Delhi, capitale de la pollution de l’air

, par  DMigneau , popularité : 0%

Delhi, capitale de la pollution de l’air

Alors que Delhi subit actuellement un énième nuage de pollution, pourtant exceptionnel à cette période, les 17 millions d’habitants de la capitale indienne semblent être désormais confrontés à des épisodes de pollution de l’air de plus en plus fréquents et extrêmement nocifs. Interview du responsable climat et énergie de " Greenpeace Inde " pour tenter de comprendre ce phénomène alarmant.

Depuis 2014, Delhi est la ville qui détient le record de pollution atmosphérique de la planète.

L’hiver dernier, les habitants de la capitale indienne ont littéralement suffoqué sous un épais nuage de pollution pendant plusieurs semaines, obligés de rester calfeutrés chez eux plusieurs jours durant.

Depuis le 11 juin, la mégalopole de 17 millions d’habitants et ses régions alentours croupissent à nouveau dans un épais brouillard de poussière et de pollution, alors qu’habituellement à cette période l’air est généralement plus sain, tandis que le thermomètre dépasse régulièrement les 45°C.

Cette chape de pollution permanente constitue un grave danger sanitaire pour des dizaines de millions de personnes et face à ce phénomène alarmant, les autorités semblent totalement démunies.

Le point avec Nandikesh Sivalingam, responsable climat et énergie pour " Greenpeace Inde " :

Nandikesh Sivalingam, " Greenpeace Inde "

En tant que directeur de " Greenpeace Inde ", pouvez-vous revenir sur l’épisode de pollution atmosphérique extrême qu’a connu la capitale indienne cet hiver ?

Chaque hiver ces dernières années, Delhi connait un très important « smog », avec une vague de pollution atmosphérique, et cet hiver n’a malheureusement pas fait exception à la règle.

Avec une visibilité extrêmement faible et le soleil qui disparaît en même temps presque complètement pendant des jours, être à Delhi pendant ces épisodes de pollution de l’air, c’est un peu comme vivre dans un monde post-apocalyptique.

Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue que ce sont des millions de personnes qui subissent cette pollution chaque année en Inde.

La question est loin de se limiter à Delhi. La pollution de l’air est devenue une menace nationale et même globale entraînant une très grave crise sanitaire.

Quelles sont les principales causes de ce phénomène et quelles en sont les conséquences directes, en particulier pour la santé de la population ?

D’après une étude publiée par le gouvernement fédéral indien sur « les premières estimations et tendances globales des causes des maladies et du facteur de risque pour chaque État de l’Inde », la pollution atmosphérique est aujourd’hui le deuxième facteur de risque pour la santé en Inde juste après la malnutrition.

La pollution de l’air provoque l’apparition d’un mixte entre maladies non transmissibles et maladies infectieuses, principalement des maladies cardiovasculaires, des maladies respiratoires chroniques et des infections des voies respiratoires inférieures.

Les autorités locales et nationales vous paraissent-elles prendre des mesures suffisantes ? Pouvez-vous nous expliquer, par exemple, cette histoire de « canon anti-smog » ? (En décembre 2017, le gouvernement de Delhi a utilisé un « canon anti-smog », sorte de brumisateur géant en forme de sèche-cheveux et monté sur remorque. L’appareil projette 100 litres d’eau par minute dans un rayon de 150 mètres, l’eau étant censée chasser les polluants et purifier ainsi l’air. Il est normalement utilisé sur des chantiers ou des mines.)

Il y a eu plusieurs initiatives prises tant par le gouvernement fédéral que par un certain nombre d’États indiens. La magistrature a fait de même. Mais ce qui manquait jusqu’à présent, c’était une véritable action globale avec des délais précis, visant clairement à réduire l’ensemble de la pollution à la source.

Le gouvernement central a fini par annoncer en décembre dernier qu’il travaillait sur un plan en ce sens. Il s’agit du « National Clean Air Program » (NCAP-" Programme national d’assainissement de l’air ").

Nous espérons le voir mis en œuvre rapidement et avec des effets substantiels.

Le « canon anti-smog » quant à lui a une efficacité très limitée dans la maîtrise des niveaux de pollution. Il fonctionne uniquement dans une très petite zone et peut s’avérer être utile dans certaines zones sensibles comme les écoles et les hôpitaux.

Mais la solution pour lutter contre la pollution atmosphérique est de réduire celle-ci à la source au lieu de se contenter d’essayer de « la capturer » une fois qu’elle existe dans l’atmosphère.

Quelles seraient selon vous les bonnes solutions pour lutter efficacement contre la pollution de l’air, non seulement dans la capitale indienne mais partout ailleurs dans le pays ?

Il n’y a pas de " solution miracle " pour en finir immédiatement avec la pollution de l’air.

La pollution atmosphérique est une question très complexe qui nécessite du temps pour pouvoir y faire face efficacement. Mais ce dont nous avons besoin d’urgence et en priorité, c’est un plan d’action d’envergure national, extrêmement solide et sérieux, avec des échéances précises et des objectifs clairs.

Ce plan doit disposer de trois axes principaux :

1. La possibilité de surveiller la qualité de l’air en permanence et en temps réel.

2. La mise en place de plans d’intervention d’urgence pour toutes les régions qui connaissent de graves épisodes de pollution de l’air.

3. La mise en œuvre de mesures de long terme visant à réduire l’ensemble des niveaux de pollution à la source.

Plus généralement, que pensez-vous de la politique environnementale de l’actuel gouvernement indien ?

L’actuel gouvernement indien semble fournir un certain nombre d’efforts louables sur toute les questions liées à la lutte contre le « changement climatique ».

Il y a des objectifs ambitieux en terme « d’énergies renouvelables », plusieurs initiatives d’efficacité énergétique sur la table ou encore la promotion des véhicules électriques qui en sont quelques exemples.

Cependant, localement, l’accent reste toujours mis sur l’expansion du charbon et la dilution des normes environnementales pour faciliter la bonne tenue des affaires.

Dorénavant, surtout au vue des effets des derniers épisodes de pollution, nous avons bon espoir que le gouvernement prenne enfin les questions environnementales et de santé publique très au sérieux.

Le NCAP (" programme national d’assainissement de l’air ") est un premier pas dans le bon sens.

Benjamin Joyeux

* Pour plus d’informations :

http://www.greenpeace.org/india/en/

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