Déni et réalités

, par  DMigneau , popularité : 0%

Déni et réalités

Le mot " déni " est dans la bouche du débat public. Expulsé des poumons, on retrouve le mot sur de nombreuses lèvres : déni de réalité, déni des violences policières, déni de démocratie. Il questionne notre relation au réel et à la vérité. À l’heure du " capitalisme numérique ", de la " technoscience " et de la crise écologique, la réalité s’efface et nous avec.

Le déni est l’action de refuser de reconnaître la vérité ou la valeur de quelque chose. En ce moment, nous voyons le déni sous toutes ses coutures : déni de démocratie, déni des violences policières, déni de la crise écologique

Les débats se multiplient, les arguments fusent, c’est une vraie joute verbale qui perce nos oreilles, où chacun assure détenir la vérité.

Mais qu’est-ce que « la vérité » ?

Doit-on comprendre « la vérité » comme l’accord entre la pensée et l’expérience ?

Est-ce le résultat d’un processus d’analyse d’un fait conforme à la réalité ?

Ou bien de l’idée qu’on se fait de la réalité ?

A-t-elle une valeur absolue ?

La quête de « la vérité » devient éminemment subjective. La " vérité " est teintée de nos pensées et ne peut-être objective. Il suffit d’ouvrir une encyclopédie pour se rendre compte de la versatilité du concept. Elle entretient certainement une relation significative avec l’expérience (subjective) et la réalité (supposément " objective ").

En effet, pour établir une vérité, il faut scruter la réalité, le monde et ses habitants. La « réalité » est un concept inflexible et inaltérable en ce qu’elle est l’existence physique des choses, indépendamment de nous, indépendamment de nos pensées.

La réalité existe qu’on le veuille ou non. Elle existe par les seules lois de la physique. Elle est donc supposément " objective ".

La réalité s’érige devant nous, se tisse au fil de nos expériences mais elle est façonnée par notre perception. Elle est parfois trompée par nos sens et nous ne la percevons pas.

Nous ne percevons pas les ondes radios, cela veut-il dire qu’elles n’existent pas ?

Nous ne pouvons voir les virus à l’œil nu, cela implique-t-il donc que le " coronavirus " n’existe pas ?

Ne pas être affecté par les changements climatiques signifie-t-il que la « crise écologique » n’est que fiction apocalyptique ?

Nous sommes aujourd’hui confrontés à un déni d’une multitude de réalités concomitantes dans le temps et l’espace actuel. Aujourd’hui, il ne suffit plus de voir pour croire au risque de s’étouffer face aux violences policières. Même face à un mur, quelques mots suffisent et il est défait.

Ce déni est devenu dangereux, ce déni tue.

Nier la diversité, c’est nier la multiplicité d’individus qui font la richesse de l’espèce humaine. Mais ces mêmes individus ne peuvent s’intégrer à la société qu’à condition de rentrer dans des critères sociaux normés.

Nous devons être des " tomates agro-industrielles " calibrées à l’image de la société. Il faut renoncer à intégrer la société ou bien perdre son altérité au nom d’une individualité commune.

La perte de cette d’identité personnelle, de cette part de nous, peut être insupportable.

On lutte pour récupérer cette altérité.

On lutte pour la faire valoir.

Il arrive parfois que cette lutte nous étouffe sous le regard détourné et absent des autres. La réalité est donc aussi la somme des évènements sociaux qui aboutissent à la situation dans laquelle on se trouve.

Le déni le plus vicieux et le plus dangereux est sans doute celui de la « crise écologique ». Perfide et sournoise, cette réalité prend son temps pour nous emporter.

" Monétisation " du patrimoine naturel, saccage des ressources naturelles, " vagues " caniculaires, catastrophes naturelles, effondrement de la biodiversité, les Moires seront bientôt au chômage.

Ne pas prendre conscience de cette réalité, ni de la mesurer, ne fera que précipiter la perte d’un microcosme diversifié. Le déni écologique revient à être complice du génocide de l’ère " anthropocène ". Un changement et un bouleversement profond de nos modes de vies sont nécessaires pour relever le « défi écologique » et éviter le pire à nos enfants.

Cependant nous tombons dans une impasse lorsqu’on oppose « la nature » à « la culture ». Sans « nature », il n’y a pas de « culture » ; " décroître " ne nous fera pas régresser à l’âge de pierre.

L’Humain est " embourbé " dans sa réalité, il ignore son ignorance. À croire que l’évolution de son cerveau lui a fait oublier qu’il était sur terre pour y vivre. Dans " l’arbre des espèces ", sur lequel il s’est dessiné " au sommet ", on le voit couper frénétiquement sa propre branche.

Il ne reste qu’à espérer qu’une fois coupée, " l’arbre " ne mourra pas du même coup. Notre optimisme humaniste nous murmurerait plutôt qu’il va se rendre compte qu’il n’est ni le plus fort, ni le plus grand, ni le plus intelligent et qu’en fin de compte, il dépend des lois de la nature ; celles que la physique a formalisé.

Un retour à la réalité s’impose pour se réapproprier notre relation à l’espace et au temps.

Revenir à un rythme plus humain.

Le rythme est la répétition d’un évènement dans le temps. La vie est rythme.

Elle est rythmée à différentes échelles : par les cycles cardiaques, par les cycles de sommeil, par les cycles naturels et saisonniers qui sont les " battements cardiaques " terrestres.

À l’heure du " capitalisme numérique ", nous nous sommes retrouvés prisonniers d’un " cyber espace-temps " inhumain où l’espace et le temps ne sont plus.

Le fragile et lent « rythme humain » ne peut rivaliser face au rythme brutal et véloce du " numérique ". Nous avons besoin de temps pour prendre notre temps.

Comme la graine a besoin de temps pour grandir.

Comme les langues ont besoin de temps pour évoluer.

Comme les parents ont besoin de temps pour se lier à leurs enfants.

Et comme nous avons besoin de temps pour nous épanouir.

Le temps est précieux. Il nous grandit. Il nous fait évoluer et nos relations avec.

Prenons le temps d’admirer le changement.

Il est temps.

Alexunder

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