Découverte d’une troisième souche du " Covid-19 " : ​" Le virus circulait silencieusement sur notre territoire "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Découverte d’une troisième souche du " Covid-19 " : ​" Le virus circulait silencieusement sur notre territoire "

RIJASOLO / AFP

Des chercheurs de " l’Institut Pasteur " ont dévoilé ce 29 avril une étude dans laquelle ils affirment qu’une troisième souche du " Covid-19 " existe et est la plus répandue en France.

Le professeur Étienne Simon-Lorière, qui a participé à l’étude, nous explique cette découverte.

Une étude menée par « l’Institut Pasteur » à Paris entend apporter un nouvel éclairage sur les origines de l’épidémie du " Covid-19 " en France.

Dans cette pré-publication déposée sur le site d’archives scientifiques " biorxiv " ce 29 avril, les chercheurs affirment que l’apparition et la diffusion du virus sur le territoire français ne sont pas uniquement liées à des infections venant de Chine ou d’Italie.

Une troisième souche aurait fait son apparition en France.

Le virologue Étienne Simon-Lorière, qui a participé à cette recherche, nous éclaire sur cette découverte.

Marianne : Quelles sont les conséquences de l’étude que vous venez de réaliser ?

En suivant à la trace ces petites mutations dans le génome du virus SARS-CoV-2 on peut réaliser - et c’est l’une des conclusions principales de notre étude - que les mesures qui ont été mises en place pour isoler et mettre en confinement les premiers cas détectés ont été efficaces.

En effet, on ne voit plus de " descendants " des souches chinoises ou italiennes en France, c’est-à-dire de personnes qui ont été contaminées par des malades ayant contracté le virus sous sa forme chinoise.

La seconde chose que l’on observe, est qu’on a eu des introductions du virus multiples sur notre territoire avant l’annonce des premiers cas, fin janvier. On estime que le virus circulait déjà dans l’Hexagone silencieusement.

D’après nos premières constatations, au vu des souches séquencées, la propagation du virus en France est ainsi associée à des cas asymptomatiques.

Je suis, par ailleurs ailleurs, très étonné qu’un quotidien ait titré que la principale souche du virus présente en France était liée à un groupe génétique qui n’avait aucun lien avec la Chine et l’Italie.

Aujourd’hui, on ne peut pas l’affirmer.

Nous pensons que ces deux pays font partie de la liste des potentielles origines mais nous avons conclu que les inférences sur l’origine géographique du virus n’étaient pas fiables.

Nous ne nous sommes donc pas prononcés sur le sujet.

Marianne : Voit-on des différences avec cette " troisième souche " avec le " Covid-19 " classique en terme de symptômes et de diffusion ?

Est-ce que le fait qu’il y ait une souche différente est dangereux ?
C’est exactement le même virus qui affecte l’ensemble de la planète. Les différences entre les souches sont infimes. C’est une des propriétés intrinsèque des virus à ARN (support de l’information génétique pour ce virus, nous on a de l’ADN, eux ont de l’ARN).

La plupart des mutations qui apparaissent dans le génome du virus n’ont pas d’effet sur les symptômes.

Les données génomiques révèlent la circulation prédominante de virus d’une même souche dans de nombreuses régions françaises, compatible avec de multiples introductions.

On classifie ces différentes souches en « clades », un terme presque trop fort pour le peu de différences qu’on a observé jusqu’ici.

Marianne : D’autres pays ont-ils vu l’apparition d’une souche spécifique ?

Ce clade, on le retrouve quasiment partout dans le monde. La situation est un petit peu unique en France dans la mesure où l’on voit que 95 % de nos cas sont liés à ce clade. Dans d’autres pays, y compris en Europe, on voit les trois clades différents comme en Chine.

Voilà l’une des spécificités de l’évolution de l’épidémie en France : il y a eu plusieurs introductions de clades, mais on est arrivés à les arrêter. Le seul qui ait réussit à s’établir avec succès c’est le clade G - cette " troisième souche " circulant en France, ndlr. C’est vraiment le hasard qui fait ça, corrélé aux efforts de confinement qui ont été mis en place plus tôt que dans d’autres pays.

Marianne : Votre étude est actée ou cela reste une hypothèse à étudier ?

C’est un fait, on a séquencé suffisamment d’échantillons pour être sûrs que cette troisième souche du virus représente la majorité des cas que l’on voit dans la partie nord de la France. A priori, cela semble être similaire dans la partie sud.

Marianne : Est-ce que cela pourrait avoir un lien avec ce que l’on observe chez certains enfants qui développeraient une forme grave du " Covid-19 " ?

Non, a priori si le virus est capable d’entraîner d’autres symptômes, toutes ses variantes sont capables de le faire dans une faible proportion. Si des enfants développent un syndrome inflammatoire comme cela a pu être constaté à Paris, ce n’est pas particulièrement en raison de cette souche, d’autant que son lien avec le " Covid-19 " reste encore à démontrer.

Clémence Barral

Marianne