Démission de Philippot : pourquoi Wauquiez ne devrait pas se réjouir trop vite

, par  DMigneau , popularité : 64%

Démission de Philippot : pourquoi Wauquiez ne devrait pas se réjouir trop vite

En politique, on se réjouit du malheur de ses adversaires. Aussi la crise au Front National ne laisse personne indifférent, à gauche comme à droite. Si Laurent Wauquiez, candidat à la présidence des " Républicains ", se frotte déjà les mains, le départ du désormais ex-vice-président du parti frontiste pourrait néanmoins s’accompagner d’effets… indésirables.

Florian Philippot, c’est un peu le vilain petit canard.

En 2011, ce jeune énarque issu des rangs du " chevènementisme " intègre le Front National où son influence ne cesse de croître.

Directeur stratégique de la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2012, puis vice-président chargé de " la stratégie et de la communication ", son souverainisme " de gauche " séduit les déçus du " socialisme " traditionnel.

Fervent détracteur de l’Union Européenne, il est aussi le principal artisan de la stratégie de dédiabolisation d’un parti qui effraie toujours les Français.

Sans la conquête de ces franges populaires et ouvrières, difficile d’affirmer que le FN aurait passé le second tour de la dernière présidentielle. Seulement voilà : Marine Le Pen a perdu.

En cause, la confusion sur la sortie de l’euro de l’entre-deux-tours et l’incapacité de la candidate à proposer un modèle cohérent et à en expliquer l’impact sur le pouvoir d’achat des ménages.

Mais le parti exige des coupables en chair et en os.

Contesté par l’aile libérale et identitaire, celle qui fait passer la lutte contre l’islamisation et le contrôle des frontières avant la monnaie commune, Florian Philippot quitte le Front National ce jeudi 21 septembre.

Il laisse derrière lui un parti affaibli sur les plans politique et financier, exigeant une clarification de sa ligne électorale et un retour à ses valeurs fondamentales.

La crise fait réagir les politiques de tous bords.

Saisissant l’opportunité de renflouer ses " Insoumis ", Jean-Luc Mélenchon appelle à ses côtés “ les fâchés mais pas fachos ”, allusion à peine voilée à l’électorat populaire frontiste.

À droite, Laurent Wauquiez affiche un sourire confiant, persuadé que l’amputation du bras droit de Marine Le Pen ne fait que “ valider sa stratégie ”. Comptant bien récupérer lui aussi “ ceux [que la droite] a déçus et qui ont voté FN ”, le Rhônalpin multiplie les avances aux classes " moyennes " qui semblent plutôt tentées par le leader de la " France Insoumise ".

Pourtant, c’est bel et bien sur son côté droit qu’il pourrait être attaqué.

Prenons un peu de recul.

Les 10 et 17 décembre prochain, " les Républicains " choisiront un nouveau chef de parti, six mois après la débâcle présidentielle.

Le chouchou des militants et ultra-favori, c’est Laurent Wauquiez.

" Sarkozyste " convaincu, il n’en demeure pas moins vigoureusement contesté par une partie des élus de droite qui jugent ses positions trop radicales sur les questions régaliennes.

Il faut dire que l’actuel premier vice-président du parti ne se prive pas de chasser sur les terres du Front National. Immigration, question identitaire, mariage pour tous… Laurent Wauquiez s’impose comme un partisan d’une droite “ dure ” et tranche avec la ligne libérale-européenne de son parti.

Mais revenons-en au Front National.

La fin de “ l’hémisphère gauche ” du parti, comme l’a moquée Julien Aubert, lui aussi candidat à la présidence LR, ne peut qu’être annonciatrice d’une reconstruction plus droitière, en cohérence avec la ligne libérale-identitaire de Marion Maréchal-Le Pen : celle sur laquelle Laurent Wauquiez empiète.

Alors que " les Républicains " de Wauquiez constituaient un pôle d’attraction pour tous les déçus de la dérive sociale du FN, souvent issus de classes plus aisées, les cartes sont maintenant redistribuées.

En clair, si le Front National se réaffirme comme le parti de la défense identitaire au delà de la souveraineté monétaire, il sera en mesure de reconquérir cet électorat et le candidat LR devra livrer bataille.

Si la présidence du parti - où il est le seul poids lourd - ne devrait pas lui échapper, il lui sera en revanche indispensable de se pencher sérieusement sur la question pour assouvir son ambition d’Élysée.

Ainsi, Laurent Wauquiez semble pris au piège.

En l’absence du traditionnel adversaire " socialiste ", emporté par la vague Macron, il doit se droitiser pour exister face au parti présidentiel. Mais cet espace pourrait être rapidement revendiqué par un Front National sans Philippot, alors qu’on lui reproche déjà de vouloir briser la digue séparant " les Républicains " de l’extrême-droite.

Il est décidément bien éprouvant de se reconstruire après Macron.

Pierre Pirali

MediaPart