Du Heysel au Brexit, trois décennies de mutation du football anglais (Episode I - 1977-1985)

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Du Heysel au Brexit, trois décennies de mutation du football anglais

Episode I - 1977-1985

1985, au Heysel, le football anglais jusqu’alors hégémonique passe du Capitole à la Roche Tarpéienne.

Le 1er juin 2019 à Madrid, la " Perfide Albion " a replacé deux clubs en finale de la plus prestigieuse des " Coupes d’Europe ", comme en 2008 à Moscou.

Si elle a profité du trou d’air du " Big Four " continental (Real Madrid, FC Barcelone, Juventus Turin et Bayern Munich), la " Premier League " reste insolente de santé ...

Episode I – Le péché originel, le hooliganisme et son apogée via le drame du Heysel (1974-1985)

Les années 70 étaient limpides dans « l’Europe » du football …

Trois figures de proue dominatrices à la baraka impressionnante, " Ajax Amsterdam ", " Bayern Munich " et " Liverpool FC ".

Quatre losers façon Poulidor à la " scoumoune " greffée à la peau façon sparadrap du capitaine Haddock : " Saint-Etienne ", " Leeds United ", " Dynamo Kiev " et " Borussia Mönchengladbach ".

Au début des années 80, le club de la Mersey continuait de tutoyer la perfection, imposant sa férule au reste du Vieux Continent.

Mais un " outsider " venu du Piémont, au maillot bianconero, une Vieille Dame octogénaire née en 1897 orchestrée par Giovanni Trapattoni avait l’intention de déboulonner l’idole.

Avec Michel Platini en uomo squadra et plusieurs champions du monde titrés en Espagne en 1982 (Cabrini, Gentile, Scirea, Tardelli), " la Juventus " ne visait rien d’autre que cette Coupe aux " Grandes Oreilles " qu’elle avait manquée en 1973 et 1983.

La première fois à Belgrade, elle avait subi la domination insolente du grand " Ajax " de Cruyff qui avait négligemment jeté le trophée dans le bac à linge sale à l’issue de la finale.

Tout était trop facile pour ce grand " Ajax " qui avait écrasé son futur successeur au palmarès, le " Bayern Munich ", par un sévère " 4-0 " le 7 mars 1973 au stade olympique d’Amsterdam.

Vert de rage, Sepp Maier en avait jeté ses gants dans les canaux de la Venise du Nord …

Dix ans plus tard, le club piémontais, favori de la finale à Athènes, avait été piégé par Ernst Happel et " Hambourg ", outsider opportuniste.

" Liverpool ", lui, avait gagné quatre titres sur huit possibles entre 1977 et 1984 : 50 %, un ratio effrayant qui traduisait une intouchable supériorité seulement devancée statistiquement par le " Real Madrid " de Di Stefano (1956, 1957, 1958, 1959, 1960), par l’" Ajax " de Cruyff (1971, 1972, 1973) et par le " Bayern Munich " du Kaiser Beckenbauer (1974, 1975, 1976).

Même de très grandes équipes comme le " Benfica d’Eusebio " (1961, 1962), " l’Inter " de Facchetti (1964, 1965), le " Manchester United " de Charlton et Best (1968) ou encore l’" AC Milan " de Rivera (1963, 1969) étaient devancées au panthéon par cet immense " Liverpool FC " qui avait comblé le vide de l’implosion des Beatles au printemps 1970, juste avant le drame d’Apollo 13.

Champion d’Europe en 1977, 1978, 1981 et 1984, l’armée rouge dressée par Bill Shankly avait triomphé avec Bob Paisley puis Joe Fagan en suivant la maxime du mentor : « Le football n’est pas une question de vie ou de mort. C’est bien plus important que cela ».

Cela tombait bien, " la Juventus " avait la sienne, un équivalent signé Giamperio Boniperti, devenu le président historique du club, le fidèle relais de l’Avvocato Agnelli : « À " la Juventus ", gagner n’est pas important. C’est l’unique chose qui compte. »

Mais en ce 29 mai 1985 où le monde a les yeux de Chimène pour cette affiche de rêve qu’est " Liverpool / Juventus ", le " David turinois " ne se bat pas que contre le " Goliath liverpuldien ", il va croiser le fer avec le concept plus large d’un football anglais perché sur " sa tour d’ivoire ", tant il écrase violemment de son sceau l’Europe depuis 1977 et il toise des rivaux qui ne peuvent même plus le regarder dans le blanc des yeux …

Quand " Liverpool " n’a pas soulevé le trophée dans le ciel de Rome (1977, 1984), Londres (1978) ou Paris (1981), ce fut le tour de " Nottingham Forest " en 1979 et 1980 à Munich et Madrid, puis d’" Aston Villa " en 1982 à Rotterdam …

Le " bulldozer anglais " fait preuve d’arrogance et de suffisance année après année, repoussant l’inexorable érosion du temps, le péché d’orgueil, l’usure du pouvoir et le toboggan du déclin pendant sept années d’un long règne où Albion " dresse la guillotine " avec une implacable efficacité, faisant passer des rivaux venus d’Europe septentrionale (" Borussia Mönchengladbach " en 1977, " FC Bruges " en 1978, " Malmö FF " en 1979, " Hambourg SV " en 1980, " Bayern Munich " en 1982) ou méridionale (" Real Madrid " en 1981, " AS Rome " en 1984) sous " ses fourches caudines ".

Seul le « Ballon d’Or » résiste encore à cette Angleterre investie de la puissance d’Excalibur, le trophée étant monopolisé par la " Bundesliga " de 1977 à 1981 (Simonsen 1977, Keegan 1978 et 1979, Rummenigge 1980 et 1981), puis par la " Série A " de 1982 à 1984 (Paolo Rossi 1982, Michel Platini 1983 et 1984).

Kevin Keegan, dauphin de Simonsen en 1977, fut le plus proche de gagner le trophée pour la première fois depuis George Best (" Manchester United ") en 1968.

Il faudra attendre Michael Owen (2001) et Cristiano Ronaldo (2008) pour voir le trophée de " France Football " traverser la Manche, car Kenny Dalglish terminera aussi dauphin du roi Platini en 1983.

Mais qu’importe, le football reste avant tout une œuvre collective. Et à ce jeu là, les Anglais ont réussi une razzia pendant sept ans, tirant la quintessence et la substantifique moelle de leurs capacités mentales, physiques, techniques et tactiques.

Les vaincre entre 1977 et 1984 était une douce utopie, avec pour seule exception à la règle la saison 1983 où la finale opposera " Hambourg " à " la Juventus Turin ". Le champion d’Angleterre " Liverpool " avait capitulé en quart de finale face à " Widzew Lodz ", le champion d’Europe " Aston Villa " cédant lui en quart de finale contre " la Juventus " d’un " Platoche " en état de grâce (triplé au Stadio Comunale).

La saison 1979 fut le climax de la domination anglo-saxonne avec des quarts de finale excluant les clubs latins, " Juventus Turin ", " Real Madrid " étant éliminés à l’automne 1978 … " Nottingham Forest " contre " Grasshopper Zurich ", " FC Cologne " affrontant " Glasgow Rangers ", " Wisła Cracovie " face à " Malmö FF " et " Austria Vienne " croisant le fer avec le " Dynamo Dresde ".

En fait, les seules limites du foot anglais de l’époque étaient mondiales.

En « Coupe Intercontinentale », le rapport de force avec les rivaux sud-américains n’étaient guère favorables à Albion.

En 1981, le grand " Liverpool " s’était fait toiser à Tokyo (3-0) par le " Flamengo " de Zico, alors le meilleur joueur du monde, sorte de " roi Pelé 2.0 " à tel point qu’il est surnommé le " Pelé Blanc ".

Face aux clubs de Rio de Janeiro ou Montevideo, les rois d’Europe apparaissent moins forts : trois défaites de rang entre 1980 et 1982.

En 1977 et 1979, les dauphins avaient été envoyés au charbon sans plus de succès : " Gladbach " et " Malmö ". Mais cela n’avait pas suffi à briser leur arrogance et leur confiance inébranlable, sorte d’ADN et de totem.

En 1978 à Wembley, le capitaine de " Liverpool ", Emlyn Hugues, déclare ceci après le succès des " Scousers " contre le " FC Bruges " de Raoul Lambert : « Les équipes continentales se font une montagne de nous et n’osent pas aller de l’avant, de peur de se faire détruire. Tant mieux pour nous et tant pis pour elles. »

Avant la grande finale européenne du 30 mai 1980 au stade Santiago Bernabeu de Madrid, malgré la démonstration du " Hambourg SV " face au " Real Madrid " en demi-finale retour (5-1), Brian Clough affirme la force des vertus collectives des joueurs de " Nottingham Forest ", champion d’Europe sortant : « Nous sommes détenteurs du titre et entendons bien le demeurer. Le challenger, c’est " Hambourg ", pas nous. D’ailleurs, nous n’avons pas été impressionnés par cette équipe. Et si elle compte uniquement sur Keegan, croyez-moi, elle a déjà perdu. »

Son adjoint à " Nottingham ", Peter Taylor, passe " la deuxième couche " dans la foulée : « Si je devais parier, je miserais volontiers de l’argent sur une victoire 1-0 de Forest ».

CQFD.

Sorte de Jose Mourinho des seventies, véritable OVNI médiatique de son époque, Brian Clough n’avait pas son pareil pour envoyer des " punchlines " dégoulinant d’arrogance : « Rome ne s’est pas faite en un jour. D’un autre côté, je n’avais pas été consulté. »

Ou encore : « Je ne dirais pas que j’étais le meilleur dans ce métier, mais je ne vois personne au-dessus de moi. »

Cette citation de Clough possède une variante : « Je ne dirais pas que j’étais le meilleur entraîneur. Mais je suis dans le " top 1 ". »

Le " shérif de Nottingham " avait déjà fait sensation en quittant " Leeds " en 1974 : « C’est un jour terrible … pour Leeds United. »

L’attitude de l’entraîneur Joe Fagan avant la finale de 1984 à Rome montrait - quant à elle - l’incroyable confiance en soi des " Reds ", à force de triomphes et d’exploits, à force de s’attirer tous les superlatifs : « Nous respectons toujours beaucoup nos adversaires, mais aucune équipe au monde n’est capable de nous battre si nous jouons comme nous le savons. »

La quatrième et ultime finale de « C1 » jouée à Bruxelles marquera « l’Europe » du football " au fer rouge ", le 29 mai 1985. Un an après les incidents de Rome entre " tifosi " de la Louve et " hooligans " de " Liverpool ", le drame du Heysel cause la mort de 39 tifosi de " la Juventus ".

Formidables supporters en 1977 à Rome, les fans des " Reds " se sont mués en 1985 en " hooligans ".

Attaquant du club anglais, Steve Heighway met en avant l’aide du formidable public venu des rives de la Mersey jusqu’à Rome en 1977 contre " Mönchengladbach " : « Quand je suis sorti du tunnel et que j’ai entendu chanter nos 27 000 supporters, mes cheveux se sont dressés sur ma tête et mon corps entier a été saisi de picotements. J’ai su alors que nous allions gagner. »

Rome 1984 avait " sonné le tocsin " du football anglais tout en étant son climax, son acmé, son apogée, son zénith, Bruxelles 1985 en sonnera le glas.

Qu’importe la défaite des " Reds ", tant un succès sportif aurait été une " victoire à la Pyrrhus " vu les représailles que va ordonner l’UEFA, telle " la foudre de Jupiter " s’abattant sur la Mersey.

" Liverpool " ne le sait pas encore mais elle va tomber de Charybde en Scylla, quinze ans après « les Beatles », c’est " Anfield " qui va subir le courroux de l’instance suprême du football européen.

Le club mettra vingt ans à s’en remettre sur le plan européen, avant le miracle d’Istanbul du 25 mai 2005, en ayant fait mordre la poussière au passage à deux épouvantails venus d’Italie, " la Juventus " en quarts de finale et l’" AC Milan " en finale.

Pour mettre fin au carnage bruxellois en ce 29 mai 1985, l’UEFA ordonne à l’arbitre d’éviter à tout prix une prolongation.

C’est ainsi que la " Vecchia Signora " se voit octroyer un généreux penalty pour une faute sur Zbigniew Boniek pourtant situé hors de la " surface de la réparation ".

La " quête du Graal " est facilitée, mais à quel prix ... Michel Platini exécute la sentence dans une ambiance de mort.

Si Séville 1982 reste le pire souvenir sportif du triple « Ballon d’Or », Bruxelles 1985 reste son pire souvenir tout court, tant « le sportif » est passé au second plan ce soir là …

Le Heysel devait être " le juge de paix " entre un " Liverpool " défendant sa couronne et " la Juventus " ayant à cœur de détrôner le roi.

Favoris, les Anglais avaient face à eux un rival qui avait souffert contre Bordeaux en demi-finale. Dire que personne n’aurait misé un kopeck sur le club turinois était plus qu’exagéré tant le niveau de la " Série A " s’améliorait année après année.

Finaliste de la « C1 » en 1983 et vainqueur de la « C2 » en 1984, le club piémontais avait de plus battu " Liverpool " en " Supercoupe d’Europe " durant l’hiver 1984/1985, dans des circonstances particulières.

Le " Liverpool FC " pensait gagner à Bruxelles en utilisant son soi-disant " porte-bonheur ", la compagnie irlandaise « Aer Lingus » et son logo en forme de trèfle à quatre feuilles.

Chaque fois que nous avons voyagé en Europe avec cette compagnie, nous avons gagné.

Pour la « Supercoupe » à Turin, ce n’était pas « Aer Lingus » et vous avez ce qui est arrivé, expliquait le vice-président du club anglais Peter Robinson, faisant référence à la finale de « Supercoupe d’Europe » jouée dans le Piémont le 16 janvier 1985 sur terrain enneigé avec un ballon orange.

Mais au-delà de la défaite sportive en Belgique, les hommes de Joe Fagan vont vivre un cauchemar partagé avec les joueurs de Giovanni Trapattoni, partis " se mettre au vert " en Suisse près du Lac Léman, où ils recevront la visite du prince héritier de Savoie, en exil forcé hors du territoire italien.

Prévue à 20h15, la finale ne débute qu’à 21h42 après le drame du « bloc Z » et ses 36 morts.

Mal organisés, les policiers belges se sont tous retrouvés à gérer le pillage d’une marchande de " hot dogs " alors que les « hooligans » ayant récupéré des places au « marché noir » dans le « bloc Z » attaquaient, à coups de matraques et autres barres de fer, des " tifosi " de " la Juventus " venus de toute l’Italie.

La plus jeune victime, Andrea Casula, venait de Sardaigne et n’avait que 12 ans.

Le président de l’UEFA, Jacques Georges, prend la décision, avec le général de gendarmerie Raoul Bernaert, de jouer le match pour éviter une fuite des « hooligans » dans le centre-ville de Bruxelles : Il faut jouer, car lâcher 50 000 supporters furieux et ennemis dans Bruxelles, c’est faire courir à la ville entière un risque mortel.

On ne manquera pas de revenir sur la polémique, car annuler le match aurait fait perdre à l’UEFA une recette de 64.2 millions de francs belges (soit environ 1.5 million d’euros), ce que fera remarquer l’avocat des victimes italiennes, Me Daniel Vedovatto, après une phrase malheureuse de Jacques Georges, le 21 novembre 1988, lors de son audition : « l’UEFA ne contrôle pas, n’organise pas, mais conseille les organisateurs. Mais c’est bien connu, depuis l’empereur Vespasien dans la Rome Antique, l’argent n’a pas d’odeur. »

Quelques heures avant le drame du 29 mai 1985, déjeunant dans Bruxelles, " le patron " du football européen faisait référence à l’incendie de Valley Parade, le 11 mai 1985 à Bradford : « On jette une allumette à Bradford et cela fait 60 morts. Il faut absolument que, pour le football, la finale de ce soir se déroule de manière exemplaire. »

Durant l’après-midi, près de la Grand-Place, la bijouterie Orélie avait été vandalisée pour une perte de 10 millions de francs belges, soit environ 248 000 euros.

Michel Platini hésite à jouer, et s’en ouvre à Jacques Georges en personne :

« – Président, vous croyez qu’il faut jouer ?

– Michel, tes parents sont dans les tribunes. Si tu veux éviter une bataille rangée terrible, il faut que vous jouiez. »

Côté turinois, le président Giamperio Boniperti ne veut pas jouer la finale mais souscrit à l’idée pour éviter un drame dans la capitale belge.

La panique a envahi les vestiaires des deux équipes, ces sanctuaires habituellement préservés du reste du monde avant le « coup d’envoi » d’une grande finale.

Massimo Bonini, le défenseur originaire de la République de Saint-Marin, a toute sa famille présente en tribunes.

L’entraîneur de " la Juve ", Giovanni Trapattoni, tape du poing sur la porte du vestiaire en hurlant : « On ne peut pas jouer, on ne peut plus aller sur le terrain. Quel sens cela pourrait avoir ? »

Les larmes aux yeux, Michel Platini en personne a fini par retirer son maillot quand le président Boniperti lâche un ordre sec à son équipe : Il faut jouer !

L’arbitre suisse André Daina, ingénieur chimiste mais ancien attaquant du " Servette Genève ", est sur la même ligne que Boniperti, jouer pour éviter d’envenimer la situation, mais sans conviction : Le retour au calme a primé sur le respect des morts.

La télévision allemande ZDF refuse de diffuser ce qui ressemble plus à un drame humain et de moins en moins à une fête sportive.

La chaîne passe alors à ses téléspectateurs un concert de musique classique, avant de revenir au Heysel avec une émission spéciale d’information consacrée aux morts de Bruxelles, les victimes du « hooliganisme » et de ce stade vétuste, indigne d’accueillir un tel évènement.

Le jour du drame, le 29 mai, le quotidien belge " Le Soir " avait anticipé la catastrophe par son grand reporter Alain Guillaume : « Même si vous n’aimez pas ça, accrochez-vous à vos tubes cathodiques comme les 400 millions de téléspectateurs qui s’apprêtent à assister à la finale de foot de la " Coupe d’Europe des clubs champions ". Ambiance garantie, vision d’apocalypse avant et après le show. 58 000 supporters électrisés – " tifosi " et " hooligans " confondus – déverseront leurs flots d’adrénaline dans votre télévision … et dans la ville. »

Dans le quotidien français " L’Equipe " du jeudi 30 mai 1985, Jacques Thibert crache son venin :

« Si le football devient cela, qu’il crève. Et si le peuple anglais accepte qu’une horde de dégénérés salisse son nom, son drapeau et sa tradition, honte à lui ! Honte aussi à la police belge, et honte à l’Union belge, incapables l’une et l’autre, malgré les exemples et les avertissements, de prévoir et de contrôler un évènement que l’on qualifie dérisoirement de " fête du football ". Après le drame, le 31 mai 1985, vingt-cinq cercueils sont alignés à l’aéroport militaire de Melsbroek, dont le hangar est transformé en " chapelle ardente ". Un orgue joue " Ce n’est qu’au revoir ". »

Plus que le discours du Premier Ministre belge Wilfried Martens, c’est l’émotion de la princesse Paola de Belgique qui touche les proches des victimes présente.

D’origine italienne, Paola n’a pu réprimer ses larmes. L’épouse du prince Albert II, qui deviendra roi en 1993 à la mort de son frère Baudouin Ier, est en effet italienne d’origine : née en Toscane en 1937, elle a passé sa jeunesse à Rome.

Pavoisés du drapeau " vert, blanc et rouge " de l’Italie, les cercueils seront rapatriés dans la péninsule par des avions militaires « C-130 », comme si les morts étaient " tombés au champ de bataille ".

Le baron Charles-Ferdinand Nothomb, Ministre belge de l’Intérieur depuis 1981 après avoir détenu le portefeuille des Affaires Etrangères en 1980, ne démissionnera pas malgré l’énorme scandale.

L’oncle de la romancière Amélie Nothomb échappera même aux élections législatives du 13 octobre 1985, démissionnant finalement en octobre 1986 pour le conflit linguistique des Fourons, un sujet n’ayant rien à voir avec le Heysel.

Incroyable mais vrai, le baron de Nothomb sera même décoré par l’Italie et la Belgique de " très hautes distinctions " après le drame : Chevalier " grand-croix " de l’ordre du Mérite de la République italienne (20 février 1986) et « Grand officier » de l’ordre de Léopold (3 décembre 1987).

La visite du pape Jean-Paul II en Belgique, débutée jeudi 16 mai 1985 à Bruxelles et terminée le 21 mai à Louvain-la-Neuve, aurait mobilisé énormément les « forces de l’ordre » et particulièrement les troupes de police : entre 7 000 et 8 000 hommes.

Le général Bernaert avoua a posteriori que le dispositif de sécurité du Heysel aurait mérité 15 % d’effectifs supplémentaires, sans parler des " talkies-walkies " qui ne marchaient pas ...

Devant l’incapacité de payer les heures supplémentaires des policiers concernés, on aurait mis pour le Heysel des effectifs moins entraînés à la sécurisation d’un évènement d’une telle ampleur.

Le 1er juin 1985, le Président du Conseil italien Bettino Craxi s’indigne face au baron de Nothomb mais aussi face à l’UEFA et aux deux clubs de " Liverpool " et de " la Juventus " : « Ce match, je ne l’aurais pas joué. Cette coupe, je ne l’aurais pas soulevé. »

D’autre voix s’élèvent, en Italie, pour réclamer la restitution de cette maudite « Coupe des Champions » à l’UEFA par " la Juventus ". Le sénateur démocrate-chrétien Francesco d’Onofrio y songe dès le lendemain du match, évoquant sa surprise sur le fait que " la Juventus " n’ait pas rendu une coupe à l’issue d’une partie disputée uniquement pour des raisons d’ordre public.

Le président de la " Vecchia Signora ", Giampiero Boniperti, oppose à cette idée un veto irrévocable dans " la Stampa " du 1er juin 1985 : « Restituer la coupe ? Non, elle doit rester à " la Juventus " car ce sont les joueurs qui l’ont gagné sur le terrain. »

Le 29 mai 1985, le chef de l’exécutif italien Bettino Craxi se trouvait en voyage officiel. Il parvient à joindre le Ministre de l’Intérieur belge : « Qu’est-ce que c’est que ça ? Des Italiens sont morts et vous faites quand même jouer le match ! ? »

Le baron de Nothomb répond au Premier Ministre avec aplomb : « Monsieur le Premier Ministre, je comprends votre émotion, mais s’il y a une émeute dans le stade, beaucoup plus d’Italiens seront tués. Je suis responsable de la sécurité de ceux qui sont toujours vivants ! »

Du côté de la " Perfide Albion ", le Secrétaire d’Etat britannique à l’Intérieur, Leon Brittan, annonce ceci deux mois après la catastrophe bruxelloise :

« Les gens ont le droit d’être protégés contre toute agression, blessure, intimidation ou entraves, quelles que soient les motivations de leurs auteurs, et ce, qu’ils soient des manifestants violents, des émeutiers, des grévistes menaçants ou des hooligans. »

Pour Margaret Thatcher et son gouvernement, les « hooligans » font partie de cette " working class " qu’il faut mater : mineurs, syndicalistes et autres jeunes immigrés.

Mais les violents évènements de Brixton (mai 1981, anticipés par " The Clash " dès 1979 dans " The Guns of Brixton ") avaient donné l’alerte outre-Manche, sans oublier le terrible incendie de Bradford au stade de Valley Parade (11 mai 1985), soit 18 jours avant le drame du Heysel.

Dans son éditorial du 19 mai 1985, l’hebdomadaire " Sunday Times " proclame : « Le football est un sport de taudis, joué dans des stades qui ressemblent à des taudis, regardé par le peuple des taudis et qui décourage les honnêtes gens d’y assister. »

Secrétaire général de « l’Union belge de football » depuis 1973, l’ancien président d’" Anderlecht ", Albert Roosens, est - lui - mis en examen le soir même de Noël 1986 pour " homicides involontaires ".

A Turin, on doit protéger le magasin britannique « Marks and Spencer » de potentielles représailles.

Deux jours après le drame, le 31 mai 1985, le présentateur belge Jean-Jacques Jespers interrompt son journal télévisé sur la RTBF pour lâcher un scoop en forme de " bombe médiatique " : le résultat de la finale de Coupe des Champions entre " la Juventus " et " Liverpool " a été décidé sur " tapis vert ".

Jespers évoques des « sources crédibles » dont il ne révèle évidemment pas l’origine.

Selon la " Gazzetta dello Sport ", c’est un officier des pompiers qui a parlé. Le commandant des pompiers, Hugo Van Gompel, s’est confié " off the record " au journaliste de la RTBF, Alain Carlier.

Sauf que le colonel Van Gompel n’a pas mis les pieds au Heysel le soir de la finale, le plus haut responsable des pompiers présent étant le commandant Alain Gibson : l’arbitre suisse, André Daina, aurait reçu des directives pour que " la Juventus " l’emporte.

Les deux erreurs d’arbitrage en faveur du club turinois (penalty pour faute en dehors de la " surface de réparation " sifflé pour faute de Gary Gillespie sur Zbigniew Boniek, penalty non sifflé pour faute indiscutable de Massimo Bonini sur Ronnie Whelan) alimentent cette théorie du complot, d’autant qu’André Daina, bien que citoyen suisse, est d’origine italienne.

Fils d’un bûcheron de Bergame, né Italien avant de devenir Suisse à l’âge de 7 ans, Monsieur Daina a-t-il été influencé inconsciemment, par la mort tragique de ces Italiens dans le « bloc Z » ?

Le procès du Heysel débute en octobre 1988, 14 des « hooligans » sont considérés comme coupables.

Extradés par le Royaume-Uni, ils ne seront pas emprisonnés après leur « détention préventive », du fait d’une signature tardive de la Belgique, le 1er décembre 1990, sur le transfert des détenus étrangers !

On obtient la démonstration, durant ce procès, que des places réservées aux spectateurs belges ont été vendues au « marché noir » aux " tifosi ".

Ces emplacements " neutres " étaient situés à proximités des " hooligans " anglais, avec pour seule séparation un frêle grillage et un " no man’s land ".

Mais les racines du mal étaient présentes depuis longtemps ; dès « la Rome Antique », si l’on en croit Saint-Augustin pour qui les spectacles de gladiateurs et autres combats d’animaux transformaient leurs adeptes en véritables bêtes féroces prenant plaisir à voir le malheur d’autrui.

En témoigne le fameux geste du pouce baissé de la plèbe réclamant la mort du gladiateur vaincu, geste à confirmer par l’Empereur : " Liverpool ", ville d’origine des " hooligans " du Heysel était, d’après un rapport de la « Communauté Economique Européenne », la cité la plus pauvre du Nord du Vieux Continent en 1985.

En compilant un certain nombre de données, la ville de la Mersey avait obtenu un score de 43.8 points, très loin de la moyenne du Nord de l’Europe (100 points).

Avec un taux de chômage de plus de 25 % (bien plus encore parmi les jeunes de la banlieue de Croxteth, 96 % !), Liverpool avait souffert d’une économie non diversifiée, le port et ses chantiers navals étant délaissés depuis que le nombre de paquebots à construire avait chuté face à l’essor de l’aviation.

Sans industrie ni manufactures et aucune mine de charbon, la ville orpheline des « Beatles » avait tout misé sur " le même cheval ".

" Tous les œufs avaient été mis dans le même panier ", le transport maritime et la construction navale, ainsi que le réseau de services associés : dockers, banques et assurances.

Malgré les réformes économiques libérales de Margaret Thatcher, alias " la Dame de Fer ", le chômage explose entre 1979 et 1986 en Grande-Bretagne, passant de 5.5 % à 11.3 %.

Le taux de pauvreté suit la même courbe.

L’ancien attaquant irlandais des " Reds " John Aldridge, explique le phénomène : « Pendant longtemps, Liverpool a été la ville oubliée du nord de l’Angleterre. Les docks étaient à l’abandon depuis 1972, Margaret Thatcher voulait " nous rayer de la carte ". On nous disait de partir, d’aller vivre " plus dans le Sud " ou " dans les terres ". Quand tout allait mal, quand tout le pays nous regardait avec pitié ou dédain, les gens d’ici n’avaient plus que le club de foot pour défendre leur honneur. Ou par la violence urbaine, comme à Brixton lors terribles des révoltes de 1981. »

« Liverpool est une ville dans laquelle " l’Europe " a cru à un moment où Londres l’abandonnait  » , résume Alison McGovern.

Difficile de nos jours de ne pas tomber sur des plaques mentionnant des financements européens pour cette ville désignée " capitale européenne de la culture " en 2008 : " Albert Dock " dévolu aux « Beatles », front de mer, salle " Echo Arena " ou encore l’aéroport John Lennon.

Au début des années 80, après la période de désindustrialisation et des années Thatcher, le Merseyside était une des régions les plus pauvres d’Europe et s’est retrouvée éligible pour le plus haut niveau de subventions européennes.

« A cette époque, le gouvernement Thatcher a mis en place la politique de « managed decline », une sorte de " soins paliatifs " pour la ville, estimant que cela ne valait plus le coup d’y investir sur le long terme  » , explique Olivier Sykes, chercheur en urbanisme et en aménagement du territoire.

L’expression « managed decline » résonne encore comme un traumatisme pour Liverpool, ville " travailliste " pourtant défendue " bec et ongles " par l’ex ministre conservateur Michael Heseltine, face à " la Dame de Fer " …

Comme le disaient les " hooligans " de Millwall, club de la banlieue de Londres : " On nous déteste, mais on s’en fout !! " Millwall et ses " Bushwackers " ne sont qu’une partie immergée de " l’iceberg ". Chaque club anglais possède son gang violent : " Inter City Firm " autres " Cockney Rejects " de West Ham, " Service Crew " de Leeds, " Gooners " d’Arsenal, " Headhunters " de Chelsea ou encore la " Body Squad " de Leicester …

Tous ces mouvements infiltrés par des " skinheads " d’obédience fasciste ou néo-nazie héritent de groupuscules liés au « British Union of Fascists » d’Oswald Mosley dans les années 30 ou plus tard au « British National Party ».

En effet, durant les années 30, le B.U.F. avait tenté de séduire de jeunes supporters de foot de la classe ouvrière pour les embrigader dans sa milice : Oswald Mosley.

Père du futur avocat, co-fondateur de l’écurie de F1 " March " et président de la « Fédération Internationale de l’Automobile » (de 1991 à 2008) Max Mosley, Oswald Mosley s’était marié avec Diana Mitford en 1936 chez les Goebbels, en présence du Reichsführer Adolf Hitler !

Dans les années 50, la « White Defense League » vendait - quant à elle - son journal " Black and White News " aux abords des stades londoniens. Mais les gangs des années 70 et 80 se démarquent par le mouvement casual, notamment à Liverpool à partir de 1978-1979 : vol de bijoux de luxe et de vêtements " hauts de gamme " (casquettes " Burberry ", polos " Lacoste ").

En 1985, le " Daily Mirror " publie ainsi un article intitulé " Trouvez qui est le vrai voyou ", basé sur une photo montrant un hooligan " traditionnel " à gauche d’un casual. La légende indique ceci : « Celui de gauche avec ses bottes de loubard semble prêt à faire " le coup de poing " mais l’individu habillé de façon décontractée à droite porte le nouveau déguisement à la mode. Et c’est bien lui le véritable salaud. Sa tenue à 300 livres peut sembler " classe ", mais dans la poche interne de sa veste italienne, il pourrait cacher un cutter mortel. »

Car en effet, le hooliganisme anglais était en train de monter depuis une dizaine d’années quand le Heysel fit exploser " la boîte de Pandore ", libérant ces démons : à Rotterdam en 1974 pour la finale retour de « C3 », beuveries en ville et grillage du stade De Kuip arraché par les " hooligans " de Tottenham.

Ensuite à Paris pour la finale de « C1 » en 1975 impliquant " Leeds " : en marge des sièges arrachés au Parc des Princes, images qui ont fait le tour du monde, les " hooligans " du Yorkshire avaient dévalisé un supermarché et brûlé des voitures dans la capitale française.

Ces hordes incontrôlables rappelaient les violences d’Alex et de ses " droogs ", dans " Orange Mécanique " (1971, Stanley Kubrick).

Rebelote à Saint-Etienne en septembre 1977 pour un duel contre " Manchester United " en « C2 » : plus de 500 supporters mancuniens sèment la terreur dans les gradins du stade Geoffroy-Guichard, avec des couteaux et des tessons de bouteille. Paniqués, les " fans " stéphanois se pressent contre le grillage qui cède et permet aux spectateurs de s’enfuir sur la pelouse.

Malgré ces signaux d’alerte, la violence ne recule pas, pas plus à Madrid en 1980 pour un " Castilla – West Ham " (premier tour de « C2 ») où un millier de " hooligans " londoniens défie la « guardia civil » espagnole avant un match retour à huis clos au Boleyn Ground, qu’à Rotterdam en 1983 pour un nouveau duel Feyenoord – Tottenham (deuxième tour de « C3 ») ou à Bruxelles en mai 1984 pour un " Anderlecht /Tottenham " (finale de « C3 »). En ce 9 mai 1984, 800 hooligans anglais envahissent un quartier chaud de Bruxelles : l’un d’eux est tué par un patron de bar au nom de la " légitime défense ".

Enfin, à Rome pour la finale européenne de 1984, les " fans " de Liverpool sont attaqués par les " tifosi " de " l’AS Rome " ... Beaucoup de " fans " qui se virent refuser l’accès aux bus, trouvèrent alors refuge à l’ambassade britannique en Italie.

Pour l’anecdote, en ce mercredi 29 mai 1985 au Heysel aux alentours de 22h45, Michel Platini marque le seul but du match sur un penalty imaginaire sifflé pour une faute de Gary Gillespie sur Zbigniew Boniek, en dehors de la " surface de réparation ". Mais André Daina a été piégé par la longue passe de Michel Platini vers son complice polonais.

Etant de l’autre côté du terrain dans le camp de " la Juventus ", l’arbitre suisse n’a pu juger avec acuité cette faute commise dans le camp de " Liverpool ".

Une deuxième erreur d’arbitrage est commise par M. Daina, toujours en faveur de " la Juventus ". Cette fois, c’est à " Liverpool " qu’on refuse un penalty, alors que Massimo Bonini avait les deux pieds décollés du sol en " taclant " Ronnie Whelan.

La remise de la Coupe d’Europe par Jacques Georges aux " Bianconeri " a lieu dans le vestiaire du club turinois. Une polémique naîtra du " tour d’honneur " effectué par la " Vecchia Signora " après cette victoire funeste. Mais selon l’attaquant Massimo Briaschi, ce " tour d’honneur " n’était pas vraiment spontané : C’est le président de la Fédération italienne, Federico Sordillo, qui nous a dit : « Mes garçons, prenez la coupe et allez la montrer à vos supporters. On gagnera ainsi du temps, ce qui permettra aux forces de l’ordre de faire évacuer les Anglais ».

Le tabou sera ensuite la position officielle de Michel Platini sur le sujet, lui qui sera invité par Gianluca Vialli et ses coéquipiers à soulever la deuxième « C1 » gagnée par le club piémontais, le 22 mai 1996 à Rome contre l’" Ajax Amsterdam ". Le triple « Ballon d’Or » était alors retraité, âgé de 40 ans et co-président du « Comité d’organisation » pour la Coupe du Monde 1998 en France ...

Le 14 décembre 1987 cependant, Platini donne à " Libération " une interview croisée avec l’écrivain Marguerite Duras, où le jeune retraité livre sa confession sur le Heysel : « Ce jour là, je suis devenu un homme ! Disons que je suis passé d’un monde où le football était un jeu à un monde où le football est devenu une espèce de violence. C’est-à-dire que jusqu’à un certain moment, on a des jouets d’enfant. Et puis à un certain moment, on n’a plus de jouets d’enfant. Eh bien ce jour là, j’avais plus de jouets d’enfant. J’étais devenu un homme. »

Il faudra toutefois attendre la tragédie de Hillsborough, en 1989 à Sheffield, pour voir la mise en place en Angleterre d’une politique cohérente relative à la sécurité et au confort des spectateurs.

En France, c’est le drame de Furiani en 1992 qui a conduit l’UEFA à préciser des obligations sur la configuration optimale des tribunes de stade, notamment pour ceux destinés à réception des rencontres professionnelles : Pour des matchs de niveau professionnel, les sites doivent être entièrement équipés de sièges (alors que des zones de places debout sont autorisées aux niveaux junior et amateur).

Les sièges " de fortune " ou provisoires ne sont pas admis.

Les clubs anglais sont suspendus cinq ans de toute « Coupe d’Europe » par l’UEFA, " Liverpool " dix ans, la peine étant revue à six ans. Champion d’Angleterre en 1990, " Liverpool " ne représente donc pas " Albion " en « Coupe d’Europe des Clubs Champions » en 1990-1991, pas plus que son dauphin " Aston Villa ".

Il faudra attendre " Arsenal " (titré en 1991 outre-Manche) durant la saison 1991-1992. " Liverpool ", dauphin d’" Arsenal " en 1991, est donc qualifié pour la Coupe UEFA. Les " Reds " rejouent leur premier match européen post Heysel à Anfield, le 18 septembre 1991, contre les Finlandais de " Kuusysi Lahti ", pulvérisés 6-1 (quadruplé de Dean Saunders et doublé de Ray Houghton).

Le parcours des " Reds " sera interrompu au printemps 1992 par le " Genoa 1893 ", au stade des quarts de finale.

Comme en 1957 avec le « Traité de Rome », la " Perfide Albion " se retrouve doublement une île avec la sanction de l’UEFA tombée en 1985 à la façon d’une " épée de Damoclès " : cinq années de " mise au ban ", d’ostracisme pour " avoir franchi le Rubicon " à Rome et surtout à Bruxelles ...

" Everton ", champion d’Angleterre et lauréat de la « Coupe des Coupes » en 1985, aurait pu gagner la « Coupe d’Europe des Clubs Champions » en 1986. Finaliste de la « FA Cup » 1995, le gardien gallois Neville Southall repensait avec nostalgie à cette « Coupe aux Grandes Oreilles » restée utopie pour les " Toffees ".

En 1986, au lieu de mettre le " Vieux Continent " à ses pieds, le club supporté par Paul McCartney dans son enfance avait dû regarder le rival local de " Liverpool " faire le doublé " Championnat / FA Cup ", et surtout sa vedette Gary Lineker partir en Catalogne chez le vice-champion d’Europe, " le Barça " ...

Meilleur buteur de la « Coupe du Monde » au Mexique devant Diego Maradona, Emilio Butragueno, Antonio Careca et consorts, l’attaquant des " Three Lions " lançait un exode massif vers le " Vieux Continent ".

L’Angleterre avait déjà perdu « les Beatles » en 1970, les aventures de James Bond 007 étaient bien loin de leur climax atteint avec Sean Connery (1962-1965) par l’enchaînement " Dr No " / " Bons Baisers de Russie " / " Goldfinger " / " Opération Tonnerre " et maintenant voilà que le football de sa Majesté " prenait l’eau " de toutes parts.

L’année 1985 était de façon globale peu glorieuse pour le sport britannique : Nigel Mansell seulement 6e du championnat du monde de « Formule 1 » gagné par le Français Alain Prost (pour l’écurie anglo-allemande " McLaren TAG Porsche "), le coureur cycliste écossais Robert Millar battu par une coalition espagnole sur la route de Ségovie durant " la Vuelta ", le " XV de la Rose " seulement quatrième du " Tournoi des Cinq Nations " devant l’Ecosse qui avait récolté " la cuillère de bois " ...

L’athlète de demi-fond Steve Cram était une des rares lueurs d’espoirs dans la grisaille. Trois records du monde en trois semaines durant l’été 1985 : celui du 1500 mètres le 16 juillet 1985 à Nice, celui du « mile » le 27 juillet à Oslo au Bislett, celui du 2 000 mètres le 4 août à Budapest …

Même James Bond était proche du placard, Roger Moore endossant pour la septième fois son smoking d’agent 007 dans " Dangereusement Vôtre ", où il avait été " ringardisé " par l’acteur américain Christopher Walken, excellent dans le rôle de Max Zorin.

" Albion " avait cependant brillé sportivement le 15 mai 1985 par la victoire d’" Everton " au Kuip de Rotterdam face au " Rapid de Vienne ". Les
" Toffees " avaient sorti le " Bayern Munich " en demi-finale.

Le 13 juillet 1985, Wembley accueillait le " Live Aid " organisé par Bob Geldof, destiné à récolter des fonds pour l’Ethiopie dans la foulée du " Band Aid " de Noël 1984 : " Do they know it’s Christmas ? " De " Queen " à " U2 ", de Paul McCartney à David Bowie en passant par Phil Collins ou " Dire Straits ", tous les plus grands noms de la musique britannique étaient venus chanter dans le stade londonien.

" Dire Straits ", le groupe de Mark Knopfler avait sorti le 1er mai 1985 ce qui resterait le meilleur album studio de leur somptueuse carrière : " Brothers in Arms ", avec en figure de proue la mythique chanson " Money for Nothing ".

Mais entre début mai et mi-juillet, le pire était arrivé pour le " Liverpool Football Club " du côté de Bruxelles avec un paysage de désolation dans les tribunes du Heysel et l’apocalypse dans la capitale belge …

Au " cimetière de la gloire ", il n’y a pas de concession à perpétuité, disait le dramaturge et académicien Eugène Labiche. Rarement maxime fut aussi vraie, portée au rang de " lemme ", postulat ou axiome, après le " champ de ruines " qu’était le football anglais de clubs suite au Heysel …

Faut-il y voir un hasard si les " Three Lions " furent humiliés par trois défaites à « l’Euro 88 » en Allemagne de l’Ouest, contre l’Irlande, les Pays-Bas puis « l’Union Soviétique » ?

Le déterminisme sera par contre total quand il s’agira pour les organisateurs du « Mondiale italien » en 1990, avec un certain Luca Cordero Di Montezemolo, de circonscrire d’éventuels " hooligans " en Sardaigne, où l’Angleterre affronterait l’Egypte mais aussi les Pays-Bas et l’Irlande au premier tour.

Econduit par Johan Cruyff à Barcelone car ne faisant pas partie de ses plans, Gary Lineker a retrouvé une " seconde jeunesse " du côté de Tottenham ...

La belle odyssée italienne des hommes de Bobby Robson (demi-finale après avoir éliminé les " Diables Rouges " belges puis les " Lions Indomptables " camerounais) allait accentuer l’exode vers la " Série A " de deux jeunes joueurs révélés par cette « Coupe du Monde » : David Platt et Paul Gascoigne.

Axel_Borg

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