " Lok dal " coalisent les suffrages des " Yadav " (sous-caste des OBCs), des " Jatav " (sous caste des " dalit ", ex-intouchables) et des " Jats " (caste de paysans).

Additionnées, ces diverses communautés dépassent largement les " hautes castes " qui forment l’électorat traditionnel du BJP.

Le BJP ne se résigne pas et cible, dans les candidats qu’il présente, dans les localités qu’il investit ainsi que dans les sujets qu’il prend en charge, les OBCs " non-Yadav " et les dalits " non-Jatav ". Ainsi, il emporte la mise et s’assure du soutien de 63 des 80 députés de l’État de l’Inde le plus peuplé.

Le succès est sans appel.

Dans la ceinture " Hindi ", traditionnellement acquise au BJP, Modi réalise des scores staliniens. Il obtient le soutien de 41 des 49 députés du Maharashtra, de la totalité des députés de l’Haryana, du Gujarat et du Rajasthan, et de 28 des 29 députés du Madhya Pradesh.

Il réalise également des " cartons pleins " dans l’Himachal Pradesh et l’Uttarakhand.

Carte électorale de l’Inde, 2019

©https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Indische_Parlamentswahl_2014_Parteien.svg

Le succès du BJP s’étend même hors de ses bastions historiques. Il fait des percées notables dans le Nord-Est de l’Inde, qui se donne habituellement aux partis autonomistes et aux mouvements révolutionnaires.

Il emporte la victoire dans le Bihar, où 39 des 40 députés sont issus de la coalition dirigée par Narendra Modi.

Dans le Bengal occidental, État où se trouve une forte communauté musulmane, il fait quasiment jeu égal avec Mamata Banerjee et éclipse le « Parti communiste » qui a dirigé l’Etat pendant près de quatre décennies.

Il n’y a guère que les États du Sud qui résistent à la " vague safran ". Les Indiens du Sud n’ont pas les mêmes rapports avec l’islam que les Indiens du Nord, pour qui la frontière avec le Pakistan est nettement plus palpable.

Par ailleurs, ils sont très jaloux de leurs particularités culturelles et très attachés à la sauvegarde de leurs langues. Ils restent donc réticents à apporter leur soutien à un parti qui plaide pour la suprématie de « l’Hindi ». Toutefois, il est remarquable que Modi emporte 25 des 28 députés du Karnataka, bastion du « Congrès » pendant ces 5 années rares en succès électoraux pour Rahul Gandhi.

En 2014, la victoire de Narendra Modi fut un subtil mélange entre diverses aspirations : un " coup de balai " qui débarrasse l’Inde de la dynastie " Gandhi-Nehru " et de la corruption, un " coup de collier " en faveur de la libéralisation de l’économie, un pouvoir fort à la tête de l’État central et le renouement avec la fierté de « l’hindouisme » triomphant.

En 2019, le message est sans équivoque.

L’Inde ne se cache plus. Elle souhaite réaffirmer son identité hindoue, chasser les élites libérales qui promeuvent le multiculturalisme et porter à la tête de l’État un chef de guerre capable de tenir en respect les autres nations pour assurer à " Mata Bharat " une place éminente sur la scène mondiale.

L’INDE, PUISSANCE CHARNIÈRE DANS LE JEU INTERNATIONAL ?

A présent, plusieurs échéances vont se succéder pour le Premier ministre fraîchement réélu. Elles donneront à voir le rôle que l’Inde entend jouer sur la scène internationale.

A l’occasion de son premier mandat, Narendra Modi avait renforcé la posture guerrière de son pays à l’égard du frère ennemi : le Pakistan. L’attaque terroriste intervenue en février dernier ne changera certainement pas la donne.

L’Inde accuse régulièrement le Pakistan de soutenir et de financer, par l’intermédiaire de son agence de renseignement ISI, le terrorisme islamiste et séparatiste dans la vallée du Cachemire.

Aussi, à l’occasion du « G20 » qui aura lieu les 28 et 29 juin prochains et du « G7 », auquel l’Inde est invitée par la France, Modi entend obtenir des engagements forts de la part de la communauté internationale pour couper les financements aux organisations terroristes.

Elle a d’ores et déjà arraché la reconnaissance, par les Nations-Unies, de Masood Azhar, chef de " Jaish-e-Mohammed ", comme « global terrorist ».

Par ailleurs, alors que les États-Unis ont annoncé leur retrait du bourbier afghan, l’Inde va devoir prendre position sur le processus de paix dans ce pays.

Vladimir Poutine espère œuvrer en faveur d’un compromis historique entre " les Talibans " et le gouvernement afghan, condition sine qua non, selon lui, d’une lutte résolue contre « l’Organisation de l’État islamique ».

C’est la raison pour laquelle Moscou a organisé plusieurs rencontres entre le « Haut Conseil pour la paix », organe consultatif de l’État afghan et " les Talibans ".

Il a également provoqué une rencontre entre l’opposition afghane et " les Talibans ". Ainsi, il espère réconcilier les populations pachtounes, parmi lesquels on trouve des soutiens des " Talibans " et les populations du Nord de l’Afghanistan.

Ces efforts russes ont d’ailleurs poussé le président afghan Ashraf Ghani à convoquer une grande assemblée consultative, qu’il souhaite représentative des courants de la société afghane, afin qu’elle constitue un interlocuteur acceptable pour " les Talibans ".

L’Inde pourrait avoir intérêt à appuyer ce processus de paix à la fois pour donner de la stabilité à son allié afghan – riche en ressources pétrolières et gazières, carrefour commercial et de civilisations entre l’Asie et la Russie – et pour forcer le Pakistan à intensifier sa lutte contre le mouvement " taliban " pakistanais, entamée lorsque l’armée pakistanaise a délogé les terroristes du Tehrik-e-Taliban de la région du Waziristan pakistanais.

Enfin dernier axe structurant pour la diplomatie indienne : le rapport qu’elle entretient avec son puissant rival chinois.

L’Inde a consolidé sa relation avec les États-Unis pour se protéger des incursions chinoises dans l’Océan indien et l’Himalaya, participant régulièrement à des exercices militaires communs avec les États-Unis, le Japon, l’Australie et, plus récemment, la France.

Elle a renforcé son arsenal militaire et sa présence navale dans l’Océan indien : achat de 36 rafales et de 6 sous-marins de classe " Scorpène " auprès de la France, accès aux bases navales françaises dans l’Océan indien (Djibouti, La Réunion, Émirats Arabes Unis).

Toutefois, cette nouvelle alliance stratégique avec « l’Occident » se heurte au partenariat historique qu’entretient l’Inde avec deux pays que les États-Unis ont pris " en grippe " : l’Iran et la Russie.

L’Inde investit notamment dans le port de Chabahar, stratégique pour l’accès de l’Iran à la Mer Rouge et à l’Océan indien.

Les États-Unis ont d’ores et déjà annoncé qu’ils sanctionneraient toute nation qui achèterait du pétrole iranien, sans exception.

Dès lors, l’Inde va devoir rapidement se positionner : reprendre les importations de pétrole depuis l’Iran ou intensifier les relations commerciales avec l’Arabie Saoudite.

Elle semble se diriger vers un alignement sur la position américaine.

Avec la Russie, l’Inde partage une relation militaire ancienne. La Russie est le second fournisseur de l’Inde en termes d’armements.

35 % des exportations de la Russie vers l’Inde concernent le domaine militaire. L’Inde vient ainsi de confirmer l’achat de systèmes de défense sol-air russes " S 400 " et la location d’un sous-marin nucléaire d’attaque auprès de la Russie.

Elle s’expose à des sanctions américaines, au titre du " Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act " qui permet aux États-Unis de châtier des nations qui achèteraient des systèmes d’armement à la Russie.

Donald Trump a déjà de retiré à l’Inde son inscription au sein du " Generalized Preferences System ", qui assure aux produits indiens un accès privilégié au marché américain.

Les États-Unis souhaitent, en effet, que l’Inde ouvre d’avantage son marché intérieur, notamment dans les domaines du « e-commerce », des médicaments et des produits laitiers.

L’Inde entend ainsi contenir les prétentions chinoises qui s’expriment à travers des investissements dans des infrastructures portuaires et aéroportuaires de la Mer de Chine à Djibouti.

La Chine a ainsi obtenu une concession de 99 ans sur le port d’Hambatota, au Sri Lanka.

Elle prévoit d’investir dans deux cités portuaires d’ampleur : le " Colombo International Container Terminal ", qu’elle exploite par le biais d’une société détenue à 70 % par la Chine et à 30 % par le Sri Lanka et le port de Gwadar au Pakistan, point d’arrivée du corridor économique " sino-pakistanais ".

Pour se protéger des incursions chinoises, l’Inde cherche à s’assurer des facilités portuaires aux Seychelles et aux Maldives. Elle s’apprête à construire une nouvelle base militaire sur l’île Andaman-et-Nicobar, à proximité du détroit de Malacca.

Elle vient également de signer un accord avec le Sri Lanka pour exploiter le terminal Est du port de Colombo, par le biais d’une société détenue à 51 % par le Sri Lanka et à 49 % par les Indo-Japonais.

Signe des temps, le premier voyage qu’a effectué le Premier ministre indien après son élection l’a mené vers le Sri Lanka et les Maldives.

Elle développe également des relations avec les pays de l’ASEAN – " Association des Nations de l’Asie du Sud-Est " et de l’ASACR – " Association sud-asiatique pour la coopération régionale ", qui réunit le Bangladesh, le Bhoutan, l’Inde, les Maldives, le Népal, le Pakistan, le Sri Lanka et l’Afghanistan.

A ce titre, d’ici novembre, elle devra rendre sa décision sur sa participation à « l’accord de libre-échange » conclu entre les pays de l’ASEAN, la Chine, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Renforcé par le plébiscite que vient de lui donner le peuple indien, Modi va pouvoir développer son agenda, mélange de réformes néolibérales et de nationalisme hindou.

Il profitera sans doute de cet appui populaire pour pousser son avantage vis-à-vis du Pakistan et consolider son réseau d’alliances ainsi que son arsenal militaire, de façon à rééquilibrer la relation avec la Chine, aujourd’hui défavorable à l’Inde.

L’Inde se prépare à assumer les responsabilités qui seront les siennes lorsqu’elle fera partie, avec les États-Unis et la Chine, des trois premières puissantes mondiales.

©Prime Minister’s Office, Government of India

La Rédaction

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