Démission de Mario Draghi : qu’est-ce qui attend l’Italie à présent ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Démission de Mario Draghi : qu’est-ce qui attend l’Italie à présent ?

Ce 21 juillet, Mario Draghi doit se rendre au Parlement pour annoncer sa démission sans se soumettre au vote de confiance comme prévu. Pour le président du « Conseil » italien, les conditions ne sont plus réunies pour aller de l’avant puisqu’il n’a plus le soutien des partis membres de sa coalition gouvernementale. Andrew Medichini/ AP/SIPA

Après avoir accepté de rempiler ce 20 juillet, le président du « Conseil » italien Mario Draghi a finalement décidé de " jeter l’éponge " quelques heures plus tard, excédé par les tensions qui minent sa majorité. Récit d’une journée dramatique au Sénat, à l’occasion d’un vote qui a fait à nouveau basculer la Péninsule dans l’incertitude.

L’atmosphère était tendue, quasi irrespirable, ce 20 juillet au Sénat italien. Dans un discours prononcé tôt le matin alors que le « vote de confiance » devait se dérouler en début de soirée, le président du Conseil Mario Draghi n’avait pas été très tendre avec les partis politiques.

" L’Italie n’a pas besoin d’une confiance de façade qui disparaît face aux mesures difficiles à prendre ", a tonné l’ancien patron de la « Banque centrale européenne » (BCE). Il a ensuite " tendu la main " au mouvement " populiste " 5 étoiles (M5S), en défendant le « revenu minimum universel » remis en question par la droite, tout en affirmant qu’il est " important pour réduire la pauvreté, bien qu’il puisse être amélioré ".

Mario Draghi a aussi évoqué l’introduction d’un « salaire minimum légal », autre mesure chère au « M5S ». " C’est dans cette direction que nous devons avancer, avec les partenaires sociaux ", a-t-il encore déclaré. Mais tout cela n’a pas suffi à faire avancer les choses : la droite et le « M5S » ont refusé de participer au " vote de confiance ".

Selon plusieurs constitutionnalistes, pourtant, cela n’aurait pas empêché Mario Draghi de l’emporter.

« Le calcul du quorum se fait sur le nombre de sénateurs présents dans l’hémicycle au moment du scrutin, même s’ils ne votent pas. Avec 95 " oui " contre 38 " non ", il a donc obtenu la confiance du Sénat », estiment-ils.

COMMENT EN EST-ON ARRIVÉ LÀ ?

Par une mobilisation sans précédent, les Italiens avaient multiplié les manifestations et les pétitions pour convaincre Mario Draghi de rester aux commandes du pays.

Les pressions de « l’Europe », des États-Unis et de la finance internationale, qui ont tous évoqué la situation économique difficile, la crise énergétique et la guerre en Ukraine, ont également incité Mario Draghi à la réflexion.

L’ex-patron de la « BCE » avait accepté de rester à son poste, mais à une condition : les partis de la coalition gouvernementale devaient reconstruire le " Pacte de confiance " signé en février 2021, lorsque le chef de l’État Sergio Mattarella lui avait " confié le timon " du paquebot « Italie ».

" L’unique solution, si nous voulons encore rester ensemble, est de reconstruire depuis ses fondements ce pacte, avec courage, altruisme et crédibilité, c’est ce que demandent les Italiens ", a martelé l’ex-banquier au Sénat.

Une opération quasi-impossible car la droite, qui a " le vent en poupe " dans les sondages, réclame des élections législatives anticipées. Pour les leaders de cette coalition qui regroupe la " Ligue ", " Forza Italia ", le parti fondé par Silvio Berlusconi, et « l’extrême droite » de " Fratelli d’Italia ", la seule solution envisageable pour attendre 2023, la fin " naturelle " de la législature en cours, est de former un nouveau gouvernement.

Mais sans la participation du mouvement populiste " 5 étoiles " (M5S). Et surtout, avec des ministres choisis par la droite et Mario Draghi relégué à un rôle de figurant. Une proposition inacceptable pour l’ex-banquier, qui n’a pas l’habitude de se voir dicter sa conduite.

Pour sa part, le « M5S », qui a provoqué la crise la semaine précédente en boycottant un " vote de confiance " sur un texte présenté au Sénat, avait décidé d’aller jusqu’au bout et " d’abandonner le navire ".

Officiellement, la rupture entre Mario Draghi et le « M5S » s’est jouée sur la question de l’aide militaire à l’Ukraine et la construction d’une usine de " valorisation énergétique " pour le traitement des déchets, inscrite dans le décret sur " l’aide au pouvoir d’achat " des Italiens et aux entreprises.

Deux dossiers qui fâchent le mouvement. Mais en vérité, le « M5S » est en " chute libre " dans les sondages. Il est aussi " laminé " par les dissensions internes, comme l’a démontré la défection, le mois dernier, d’une soixantaine de députés et de sénateurs, dont le ministre des Affaires étrangères et deux sous-secrétaires d’État, qui ont fondé un nouveau groupe parlementaire appelé " Insieme per il futuro ", " Ensemble pour l’avenir ".

Pour " remonter la pente ", il faut revenir aux sources, abandonner le pouvoir et passer à « l’opposition », a estimé Giuseppe Conte, le leader du mouvement, prédécesseur de Mario Draghi à la présidence du « Conseil ».

ET MAINTENANT ?

Ce 21 juillet, Mario Draghi doit se rendre au Parlement pour annoncer sa démission sans se soumettre au " vote de confiance " comme prévu.

Pour le président du « Conseil » italien, les conditions ne sont plus réunies pour aller " de l’avant " puisqu’il n’a plus le soutien des partis membres de sa coalition gouvernementale.

Le chef de l’État devra alors rencontrer les présidents des deux « Chambres » pour envisager la dissolution du Parlement et du Sénat, l’une de ses prérogatives selon la « Constitution » italienne, et annoncer des législatives anticipées. Mais ce scénario déplaît au président de la République Sergio Mattarella, qui a tout fait pour l’éviter, après la démission l’an dernier du gouvernement de Giuseppe Conte.

Par ailleurs, il estime aussi que le contexte économique et la guerre en Ukraine nécessitent la stabilité en Italie. Or cela, un gouvernement provisoire ne peut pas l’offrir au pays, qui risque fort de redevenir le " maillon faible " de « l’Europe », après avoir joui de la bonne réputation de Mario Draghi sur la scène internationale.

Par ailleurs, Sergio Mattarella n’a probablement pas envie de se retrouver avec « l’extrême droite » au pouvoir. Le parti " Fratelli d’Italia " est actuellement crédité de près de 24 % dans les sondages. Le président de la République pourrait donc demander à Mario Draghi d’essayer de former une nouvelle majorité sans le « M5S » et le renvoyer à nouveau devant les deux Chambres pour obtenir la confiance des parlementaires. En somme, la messe n’est pas dite.

Ariel F. DUMONT

Marianne.fr