Derrière l’attentat au Niger, le chaos du Sahel livré aux djihadistes

, par  DMigneau , popularité : 0%

Derrière l’attentat au Niger, le chaos du Sahel livré aux djihadistes

Le déploiement de l’opération Barkhane au Niger n’a pas suffi à endiguer le développement de groupes djihadistes dans la zone du Sahel. - Witt/SIPA

L’attaque de la réserve de Kouré au Niger, qui a fait huit morts dont six Français, met en lumière l’échec de l’armée française et des Etats africains à sécuriser une zone encerclée par les groupes islamistes violents.

Dès les heures qui ont suivi l’attentat meurtrier du parc de Kouré, lors duquel huit passagers - dont six Français - d’un véhicule appartenant à l’organisation humanitaire " Acted " ont trouvé la mort ce dimanche 9 août, le débat sur l’imprudence des victimes a été lancé. Les infortunés étaient vraisemblablement en route pour une excursion touristique, au cœur d’une réserve qui abrite un troupeau de girafes peralta (une espèce disparue du reste de la planète) lorsqu’ils ont croisé un groupe de terroristes encore non identifié.

Joseph Breham, avocat de l’ONG " Acted ", a déclaré qu’il s’agissait de " l’endroit le plus zen du Niger ", une zone pourtant classée " orange " et déconseillée par le ministère des Affaires étrangères.

Paradoxe en fait révélateur : au Niger, pays deux fois plus grand que la France métropolitaine niché entre Sahara et Sahel, aucune zone n’est vraiment sûre.

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Le Niger est en effet encadré par plusieurs groupes djihadistes qui tirent profit de l’immensité désertique de son territoire et de la faiblesse de l’Etat local, incapable de conserver le contrôle à l’intérieur de ses frontières.

A la frontière sud avec le Nigéria, le groupe " Boko Haram " est actif.

A l’ouest, en bordure du Mali et de l’Algérie, et jusqu’à l’est à la frontière avec le Tchad, sévissent le " Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans " (GSIM, affilié à " Al-Qaïda ") et " l’Etat islamique dans le grand Sahara " (EIGS).

Pour endiguer l’action de ces multiples groupes terroristes et les empêcher de s’implanter, la France a lancé deux vastes opérations militaires dans la zone du Sahel : " Serval ", entre janvier 2013 et juillet 2014, puis " Barkhane " depuis.

Plus de 5 000 soldats français sont engagés pour coopérer avec les armées du « G5 Sahel », lequel réunit la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.

ÉCHEC MILITAIRE FRANÇAIS

Pourquoi alors le Niger est-il toujours frappé par l’insécurité ?

D’après André Bourgeot, directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste de l’Afrique saharo-sahélienne, «  l’insécurité au Sahel est le résultat de l’échec d’une stratégie exclusivement militaire. L’opération " Serval " n’a été qu’un succès ponctuel. Elle a empêché les djihadistes de fondre sur Bamako, mais les conséquences politiques ont été néfastes : les deux tiers du territoire malien ont été déstabilisés et la présence des forces françaises a déclenché des manifestations hostiles dans la population.  »

Devant l’échec des « Occidentaux » à éteindre la menace terroriste, les autochtones ont été en effet nombreux à " tirer la conclusion que les Occidentaux avaient un agenda caché et voulaient s’octroyer les ressources extractives : eau, pétrole, or, uranium ", explique le chercheur.

De fait, l’armée française a tué de nombreux terroristes mais échoué à affaiblir la diffusion du djihadisme salafiste, en constante restructuration et parfaitement adapté au contexte de la zone saharo-sahélienne avec son organisation en petites unités mobiles.

IMPÉRITIE DU « G5 »

Le maintien des groupes islamistes violents tient bien sûr également à l’impéritie des Etats du « G5 Sahel ».

" Leurs armées nationales ne sont pas bien dotées, les pouvoirs centraux sont considérablement affaiblis par la corruption et des problèmes politiques majeurs, énumère André Bourgeot. La France ne peut pas s’appuyer sur une autorité en place pour être au contact des populations, que les djihadistes côtoient - eux - directement. "

Signe de l’enlisement de la situation, la France considérait jusqu’au début du millénaire le Niger comme un État plus sûr et plus fiable que les autres pays du Sahel…

Depuis, la conjonction des difficultés locales, de l’influence des mouvements islamistes et de l’actualité géopolitique mondiale (Palestine, Irak, Syrie) a servi de " carburant " à l’enracinement d’un tenace " terreau djihadiste ", alors que l’islam sahélien avait jusqu’ici conservé une tradition de tolérance. L’attentat de la réserve de Kouré est le douloureux symptôme le plus récent de cette résistance salafiste.

Hadrien MATHOUX

Marianne