Églises et orgues en flammes : un attentat silencieux à la civilisation européenne ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Églises et orgues en flammes : un attentat silencieux à la civilisation européenne ?

Dans un récent article [1], faisant suite à l’incendie de la cathédrale de Nantes, l’historien Édouard Husson s’émeut de la multiplication des incendies qui ont frappé des églises catholiques de France depuis deux ans : il en recense 27 depuis mai 2018 dont au moins 13 d’origine criminelle, incendies très peu évoqués par la presse et auxquels il faut ajouter ceux de " Notre-Dame de Paris " et de la cathédrale de Nantes, dont les causes n’ont pas été élucidées.

Incendies auxquels s’ajoute un nombre important et en constante augmentation d’actes de vandalisme anti-chrétien en Europe ; environ 3 000, dont un peu plus de 1 000 en France d’après les statistiques du ministère de l’Intérieur [2].

Incendies, enfin, qui ont fortement endommagé le patrimoine artistique de hauts-lieux de notre Histoire, notamment à Notre-Dame, Saint-Sulpice ou Saint-Denis, et aujourd’hui à Nantes.

On peut se demander par quel mystère, démoniaque ou électrique, une église peut prendre feu chaque mois en France sans que cela n’interpelle ni les médias, ni le pouvoir, ni sans que de plus amples enquêtes s’attachent à identifier les auteurs et les motifs de ces attentats, lorsqu’une origine criminelle est prouvée ou soupçonnée.

Que les autorités ecclésiastiques elles-mêmes réagissent si peu, laisse méditatif sur l’état de déshérence de la France, " fille aînée de l’Église ", vis-à-vis de la religion qui a fondé son Histoire, depuis le baptême de Clovis en 496.

Mais il y a plus grave : à Nantes, un orgue historique de 1621, précieux chef-d’œuvre et rare antiquité de notre patrimoine mondial, un des plus beaux orgues de France et du monde, a été entièrement détruit, ainsi que des vitraux du XVe siècle, tout comme l’ont été l’an dernier les inestimables beautés de " Notre-Dame de Paris ".

Que l’on continue de croire - ou non - au Christ en Europe est une chose, mais doit-on permettre une " mise à sac " du patrimoine chrétien européen ?

Laisser détruire les cathédrales, les orgues, la musique de Bach ?

Parce qu’on ne croit plus en Apollon, devrait-on laisser détruire les anciens temples grecs ?

Parce qu’on n’honore plus Cérès, devrait-on brûler les poètes latins ?

Non, car ils font partie du trésor de l’humanité, de ce que les hommes ont produit de plus beau en un temps et un lieu donnés, ce trésor qui nous éclaire, nous élève, nous réconforte quand nous le contemplons en nous disant : oui, l’homme est capable de telles choses.

À en croire certains commentateurs, la chose ne serait " pas si grave " : " Il n’y a pas eu mort d’homme ".

Pas si grave, vraiment ?

Un orgue de 1621 du facteur français Girardet, étendu et restauré par les facteurs Cliquot au XVIIIe siècle et Beuchet au XXe siècle, possédant 5 500 tuyaux (tous façonnés à la main) en 74 jeux (correspondant à des timbres différents) magnifiques, actionnés selon une savante mécanique par 5 claviers et un pédalier, qui avait traversé quatre siècles d’Histoire et se trouve entièrement détruit ?

Ce ne serait pas grave ?

Et qu’est-ce qui est grave, alors, si la destruction de « l’Inestimable » n’est pas " grave " ?

Si la destruction de l’art en ses plus belles et hautes réalisations n’est pas grave ?

Quelle tristesse que nous ayons si peu conscience des trésors de notre propre culture - la culture européenne - fondée sur les hautes civilisations grecque, latine, chrétienne, de ce miracle du " vieux continent " qu’admire le monde entier à l’exception de nous-mêmes, qui la connaissons si mal et la revendiquons si peu.

La Chine, par exemple, est fascinée par nos orgues que nous laissons péricliter, tant la science de leur construction est grande, tant leur répertoire d’œuvres (profanes comme religieuses) est immense et magnifique, et tant relève du génie l’inscription d’un instrument aux milliers de voix au sein des voûtes savantes de nos cathédrales.

Une musicienne chinoise me confiait récemment que si son pays avait la chance de posséder de telles orgues, dans de tels lieux, les concerts en seraient quotidiens et toujours pleins

La destruction d’un orgue baroque historique est chose grave, pour la France comme pour le monde entier, car c’est un chef-d’œuvre de l’art mondial qui disparaît. Et que cet incendie ait de très fortes chances d’être criminel — le départ du feu s’étant fait de trois points distants, au niveau de l’orgue et de l’autel — doit nous interroger d’urgence.

Si cet incendie est criminel, alors, que ses auteurs soient des anarchistes satanistes, des fanatiques religieux ou de simples voyous, ce sont de purs barbares.

Les barbares n’ont pas de place dans « la République » et doivent être identifiés, punis ou expulsés.

Rome a péri par son excès de tolérance envers les barbares, ses ennemis déclarés ou silencieux, qu’elle a laissé s’infiltrer dans toutes les couches de sa société et qui ont fini par la saccager de l’intérieur comme de l’extérieur.

Ne reproduisons pas la même erreur et luttons contre la barbarie sous toutes ses formes, sans peur d’aborder les sujets qui fâchent. Car si cette barbarie provient d’un radicalisme anti-européen, religieux ou civilisationnel, si les incendiaires de nos églises sont aussi ceux qui déboulonnent les statues des fondateurs de notre Histoire, ou ceux qui voudraient voir leurs lois religieuses supplanter celles de nos républiques, alors il faut le reconnaître et lutter avec force.

Si cette barbarie procède d’une volonté de destruction de « l’Occident » et de ce qui le fonde, son Histoire, sa mémoire, son art et ce qu’il a produit de plus beau, alors il faut se battre pour les préserver.

Si l’on a détruit un orgue à Nantes comme on a attaqué une salle de concerts à Paris parce que la musique instrumentale serait, selon certains radicalismes moyenâgeux, " plaisir honteux ", alors défendons notre musique et ses instruments, défendons notre civilisation si elle se trouve attaquée.

Que des enquêtes soient menées, les coupables punis, les manipulateurs et les " colporteurs de barbarie " mis hors d’état de nuire.

Afin que nos orgues et nos cathédrales ne rejoignent pas, dans la longue histoire des chefs-d’œuvre saccagés et irrémédiablement perdus pour l’humanité, les statues de Rome et de Paris, les églises arméniennes et autres vestiges grecs de Syrie, comme en d’autres temps les antiquités orientales que l’Europe a volées — mais non détruites —, qu’elle a pieusement conservées et qu’elle s’applique depuis des années, fort heureusement, à restituer.

Qu’aucune culture n’en détruise plus aucune autre et que nous commencions par protéger la nôtre, la faire connaître et aimer de tous les enfants de nos républiques européennes, quelles que soient les origines de leurs ancêtres.

Pourquoi pas une petite visite d’orgue en famille dimanche prochain ?

Une tribune d’orgue est un univers merveilleux, passionnant comme une cabine de pilotage d’avion (avec de très beaux sons qui s’envolent de partout) et d’habitude, il y fait très frais.

Marie-Hortense Lacroix

AgoraVox

Notes :

[1]https://www.atlantico.fr/decryptage/3591246/incendie-de-la-cathedrale-de-nantes—faudra-t-il-creer-des-reserves-pour-les-catholiques-francais—patrimoine-histoire-edifice-religieux-edouard-husson-

[2]https://fr.gatestoneinstitute.org/15384/europe-attaques-chretiennes