Diego Maradona, légende du football, est mort

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Diego Maradona, légende du football, est mort

Porté en triomphe par ses coéquipiers, Diego Maradona soulève la Coupe du monde remportée avec l’équipe d’Argentine en 1986.
Carlo Fumagalli/AP/SIPA

L’ancien « numéro 10 » de l’Argentine, icône du football et personnage fantasque, est décédé ce mercredi 25 novembre à l’âge de 60 ans.

Un footballeur de génie, un personnage fantasque, un " gamin en or " béni par les dieux du ballon rond : Diego Armando Maradona, l’idole du peuple argentin, vient de s’éteindre ce 25 novembre à l’âge de 60 ans.

Les grands journaux argentins, " Clarin " et " La Nacion ", ont annoncé que l’ancien joueur de Naples était mort d’un arrêt cardiaque.

Quatre ans après Johann Cruyff, le football perd un autre de ses " monuments ".

Dans les panthéons du "sport-roi ", Maradona figurait parfois à la première place, toujours sur " le podium ".

Né le 30 octobre 1960 à Lanus en Argentine, Maradona s’est très vite révélé comme un surdoué doté de qualités exceptionnelles lors des matches de football endiablés disputés dans le bidonville du sud de Buenos Aires où il a grandi.

" Grandi ", le mot est fort : l’Argentin culminera à 1,65 m, ce qui ne l’empêchera pas de tutoyer les " sommets " de son sport.

J’ai grandi dans une résidence privée... Privée d’eau, d’électricité et de téléphone ", blaguera Maradona.

A quinze ans, il fait ses débuts dans le football professionnel, avec l’équipe d’ " Argentinos Juniors ", dont il devient très vite la vedette.

Il débute même à seize ans avec la sélection nationale, l’ " Albiceleste " en 1977, mais ne sera pas retenu pour jouer la « Coupe du monde » que l’Argentine remporte à domicile un an plus tard.

De l’autre côté de l’Atlantique

Qu’à cela ne tienne, le prodige est lancé : Maradona est transféré au club de " Boca Juniors ", l’une des deux équipes " phares " du football argentin, dans laquelle il brille durant deux saisons avant de faire le " grand saut " et de traverser l’Atlantique pour rejoindre le " FC Barcelone " en 1982.

A cette époque, il a déjà gagné son premier surnom au pays : " El Pibe de oro ", le " gamin en or ".

Au sein du club catalan, Maradona déploie tout son talent : c’est un meneur de jeu insaisissable d’une agilité hors du commun, à la qualité de dribble diabolique, souvent brutalisé de manière effrayante par ses adversaires sur le terrain.

Le lutin est capable " d’effacer " toute une défense, d’enfiler les buts ou de faire marquer ses coéquipiers. Mais Barcelone est aussi le moment où l’on découvre le côté " obscur " du génie argentin : il mène une vie nocturne dissolue, commence à prendre de la cocaïne et multiplie les " coups de sang " sur le terrain.

Il clôt son aventure espagnole en provoquant une bagarre générale en finale de la « Coupe du Roi » contre Bilbao, sous les yeux du monarque Juan Carlos.

Une nouvelle épopée commence en 1984 : Diego Maradona quitte Barcelone pour la volcanique Naples, où il deviendra une quasi-divinité aux yeux des " tifosi ".

Côté face, l’Argentin fait du modeste club du Sud de l’Italie une des meilleurs équipes de « la Botte », remportant deux titres de champion et la « Coupe de l’Uefa ».

Côté pile, les excès continuent : le banquier Guillermo Coppola lui met " le grappin dessus " et fait du gamin de Buenos Aires une star du " show-business " cornaquée par « la Camorra », la mafia napolitaine, qui lui fournit cocaïne et prostituées.

Le « gamin en or » et le démon

La « Coupe du Monde » 1986 au Mexique illustre la dualité du personnage Maradona.

Au sommet de son art, le « numéro 10 » porte une équipe argentine de besogneux sur ses épaules. Le rigoureux sélectionneur Bilardo lui confie toutes les clés du jeu : rarement un « onze » de footballeurs n’aura autant dépendu du talent d’un seul homme.

En quart de finale contre l’Angleterre, Maradona marque l’Histoire par deux fois : en trichant d’abord, inscrivant un but du bras, " la main de Dieu ", dira-t-il ; puis, quatre minutes plus tard, en marquant le « But du siècle » : il part de sa moitié de terrain, dribble toute l’équipe anglaise et le gardien, et propulse le ballon dans les filets.

Une semaine plus tard, l’Argentine remporte sa deuxième « Coupe du monde » contre l’Allemagne de l’Ouest.

Désormais, aux yeux du pays, il est « El Diez », « Dieu ».

Les frasques de Maradona le rattrapent.

Lors de la « Coupe du monde » 1990, il élimine l’Italie - qui jouait à domicile - en demie-finale, sous les " vivats " d’une partie du public napolitain, mais échoue en finale.

En mars 1991, il est suspendu un an et demi à la suite d’un contrôle positif à la cocaïne, puis écope de 14 mois de prison " avec sursis " pour " possession de drogue ".

Il rentre jouer en Argentine mais ne retrouvera jamais son niveau, usé par les excès. Maradona joue sa dernière « Coupe du monde » en 1994 aux Etats-Unis, inscrit un ultime but exceptionnel contre la Grèce... et puis s’en va.

" J’ai vécu quarante ans, mais c’est comme si j’en avais vécu 70 ", déclare Maradona en 2000. La vie lui a déja beaucoup donné et beaucoup pris.

L’après-carrière est d’abord pénible pour « Dieguito », qui souffre de graves problèmes de santé et s’affiche dans de douteuses émissions de télévision.

Victime d’un malaise cardiaque en 2004, il frôle une première fois la mort et se soigne à Cuba, le signe d’amitiés politiques constantes : Maradona soutient les dirigeants " péronistes " argentins Néstor et Cristina Kirchner, décrit Fidel Castro comme son " second père ", affiche sa sympathie pour les leaders vénézuéliens Hugo Chavez et Nicolas Maduro.

Mort d’une icône nationale

L’ancien « numéro 10 » renaît une nouvelle fois " de ses cendres " en 2008, lorsqu’il devient sélectionneur de l’équipe d’Argentine. Mais contrairement à Cruyff, le joueur de génie ne deviendra pas un entraîneur hors normes.

Ennuyé par le fisc, Maradona multiplie les provocations sans réussir à faire oublier les piètres prestations de son " Albiceleste ", écrasée par l’Allemagne en quart de finale de la « Coupe du monde » 2010.

Ecarté, il n’entraînera plus que des clubs de " troisième zone ", finissant sa carrière et sa vie à la tête de " Gimnasia ", une équipe basée à La Plata en Argentine.

Avec la mort de Diego Maradona, ce n’est pas " qu’un " footballeur, mais une icône nationale qui s’en va. Un personnage torturé et romanesque, qui a fait rêver des milliers d’enfants et inspiré des artistes : le réalisateur serbe Emir Kusturica lui a consacré un film, projeté au festival de Cannes en 2008.

Un documentaire réalisé par Asif Kapadia et sorti l’an passé retrace la vie du " Pibe de oro ".

A l’annonce de la mort de Maradona, le gouvernement argentin a décrété trois jours de deuil national.

https://twitter.com/BocaJrsOficial/status/1331639645713600512?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1331639645713600512%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.marianne.net%2Fsociete%2Fdiego-maradona-est-mort

Hadrien MATHOUX

Marianne