Dîners de luxe payés par l’Assemblée : " c’était pour rester connecté à la vraie vie ", se défendent les De Rugy

, par  DMigneau , popularité : 0%

Dîners de luxe payés par l’Assemblée : " pour rester connecté à la vraie vie ", se défendent les De Rugy

François de Rugy affirme n’avoir " rien à se reprocher " et parle de " dîners informels liés à l’exercice de ses fonctions avec des personnalités issues de la société civile ". - Thomas Padilla/MAXPPP

Alors que " Mediapart " révèle ce 10 juillet que François de Rugy et son épouse Séverine Servat de Rugy donnaient de somptueux dîners payés par l’argent public à l’hôtel de Lassay lorsque Monsieur était président de « l’Assemblée », le couple se défend en expliquant qu’il s’agissait pour lui d’une manière de ne pas se " couper " de la société civile.

« " La vie de château "… vous voyez bien que c’est grotesque ».

Ce mercredi 10 juillet, François Goullet de Rugy, ci-devant président de « l’Assemblée nationale » et aujourd’hui ministre de " la Transition écologique et solidaire ", s’offusque : dans un article selon lui " pamphlétaire ", " Mediapart " révèle qu’il a organisé avec son épouse, dans ses précédentes fonctions, de somptueux dîners aux frais du contribuable dans les salons de l’hôtel de Lassay, résidence du président de « l’Assemblée nationale », entre octobre 2017 et juin 2018.

François de Rugy assume et répond sur " France Inter ", le plus sérieusement du monde, que ces agapes de luxe l’aidaient à ne pas se " couper " de la vie réelle.

LES DE RUGY SAVENT RECEVOIR

On ne se refusait rien lors de ces dîners qui réunissaient jusqu’à une vingtaine de personnes. Homards géants, bouteilles de vin à 500 euros et verres en cristal : le site d’investigation dévoile, photos à l’appui, le faste des réceptions de l’ancien d’" Europe écologie-Les Verts ".

A elle seule, la liste des vins servis aux convives, tous issus des caves de « l’Assemblée », laisse rêveur : " Mouton-Rothschild 2004 du centenaire de l’Entente cordiale entre l’Angleterre et la France (au moins 500 euros la bouteille), du Château Cheval-Blanc 2001 (550 euros), du Château-d’Yquem 1999 (265 euros la bouteille), du Château Pichon-Longueville (100 euros), de la Clarté de Haut-Brion 2014 (100 euros), du Château Brane-Cantenac 2000 (120 euros), du Pavillon rouge de Château Margaux 2003 (200 euros) ", recense " Mediapart ".

https://twitter.com/ellensalvi/status/1148846888155852801/photo/1

Les participants à ces dîners, reçus sur présentation d’un carton d’invitation, appartenaient - selon nos confrères - aux " cercles amicaux " de Séverine Servat de Rugy. Ce que l’intéressée a d’ailleurs confirmé.

« Certes, ça appartient à un cercle amical mais on n’est pas là pour " se taper la cloche ". Effectivement, je connais des gens mais quand on les voit, on parle toujours de politique et y a des choses qui en sortent en " relationnel " », répond à " Mediapart " la journaliste de " Gala ".

DINERS DE TRAVAIL OU " ENTRE AMIS " ?

L’éditorialiste Jean-Michel Aphatie, invité à l’une de ces soirées avec sa femme amie de madame de Rugy, témoigne lui aussi de leur caractère privé : " J’ai hésité à y aller parce que si le déjeuner est un espace de travail, le dîner est un espace ambigu. Là, j’ai dit oui… J’ai vite compris que cela n’avait pas beaucoup de sens d’être là pour moi. Ce n’est pas un dîner de travail ", témoigne-t-il sur " Mediapart ".

Ce mercredi sur " France Inter ", François de Rugy explique pourtant l’inverse : " Non, ce ne sont pas des amis. Certains nous les connaissions, d’autres nous ne les connaissions pas. (…) C’est ça, le propre d’avoir des relations de travail. Ça faisait partie de mon travail de président de l’Assemblée nationale de rencontrer, de représenter l’Assemblée nationale, auprès de gens de la société civile ", déclare l’ex du " Perchoir ", estimant n’avoir " rien à se reprocher ".

Et d’enchaîner sur un " triple salto arrière avec réception " : à l’en croire, ces " mondanités " lui servaient… à ne pas subir le fameux " effet tour d’ivoire " du pouvoir.

" On reproche souvent aux hommes et aux femmes politiques d’être coupés, de n’être que dans leur monde politique, d’être dans une forme de bulle politique, eh bien moi, j’ai toujours souhaité que l’Assemblée nationale soit ouverte , ose le ministre à l’antenne de la radio publique. Ça fait partie de mon travail d’échanger, y compris dans le cadre de dîners. (…) Du matin jusqu’au soir, en effet, nous avons différentes formes de travail ".

« Madame » abonde sur " Mediapart " : " Quand vous êtes un homme politique, vous ne pouvez pas vous couper de la société ".

Et quoi de mieux qu’un « grand cru » pour rester " les pieds dans le terroir " ?

DE RUGY CHAMPION DE " LA TRANSPARENCE " ET DE " LA SOBRIÉTÉ "

A lire les réponses données à" Mediapart " par le cabinet de François de Rugy, on pourrait même croire que ces fêtes avaient lieu " à l’insu de son plein gré " : " Quel que soit le déjeuner ou le dîner, les menus, y compris le vin servi, étaient choisis par le service restauration de l’Assemblée nationale. François de Rugy n’a jamais passé aucune commande spécifique et n’a jamais rien fait acheter en externe ", explique-t-on.

Un mélange des genres paradoxal pour un ministre qui a toujours défendu publiquement plus de sobriété dans le " train de vie " du personnel politique.

François de Rugy ne manque d’ailleurs pas de rappeler, ce mercredi, qu’il a " mis un peu d’ordre dans la gestion de certains budgets ". " Chacun s’en souvient, c’est moi qui ai réduit la retraite des députés, moi qui ai supprimé les avantages des anciens présidents de l’Assemblée nationale. Sur les budgets de réception, je les ai baissés de 13 % ", fait-il valoir.

Ce qui ne l’empêchait pas d’organiser aussi, le 17 janvier 2017, son déjeuner de mariage à l’hôtel de Lassay. " J’avais tout payé de ma poche ", se défend aujourd’hui François de Rugy. " Et par ailleurs, vous savez ce que j’ai fait ce jour-là ? J’avais à peine fini le dessert de ce déjeuner que je suis allé saluer les agents de l’Assemblée nationale qui étaient réunis ce jour-là ".

« Monsieur » est trop bon.

Louis Nadau

Marianne