Du héros à la légende : Michel Platini, Diego Maradona

, par  DMigneau , popularité : 0%

Du héros à la légende : Michel Platini, Diego Maradona

Les héros sportifs sont reconnus par leurs exploits. Certains entrent dans la légende. Essayons de comprendre les éléments qui, dans les représentations populaires, assurent ce passage.

La mort de Diego Maradona d’un arrêt cardiaque à 60 ans a ému la population sportive et bien au delà. Le président argentin a décrété trois jours de deuil national.

Nous cherchons à comprendre l’engouement mondial que ce joueur a suscité. C’est la capacité des classes populaires à se construire des héros, des mythes que nous interrogeons.

Nous nous penchons sur les impacts populaires recueillis par deux champions contemporains, Michel Platini et Diego Maradona.

Tous deux ont joué à la même période en Italie.

Les classes populaires " idolâtrent " les personnages qui leur sont semblables mais qui ont eu " la grâce " de réussir dans un domaine particulier. Le sport est un domaine où il n’est pas nécessaire d’être " bien né ", pour atteindre les sommets.

Mais ce sont sans doute les parcours de vie qui ouvrent la voie aux ancrages populaires plus forts qui fondent les légendes.

La légende s’appuie sur une histoire racontée puis transmise par oral. Elle est soumise à quelques " embellissements ". Si certains aspects, " déification " des héros sportifs - par exemple - créent une proximité avec les mythes, c’est l’épreuve du temps qui inscrit les légendes dans les mythes populaires.

Platini est issu d’une famille italienne. Son grand père trouve du travail en Alsace, dans les mines et la sidérurgie à Joeuf en particulier.

Lors de la guerre, il rentre en Italie, puis revient en France. Il ouvre un bar à Joeuf. Michel Platini joue à Nancy, puis Saint Etienne et à la " Juventus " de Turin.

Ce club le considère comme le meilleur joueur de tous les temps. Il remporte la plus haute distinction qu’un joueur peut obtenir.

Il est trois fois de suite " ballon d’or ".

Son parcours international est remarquable.

A 32 ans, il met fin à sa carrière de joueur et entraine l’équipe de France de football. Il devient ensuite dirigeant du « football européen » puis « international ».

Cette longue carrière politique (1998/2015), lui permet d‘atteindre " les sommets ", coorganisateur de la coupe du monde de football en 1998, président de " l’Union des associations européennes de football " (UEFA) (2007/2015) puis candidat à la présidence de la " Fédération internationale de football association " (FIFA) en 2015.

Sa candidature est " mise à mal " par des révélations de corruption. Il est accusé d’avoir reçu ‘’ un paiement déloyal " de la part du président de la FIFA.

Suspendu de ses fonctions et interdit de toute activité en relation avec le football durant huit ans. Il paye sans doute une certaine " naïveté politique " face au madré président de la FIFA.

La trajectoire de Michel Paltini reste exceptionnelle. Il s’est hissé au plus haut niveau comme joueur et comme dirigeant international et illustre parfaitement la méritocratie.

Michel Platini a toujours tu sa vie personnelle et privée.

Diego Maradona ne sépare pas sa vie sportive et sa vie privée. Il consomme dès son arrivée à 22 ans à Barcelone de la cocaïne.

Cette addiction ne l’a pas quitté.

A Naples, il est condamné à quatorze mois de prison " avec sursis " et une forte amende de cinq millions pour " trafic ". Il sera contrôlé " positif " à la cocaïne après un match et sera suspendu quinze mois.

Il quitte Naples seul alors que quatre vingt mille supporters l’ont accueilli lors de son arrivée.

Issu d’un quartier de Buenos Aires privé d’eau, d’électricité, de téléphone et de gaz, il sera vu dans toutes les fêtes privées napolitaines mais aussi dans les repaires où la ville reste floue.

Il est à la fois vulnérable et indestructible.

Diego Maradona porte en lui l’espace de la pauvreté. Il prendra des positions politiques clairement affirmées : ‘’ Je suis complètement gaucher : du pied, de la main, de la tête et du cœur ’’.

Il soutient Fidel Castro, Hugo Chavez et Evo Moralès.

Il dénonce les spoliations commises au nom des impérialismes.

De la même façon, jouer à Naples, ville pauvre du Sud et vaincre les équipes des villes riches du nord de l’Italie (le patron de la " Juventus " de Turin, club de Michel Platini, est Agnelli patron de la " Fiat ") le satisfaisait.

Le peuple de Naples l’adore car il a ‘’ ce sens de la rédemption, du mélodrame, cet élan qui faisait que l’on reconnaissait en lui un fils de cette terre ’’. (R. Saviano).

En 1986, la victoire de l’Argentine contre l’Angleterre en coupe du monde de football, entachée par un but de la main de Maradona, signe pour les Argentins la revanche de la « guerre des Malouines » perdue quatre ans plus tôt contre les anglais.

Passer du héros à la légende exige du sportif, l’expression d’une humanité non feinte, d’une proximité reconnaissable.

M. de Certeau (l’invention du quotidien, 1980) débusque les façons dont ceux qui n’ont pas le pouvoir ‘’ s’inventent un quotidien avec mille manières de braconner ’’.

L’auteur conteste la microphysique du pouvoir, le quadrillage de surveillance, chers à Michel Foucault et s’attache à montrer comment se mettent en place des procédures minuscules et quotidiennes qui se conforment aux mécanismes du pouvoir pour les détourner et pour se préserver des espaces de vie.

La roublardise, la ruse, le braconnage, l’art « d’utiliser », s’opposent aux stratégies à terme élaborées par les possesseurs du pouvoir.

Diego Maradona est dans la gestion de l’immédiat, dans l’adaptation permanente, dans la roublardise, la " bricole ", la tactique.

La vie de Michel Platini relève plus de la stratégie, de la programmation dans le temps, de la recherche d’alliances, de la détermination d’échéances.

Cette proximité ressentie différencie fondamentalement Michel Platini de Diego Maradona.

La trajectoire pensée de Michel Platini le place dans le monde des dominants. Il a réussi, il est admiré pour ce chemin réalisé.

Garde t-il auprès des classes laborieuses une proximité de cœur ?

La vie " hors football " de Diego Maradona est faite de chaos et de bosses. Il a refusé les structures mondiales du football et montré sa proximité aux valeurs des classes pauvres.

Ces aspects, débrouillardise, soutien politique mais aussi les faiblesses de la vie, les compromissions, les arrangements et les comportements immoraux n’entachent pas son image tant la proximité avec les gens " de peu " l’attache à eux de manière inextinguible.

Yvon LEZIART

MediaPart