De quoi Boko Haram est-il le nom ?

, par  DMigneau , popularité : 25%

De quoi Boko Haram est-il le nom ?

Boko Haram, et sa répression, ont mis à feu et à sang le bassin du lac Tchad. Une manifestation parmi d’autres du djihadisme, assimilable à l’insurrection de Daech au Moyen-Orient, conformément à la théorie sécurocrate de l’« arc de crise » qui embraserait le monde musulman de l’Afghanistan à la Mauritanie, et menacerait l’Occident ? Il faut y regarder de plus près.

Boko Haram - et sa répression - ont mis à feu et à sang le bassin du lac Tchad.

Depuis son déclenchement, en 2009-2010, l’insurrection djihadiste a plongé le nord-est du Nigeria dans un cycle de violences qui aurait causé la mort de quelques 20 000 personnes et le déplacement de plus de 2 millions d’entre elles.

Par ailleurs, le conflit s’est étendu, depuis 2014, au Tchad et au Cameroun, ainsi qu’au Niger, dans une moindre mesure.

Une manifestation parmi d’autres du djihadisme, assimilable à l’insurrection de Daech au Moyen-Orient, conformément à la théorie " sécurocrate " de l’« arc de crise » qui embraserait le monde musulman de l’Afghanistan à la Mauritanie et menacerait l’Occident ?

Il faut y regarder de plus près. Et d’abord resituer Boko Haram dans son environnement géographique.

L’historicité du bassin du lac Tchad

Le bassin du lac Tchad fait référence à deux entités distinctes.

D’un point de vue géographique, le bassin hydrographique du lac Tchad englobe l’Algérie, la Libye, le Tchad, le Niger, le Nigeria, le Cameroun, la République centrafricaine.

D’un point de vue politique et administratif, le Bassin conventionnel du lac Tchad, géré par une structure permanente de concertation – la Commission du bassin du lac Tchad, CBLT – a été créé en 1964 par le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun, et élargi à la République centrafricaine en 1994.

Historiquement, la CBLT est en quelque sorte l’héritière des empires qui ont dominé la région, en particulier le Bornou et l’empire de Rabeh, et des empires coloniaux britannique, allemand et français qui se sont efforcés, au début du 20e siècle, d’organiser l’articulation commerciale de la zone aux ports de l’Atlantique qu’ils contrôlaient et qui devaient désormais l’approvisionner.

Pour autant, le bassin du lac Tchad n’a jamais cessé d’échanger, par le biais du négoce, de la religion et des migrations contraintes ou volontaires, avec le Sahara et le bassin du Nil.

Cela reste vrai aujourd’hui, tant sur le plan de la circulation des hommes que sur celle des marchandises.

Dans la période contemporaine, l’espace économique du bassin du lac Tchad s’est structuré, alternativement, autour de deux villes principales, d’origine coloniale, Fort-Lamy (Ndjamena), propulsée par son rôle de base arrière de la Deuxième DB, pendant la Seconde Guerre mondiale, et Maiduguri, qu’ont servie le dynamisme démographique du Nigeria et la qualité des infrastructures la reliant à l’Atlantique et faisant d’elle un " hub " irremplaçable pour l’approvisionnement du nord du Cameroun et du Tchad.

Mais la prééminence de ces deux métropoles doit composer avec l’influence de villes secondaires, comme Abéché, au Tchad, et Kousseri, à la frontière camerouno-tchadienne, dont le rôle s’est accru à partir des années 1990.

En outre, l’exploitation du pétrole au Tchad, à partir de 2003, a reconfiguré la région en développant de nouvelles infrastructures " off shore ", toute terriennes qu’elles soient, qui l’ont intégrée à un « archipel du système pétrolier », à un « Essoland » d’Afrique centrale, mais en isolant l’Extrême-Nord du Cameroun et en procurant au régime d’Idriss Deby des capacités financières et militaires inédites [1].

La combinatoire conflictuelle contemporaine du bassin du lac Tchad s’appuie sur trois dynamiques d’intégration.

La première d’entre elles, politique, renvoie :

- aux principautés, royaumes et empires de la région, qui formaient à son échelle un système d’Etats souverains dont les relations, d’alliance ou de conflit, demeurent très présentes dans la mémoire historique des habitants, y compris par l’intermédiaire des chaînes lignagères et dynastiques ;

- à la concertation entre les puissances coloniales, puis les Etats-nations qui leur ont succédé, au sujet de la gestion du lac et de ses pourtours, et à leur rivalité politique ou leurs contentieux territoriaux ;

- à une série de péripéties auxquelles ont été confrontés ces territoires, telles que la conquête coloniale au tournant du vingtième siècle, l’ouverture d’un front saharien pendant la Seconde Guerre mondiale, le rattachement au Nigeria, en 1961, du Northern Cameroons, dont l’administration avait été confiée à la Grande-Bretagne par la SDN, puis l’ONU ;

- àl’implication de la France, de la Libye et du Soudan dans les rébellions du Tchad.

La deuxième dynamique d’intégration régionale, religieuse, prend la forme de l’enseignement coranique itinérant des malamai et de leurs apprentis, les almajirai, en majorité kanuri, et, à partir des années 1980, de la prédication de missionnaires pakistanais de la " Jama’at al-tabligh " en provenance du Soudan.

La troisième est d’ordre commercial, licite, frauduleux ou illicite.

Mais, depuis les années 1970, l’intégration du bassin du lac Tchad s’effectue de plus en plus par l’exercice de la violence armée qu’a généralisé la succession des épisodes de guerre ou des rébellions au Tchad, avec leurs ramifications croissantes au Soudan et, plus récemment, en Centrafrique, au Nigeria, au Niger, au Mali, soit du simple fait de la circulation des armes à feu que ces événements ont engendrée, soit par le jeu croisé des mouvements armés, appuyés ou contrariés par les différents Etats de la région (ou impliqués dans les affaires de celle-ci), à l’instar du Tchad, dont l’interventionnisme s’étend de Bangui à Kidal, avec la bénédiction de la France.

Sur cette base s’est également généralisé le brigandage rural des « coupeurs de route », qui recrute parmi les jeunes contrebandiers ou bergers, les anciens soldats « déflatés » de l’armée tchadienne, les rebelles défaits, et qui bénéficie de la complicité d’une partie de la chefferie, de l’administration territoriale, de la classe politique et des marchands de chacun des Etats concernés.

Par ailleurs, la violence d’Etat, par le truchement de leurs forces armées ou, de plus en plus, de leurs milices supplétives, villageoises et urbaines, a été en partie mutualisée entre le Tchad, le Niger, le Cameroun et le Nigeria, sous la houlette de la France, depuis 2014, dans le cadre de la lutte contre le djihadisme saharien et sahélien.

Boko Haram est un avatar de cette combinatoire régionale, prise dans ses différents aspects.

Boko Haram, une affaire de foi ?

Les origines de Boko Haram remontent aux années 1990 et ont eu pour épicentre l’Université de Maiduguri, la ville étant un haut lieu du salafisme nord-nigérian, et notamment du mouvement " Izala ", fondé à Jos, en 1978.

Ses adeptes ne se reconnaissent pas dans cette dénomination.

Son appellation exacte est " Jama’atu Ahl al-Sunna li-l-Da’wa wa-l-jihad ", que l’on peut traduire par " Groupe pour la tradition prophétique, la prédication et le djihad ", le terme " Ahl al-Sunna " étant censé le placer dans l’orbite du canon salafiste des diplômés de l’Université islamique de Médine, les Ahlussunnah ; un canon avec lequel il va en fait rapidement rompre, comme nous le verrons.

Le mouvement a été successivement dirigé par Muhammad Yusuf (1970-2009), son fondateur, et par son lieutenant Abubakar Shekau (né entre 1968 et 1975), avant que le leadership de celui-ci ne soit contesté par l’un de ses responsables militaires et logistiques, le Camerounais Bana Blachera, en 2016, et par la scission de plusieurs de ses rameaux.

Sa date de naissance est généralement fixée à l’année 2002 et son degré de centralisation a toujours fait débat, même à l’époque de son fondateur charismatique, Muhammad Yusuf. Le fil rouge de sa sanglante épopée est une critique radicale de l’Etat nigérian et de ses institutions, y compris islamiques et éducatives.

La caractérisation religieuse de Boko Haram ne fait guère de doute.

Son vocabulaire est résolument islamique et il a fait allégeance, successivement, aux deux grandes affiliations djihadistes internationales, Al Qaida et, en 2015, Daech.

Ses modes opératoires (attentats, prise d’otages), son style de communication reprennent ceux de ces organisations.

Ses accointances avec AQMI sont plus ou moins avérées, ainsi que l’origine moyen-orientale ou libyenne d’une partie de ses armements ou de ses financements.

La messe, si l’on peut s’exprimer de la sorte en l’occurrence, serait ainsi dite : nous avons dans le champ de notre microscope un mouvement religieux de type ô combien violent.

Sauf que la majorité des victimes du conflit, depuis juillet 2009, ont été tuées par les forces gouvernementales et que le passage à la lutte armée de Boko Haram est postérieur à l’exécution extra-judiciaire et publique de son fondateur, Muhammad Yusuf, à l’occasion de la répression sauvage d’une action violente, le 26 juillet 2009, – l’attaque de commissariats de police à Maiduguri et à Bauchi pour se venger de la mort de plusieurs adeptes, tués par les forces de l’Operation " Flush ", théoriquement dirigée contre les « coupeurs de route », adeptes qui étaient de retour de funérailles et roulaient en moto… sans porter de casque –, une action violente dont l’origine n’est donc pas clairement religieuse, même si le défaut de casque fut apparemment justifié par les motards au nom de l’orthopraxie fondamentaliste, sans qu’il soit aisé de faire la part des choses entre la foi, la chaleur et le dénuement pour expliquer cette infraction dont l’incrimination a quelque chose d’assez surréaliste dans la jungle urbaine nigériane [2].

Sauf que les combats et les attentats imputés à Boko Haram ne concernent pour l’essentiel que les Etats fédérés du nord-est du pays, le Borno, le Yobe et le nord de l’Adamawa, l’Etat fédéré du Plateau, dans la " Middle Belt " et, de manière plus ponctuelle, mais spectaculaire, les villes de Kano, Kaduna et Abuja.

La majorité des Etats fédérés du nord sont restés à l’écart de la violence, tout comme les musulmans des Etats fédérés du sud-ouest et du sud-est, ce qui relativise d’autant plus l’importance du lien entre l’insurrection et l’islam que la majorité des croyants du nord-est ne se sont pas solidarisés avec celle-ci et que ses victimes, anonymes ou célèbres, sont pour la plupart d’entre elles musulmanes.

En bref, la catégorie générique de l’islam est de peu d’utilité pour comprendre la violence de Boko Haram et ses liens avec le djihadisme international sont seconds par rapport à sa capacité de mobilisation, qui a précédé de plusieurs années son affiliation à Al Qaida, puis Daech.

Il est vrai que Boko Haram s’inscrit dans la continuité d’une veine djihadiste et/ou mahdiste qui marque la région depuis la guerre sainte du Foulbé Usman dan Fodio, en 1804-1808, laquelle a renversé les royaumes " hausa " impies et les a englobés dans un nouveau califat, celui de Sokoto, quitte à coopter les grandes familles du cru dans sa hiérarchie politique et à gouverner par l’intermédiaire d’émirats et de lamidats ; un califat qui, néanmoins, n’est pas parvenu à annexer le sultanat du Bornou.

Le nord du Nigeria a donc connu à intervalles réguliers des soulèvements djihadistes ou mahdistes, dont le plus célèbre et le plus violent a été celui de Maitatsine, à Kano, en 1980.

Mais les choses ne s’éclaircissent pas pour autant. Car chacun, dans le nord du Nigeria, se réclame d’Usman dan Fodio :

- le Sardauna Ahmadu Bello (1910-1966), le " Cavour " ou le " Bismarck du Sokoto ", qui a procédé à la modernisation conservatrice de la société politique nord-nigériane et a fait de sa classe dominante le vecteur de la formation de l’Etat-nation, notamment en cooptant en son sein des élites chrétiennes de la " Middle Belt ", selon un schéma qui reste d’actualité et dont le général Buhari est en quelque sorte aujourd’hui le fondé de pouvoir ;

- le leader parlementaire populiste, lui-même d’origine noble, Aminu Kano ( 1920-1983), dont le parti, la NEPU (Northern Elements Progressive Union), entendait reprendre le combat de la figure tutélaire et se mettre au service de la masse des talakawa (roturiers, " gens de peu ") pour résister à l’injustice des sarakuna (aristocrates, " gens du haut ") et de leur establishment, et dont l’héritage social a pu être repris par certains salafistes, notamment à Kano [3] ;

- les salafistes eux-mêmes, qui n’hésitent pas à le comparer au hanbalite anti-soufi Ibn Abd al-Wahhab, alors qu’il appartenait à la Qadiriyya [4] ;

- et désormais Shekau, quitte à passer sous silence son inspiration spirituelle confrérique et à ne voir en lui que la figure idéalisée d’un âge d’or précolonial [5].

La montée en puissance du salafisme, depuis les années 1970, semble offrir une autre piste commode pour comprendre Boko Haram.

Son fondateur, Muhammad Yusuf, venait lui-même de cette mouvance. Mais force est de reconnaître qu’il s’est retourné contre elle après s’en être séparé, au point que le meurtre, en 2007, de la plus haute autorité salafiste nigériane, Ja’far Mahmud Adam, dont il avait été proche, lui a été imputé, tout comme l’assassinat de plusieurs autres prédicateurs salafistes sera ensuite attribué à Abubakar Shekau [6].

En outre, ni Yusuf ni Shekau n’ont suivi leurs études religieuses à l’Université islamique de Médine qui est considérée comme la pépinière du salafisme nord-nigérian, et plus largement sahélien, dans sa composante Ahlussunnah.

Shekau, d’ailleurs, ne cite jamais le théologien hanbalite Ibn Taymiyyah, au contraire des djihadistes d’Al Qaida ou de Daech.

Le rapport de Boko Haram au salafisme est réel, mais conflictuel et non exclusif d’autres sources d’inspiration.

En réalité, son insurrection est précisément dirigée contre l’establishment nord-nigérian dont participe le salafisme depuis le règne du Sardauna Ahmadu Bello, qui avait pour conseiller religieux le Grand Cadi de la région du Nord, Shaikh Abubakar Gumi (1924-1992), lié par la suite à la « mafia de Kaduna » - et notamment aux présidents Murtala, Shagari et Babangida - " proto-salafiste " bien que resté fidèle à l’école malékite, collaborateur de l’Université islamique de Médine, et l’un des inspirateurs du mouvement " Izala " fondé en 1978, à Jos, avec lequel il se brouillera néanmoins du fait de son engagement dans la vie politique [7].

Certes, le canon réformateur du salafisme rompt avec l’islam malékite et confrérique qui domine le champ religieux du nord du Nigeria depuis le djihad d’Usman dan Fodio, mais dans les faits il est demeuré associé à l’exercice du pouvoir d’Etat par le biais de l’instauration de la charia dans les Etats fédérés du nord, à partir de la fin des années 1990, même s’il a pu en déplorer l’application effective et les compromis entre son administration et les confréries honnies [8].

Les personnalités les plus en vue du courant salafiste ont mis en garde les autorités politiques contre le risque de soulèvement de Boko Haram et n’ont eu de cesse de le discréditer après leur rupture avec Muhammad Yusuf [9].

Inversement, Yusuf n’a repris à son compte qu’une partie très limitée du canon salafiste, tenant à distance le magistère de Muhammad Nasir al-Din al-Albani (1914-1999), l’une de ses principales références, et lui préférant les enseignements des djihadistes Abu Muhammad al-Maqdisi (né en 1959) et Juhayman al-Utaybi (circa 1935-1980), le leader de l’attaque contre la Grande Mosquée de La Mecque, en 1979.

Ce qui le rattache en effet à la démarche d’Al Qaida et de Daech – encore que le principal théoricien de ces organisations, Abu Mus ab al-Zarqawi (1966-2006), rompît avec al-Maqdisi, lequel faisait valoir la nécessité de la prédication préalablement au passage à la lutte armée : l’alter ego nigérian d’al-Zarqawi serait plutôt le successeur de Yusuf - Shekau - lequel a tendu à effacer le canon salafiste de son discours djihadiste, au point d’apparaître comme « post-salafiste » [10].

En bref, Boko Haram s’est situé aux marges du salafisme de 2002 à 2009, et s’en est éloigné depuis, au point de devenir un mouvement djihadiste millénariste dont l’ancrage à l’islam est jugé de plus en plus hasardeux.

Inversement, le salafisme nigérian ne demande ni le renversement de la classe dominante des sarakuna ni l’instauration d’un Etat islamique, dans un contexte régional où la quasi-absence des Frères musulmans – souvent qualifiés de « chiites », localement – le dispense d’avoir à se positionner par rapport à l’islam politique [11].

Sans doute Boko Haram est-il un produit dérivé du salafisme des diplômés nigérians de l’Université islamique de Médine, mais il s’en est très vite dissocié [12].

Plutôt qu’un rapport univoque à l’islam, ce mouvement de prédication, puis de lutte armée, illustre la fragmentation, la scissiparité du champ religieux nord-nigérian depuis les années 1970, tout en ayant contribué, in fine, à le reconfigurer et à le réunifier du fait de la menace qu’il représente aussi bien pour les salafistes que pour les confréries : " Izala " s’est rapproché de la " Qadiriyya " et ses deux tendances rivales, celles de Jos et de Kaduna, se sont réconciliées [13].

Il ne s’agit pas de nier la part des « logiques intrinsèques » (Max Weber) de la foi dans l’insurrection de Boko Haram. Néanmoins, leurs fondements islamiques sont de plus en plus confus et sommaires, ce qui amène certains analystes à considérer que le mouvement est devenu une secte dont le rapport à l’islam est désormais problématique.

Si foi il y a, elle serait désormais moins musulmane que mahdiste ou millénariste. Et, dans son versant djihadiste, elle emprunte au style culturel de communication de l’univers américain de la vidéo ou d’Internet, en le mâtinant de références à celui de " Nollywood ", ou plus précisément de " Kannywood " (par référence à Kano), notamment à la culture visuelle " hausa ", « dans laquelle gestuelle et exagération occupent une place importante »[14].

Une insurrection sociale et politique

Reste que le ressort spécifiquement religieux du soulèvement ne suffit pas à comprendre son déroulement précis.

Boko Haram procède à la fois :

1° ) d’une situation de domination de classe – celle des sarakuna sur la masse roturière, voire servile, des talakawa – se reproduisant dans la longue durée à travers le devenir historique des Etats du nord du Nigeria depuis le 18e siècle au moins, la concaténation de l’empire de Sokoto à l’Indirect Rule britannique, puis la constitution d’un Etat-nation nigérian au prix d’une épouvantable guerre civile, dans un contexte séculaire d’intégration croissante de la région à l’économie capitaliste mondiale [15] ;

2° ) et d’un moment historique plus circonscrit, qui voit, à partir des années 1970 :

- l’aubaine, puis les déconvenues de l’économie pétrolière, l’alternance de régimes militaires et de régimes " démocratiques ",

- l’accélération de l’urbanisation et de la croissance démographique,

- la mise en œuvre de " l’ajustement structurel ",

- l’irruption des pétrodollars des monarchies du Golfe dans le champ religieux,

- le magistère de l’Université islamique de Médine,

- la massification du Hadj,

- l’émergence d’un « islam de marché » d’inspiration économique néolibérale privilégiant des normes dument certifiées, comme celles de l’alimentation " hallal ", et faisant écho à la montée en puissance du fondamentalisme chrétien, dans le sud mais aussi dans la " Middle Belt " et dans les grandes villes du nord ; ces transformations s’inscrivant au demeurant dans un système international que bouleversent, successivement, la chute de l’Empire soviétique et le 11 Septembre.

Ainsi contextualisé, Boko Haram ne se définit pas que par rapport au champ religieux.

Dans les années 2000, le mouvement a été impliqué dans la vie politique légale, en fournissant au gouverneur du Borno, Ali Modu Sheriff, une force électorale, dans tous les sens du terme, lors du scrutin de 2003 et en étant plus ou moins directement associé à l’administration de la charia de l’Etat fédéré, jusqu’à la réélection de celui-ci, en 2007, année à partir de laquelle les relations entre Ali Modu Sheriff et Muhammad Yusuf se dégradèrent, et les adeptes du mouvement furent de plus en plus réprimés par l’Operation " Flush ".

Le divorce entre Yusuf, d’une part, et, de l’autre, le gouverneur du Borno, mais aussi les Ahlussunah, conduisit aux tragiques événements de juillet 2009 et au déclenchement du soulèvement, l’année suivante.

Au-delà du seul Borno, le rétablissement de la démocratie et le retour des élections compétitives ont favorisé le clientélisme religieux et la mobilisation de " gros bras " pour le contrôle des scrutins, selon une logique qui n’est pas sans évoquer l’évolution du parlementarisme en Inde et qui n’est pas propre à la croyance, même si Boko Haram semble bien avoir fourni à Ali Modu Sheriff son lot de vigilantes [16].

Dans le sud-est du Nigeria, les vigilantes dénommés " Bakassi Boys ", qui n’entretiennent qu’un commerce lointain avec Dieu, ont de la même façon prospéré grâce à la réhabilitation des urnes, et leur violence criminelle se met au service de la solidarité ethnique plutôt que religieuse : en 2000, ils ont répondu au massacre de quelque quatre cents Igbo à Kaduna, lors d’émeutes liées à la revendication de la charia, par l’exécution de quatre cents résidents " hausa " dans des villes du sud-est, au nom de la vengeance ethnique et non de la foi.

Ceux-ci furent liquidés en tant qu’ " Hausa ", non comme musulmans [17].

C’est parce que le contrôle du pouvoir politique est la clef de celui des ressources économiques que la violence s’enclenche, une violence dont la dimension religieuse n’est que seconde, bien que spécifique.

Nous ne pouvons donc pas non plus délaisser l’économie politique de Boko Haram.

Dans la " Middle Belt ", et notamment dans l’Etat fédéré du Plateau, le mouvement s’est greffé sur le conflit foncier entre les « colons » (settlers) musulmans, " hausa " ou " fulani " pour la plupart d’entre eux, et les autochtones chrétiens ou « traditionalistes », qui s’est exacerbé depuis les années 1990, et/ou entre les éleveurs et les agriculteurs, dans un contexte de forte pression démographique et agraire.

La question de la terre n’est pas séparable de l’héritage historique du djihad d’Usman dan Fodio, sur fond de traite esclavagiste, et de la poursuite - plus pacifique - de cette expansion dans le cadre de " l’Indirect Rule ", puis de la " Northernization " voulue par le Sardauna Ahmadu Bello.

Depuis la colonisation, la conversion au christianisme a été un moyen de résister à cette pression " hausa " et " fulani " pour les autochtones de la " Middle Belt " qui avaient endigué le djihad, mais se sont vus englobés par le Nord après l’arrivée des Britanniques.

L’énonciation religieuse du territoire, sous couvert de revendication de la charia ou, au contraire, de refus de cette dernière, est ainsi devenue l’une des dimensions du débat public et de la lutte foncière ou agraire.

Jos, à l’instar de nombreuses villes du Nord, est désormais divisée en zones " résidentielles " dont la dénomination ne peut tromper sur l’appartenance de leurs habitants : " Jesus Zone ", " New Jerusalem ", " Promised Land ", " Jihad Zone ", " Saudi Arabia ", " Seat of (bin) Laden ".

La tournure violente, voire paramilitaire, de la compétition pour le contrôle de la terre a précédé l’implantation de Boko Haram de plusieurs années [18].

Le cas du Plateau est sans doute très spécifique, du fait de cette tension entre autochtones et allogènes sur fond de mémoire traumatique du djihad.

Néanmoins, l’épicentre de Boko Haram, Maiduguri, se signale également par une forte pression foncière qu’a encore intensifiée l’afflux des personnes déplacées : de ce point de vue, la capitale du Borno serait la troisième ville la plus chère de la Fédération, après Abuja et Lagos.

En tout cas, la récupération du foncier octroyé aux missions et aux Eglises chrétiennes figure parmi les revendications de Boko Haram.

Le contrôle des terres fertiles que libère le reflux des eaux du lac Tchad est un autre enjeu de taille qui a donné lieu à une tension militaire entre le Nigeria et le Cameroun et dont ne peuvent se désintéresser ni Boko Haram ni les commerçants de Maiduguri, lesquels investissent dans ces zones inondables [19].

Et le débordement du mouvement armé de l’autre côté de la frontière avec le Cameroun n’est probablement pas sans lien avec la précarisation des baux qu’y provoquent la sècheresse, la pression démographique et l’appétit de la chefferie [20].

La carte des attentats et des combats indique leur concentration sur la frontière avec le Cameroun, le Tchad et, dans une moindre mesure, le Niger.

En particulier, les villes transfrontalières ont été visées au premier chef. Le mouvement lui-même est transnational. Les familles de Yusuf et Shekau seraient d’origine nigérienne et Bana Blachera, qui prétend succéder à Shekau, est un Camerounais de Maroua, tout comme l’était d’ailleurs Maitatsine de son vrai nom, Mohamed Marwa, responsable du grand soulèvement millénariste de Kano, en 1980.

La secte recrute de part et d’autre de la frontière, et au-delà de la seule diaspora " kanuri ", d’origine bornouane, qui a essaimé dans le bassin du lac Tchad au gré des échanges commerciaux et de l’éducation islamique itinérante des élèves coraniques (almajirai, mahadjir) [21].

Il devient alors difficile de ne pas établir un lien entre Boko Haram et l’intense commerce transfrontalier qui s’est développé, ces dernières décennies, entre le Tchad, le Cameroun et le nord du Nigeria, à l’initiative des grands commerçants arabes, " hausa " ou " kanuri " et des « douaniers combattants », généralement « déflatés » de l’armée tchadienne ou des rébellions successives qui ont ravagé ce pays depuis les années 1960, et/ou des « coupeurs de route » [22].

En partie façonné par le différentiel des taux de change entre le naira et le franc " cfa ", ce commerce porte sur les biens de consommation importés, les aliments, les médicaments contrefaits ou non (et notamment le Tramol, un anti-inflammatoire hallucinogène), les talismans confectionnés par les anciens élèves coraniques (almajirai, mahadjir), le bétail, les carburants, les armes, mais aussi sur les productions du lac Tchad, en particulier le natron et le poisson.

Dans cette hypothèse, l’usage partagé de la moto chinoise, avec sa selle allongée qui permet d’accueillir plusieurs passagers, tantôt comme véhicule de commerce ou de transport urbain et rural, tantôt comme véhicule d’attaque au service des « coupeurs de route » ou des djihadistes, serait plus qu’un hasard ou que le fruit de la nécessité locale de se déplacer en deux roues, faute de moyens financiers ou de voies carrossables [23].

Le don d’une moto est, d’ailleurs, un moyen de recruter des combattants, au même titre que la distribution d’argent.

On sait que l’assimilation de Boko Haram aux " Kanuri " – fréquente au Cameroun – est polémique et erronée.

Les " Mandara ", qui se sont convertis à l’islam sous l’influence des Arabes " Choa " et sont tournés vers les centres religieux du Soudan oriental, au contraire des " Foulbé " de l’empire de Sokoto [24], semblent également nombreux dans ses rangs.

Leurs monts et leurs contreforts, les Gwoza Hills, lui ont servi de sanctuaire et l’intensité des violences dans le Mayo-Sava, autour des villes de Mora, Kolofata et Amchidé, est troublante.

Mais toute caractérisation ethnique, voire religieuse, de la secte serait réductrice et trompeuse. Celle-ci enrôle même des chrétiens.

Elle semble surtout être portée par l’extrême pauvreté et la mobilité transrégionale qui pourrait s’étendre, selon certains observateurs, à la Centrafrique, à la faveur de la crise politique qui la déchire même si rien, pour l’instant, ne permet de l’identifier, d’une manière ou d’une autre, à la " Séléka ".

Boko Haram est une excroissance de l’itinérance : celle des bergers " mbororo ", des marchands, des contrebandiers dits « cascadeurs », des prédicateurs, des élèves coraniques (almajirai, mahadjir) et de leurs maîtres, des combattants, des démobilisés, des réfugiés et déplacés, des migrants intérieurs et transnationaux, de toutes ces « populations flottantes » qui déjà inquiétaient les autorités coloniales.

Son épicentre n’a lui-même pas cessé de se déplacer entre les Etats fédérés nigérians du Borno et de Yobe.

Depuis que le mouvement est passé à la lutte armée, en 2010, il semble être un avatar moins du salafisme nord-nigérian avec lequel, nous l’avons dit, il a rompu, que de l’économie morale et politique du banditisme, de la contrebande et de la rébellion qui caractérise le bassin du lac Tchad et qui a banalisé la possession et l’usage des armes à feu [25].

Il met en forme djihadiste une « constellation d’intérêts » [26] :

- le particularisme du Bornou, invaincu par Usman dan Fodio, lors du djihad de 1804, mais absorbé, dans les années 1950-1960, par la politique de " Northernization " d’Ahmadu Bello, à l’encontre de la domination de Sokoto ; le mal-être du nord du Cameroun laissé en déshérence par la présidence de Paul Biya [27] ;

- le déclassement de Maroua, à l’écart de l’axe routier Ndjamena-Kousseri-Maiduguri et des nouvelles installations pétrolières ;

- l’affirmation de la dignité sociale, la stratégie de survie - fût-ce par la mort - et l’accès aux femmes, sans versement des compensations matrimoniales de rigueur, voire à une forme de salariat, par l’octroi d’une solde de quelques centaines de dollars, des jeunes " talakawa " sous-scolarisés ou mahadjir, d’origine modeste ou servile, ce qui n’exclut pas, sociologiquement, que des " bien-nés " puissent le rejoindre individuellement ;

- paradoxalement, sans doute une forme d’engagement des femmes dans la vie politique que révèlent leurs attentats-suicides – 170 depuis 2014 –, mais qui ne s’y réduit pas ;

- le contrôle des routes commerciales, des pacages, des ressources du lac Tchad, des zones de braconnage ;

- la mise à distance d’un Etat postcolonial inique, prédateur et oppresseur ;

- le renversement de la chefferie qui lui sert de relai à l’échelle locale et surexploite la paysannerie à la pointe du fouet et des armes, s’il le faut en s’accaparant la terre.

En définitive, Boko Haram est l’expression contemporaine d’un système économique régional séculaire qui s’est structuré entre Fort-Lamy (Ndjamena), Kousseri et Maiduguri, sur les ruines de l’économie saharienne et esclavagiste de la fin du 19e siècle, grâce aux « gains marginaux » [28] qu’ont engendrés les frontières étatiques, le marché cambiaire à l’interface du " naira " et du franc " cfa ", le développement des routes et du chemin de fer, les disjonctions entre les cycles économiques du Nigeria et ceux de ses voisins, les cours changeants du pétrole qui affectent les deux producteurs du bassin - le Nigeria et le Tchad - et, enfin, les conflits armés, de l’aventure de la 2e D.B., pendant la Seconde Guerre mondiale, à partir de Fort-Lamy, aux rébellions postcoloniales tchadiennes, en passant par la guerre du Biafra [29].

La secte met en termes religieux une insurrection sociale et politique contre l’iniquité de ce système et de la classe dominante qui en tire profit et ouvre des opportunités à ceux qui en sont les subalternes et les victimes.

Un mouvement armé d’orientation religieuse, parmi beaucoup d’autres

Derechef, les apparences ne doivent pas tromper. Les rêves de califat dont Boko Haram semble porteur ont peu de chances de se réaliser.

Son insurrection a plutôt renforcé les capacités militaires et répressives des Etats, ainsi que leur coopération sécuritaire, quitte à accentuer leur asymétrie régionale et ethnoconfessionnelle, comme au Cameroun.

En outre, la violence armée, d’ordre politique ou privé, subvertit moins l’Etat qu’il ne redéfinit la citoyenneté et ses obligations fiscales, ainsi que l’a démontré Janet Roitman [30].

En définitive, Boko Haram est un mouvement armé d’orientation religieuse qui porte différentes causes sociales ou politiques, qui a ses équivalents musulmans dans la région – les organisations djihadistes du Mali, la " Séléka " en Centrafrique – mais aussi des répliques d’origine chrétienne.

De ce point de vue, l’ " Armée de résistance du Seigneur ", en Ouganda, paraît être sa sœur jumelle.

Le mouvement de Joseph Kony est un avatar des " Holy Spirit Mobile Forces " d’Alice Auma, dite " Lakwena ", du nom de l’esprit dont elle était le medium et qui lui avait commandé son combat, un peu comme Boko Haram s’est décomposé en deux " moments ", celui de Yusuf et celui de Shekau.

Sa violence entend lui aussi purger la société de ses maux, selon une veine millénariste récurrente en Ouganda et dans les pays avoisinants ;

- repose sur le demi savoir-faire d’un « lumpen militariat » né de décennies de répression, de rébellions et de démobilisation sauvage ;

- rejette un Etat bureaucratique dont les inconvénients l’ont toujours emporté sur les prestations depuis l’époque coloniale ;

- prospère dans un contexte de " dé-institutionnalisation " politique ;

- répond à la persécution dont a fait l’objet " l’Acholiland " de la part des autorités de Kampala depuis la chute du président Milton Obote, en 1971, sans pour autant s’enfermer dans un périmètre ethnique puisqu’elle peut frapper des " Acholi " et rallier des " non Acholi ", même si la connotation " acholi " de " l’Armée de résistance du Seigneur " est plus nette, au moins pendant ses années ougandaises, que celle du " Holy Spirit Movement " d’Alice Lakwena ;

- traduit l’inquiétude agraire d’une région dépeuplée, laissée en pâture aux intérêts agroindustriels du sud et frappée de plein fouet par " l’ajustement structurel " ;

- exprime le désespoir qu’engendre la quasi-disparition du cheptel, source de richesse et de dignité, et volé par les forces gouvernementales, en 1987-1988, à hauteur de 24 millions de dollars ;

- et, pour ce faire, bénéficie du bas prix de l’ " AK 47 " (environ 12 $ en 2004) du fait de sa prolifération dans les conflits voisins de la RDC et du Soudan [31].

La violence de " l’Armée de résistance du Seigneur " se réclame de Dieu et du monde des esprits, sous la houlette d’un prophète et " spirit medium " et elle a une dimension initiatique et purificatrice.

Elle effectue une synthèse millénariste entre la Bible et la cosmologie " acholi ".

" L’Armée de résistance du Seigneur " est également un mouvement armé itinérant, dont le champ d’action s’est déplacé du nord de l’Ouganda au sud du Soudan et, actuellement, à l’est de la RCA et de la RDC.

La défense d’un territoire importe moins que celle d’une cause mystique, la rédemption de la société à travers l’expérience initiatique de la violence et sa stratégie est celle du " hit and run ". Mais cette cause mystique est politique, car elle entend fonder une " nouvelle cité ", à l’initiative d’une élite spirituelle, et en contrôlant par la terreur la population.

En outre, le « déplacement à l’intérieur du conflit régional » [32] de " l’Armée de résistance du Seigneur ", voire la « transnationalisation » de son recrutement, de part et d’autre des frontières de l’Ouganda, du Sud-Soudan, de la RDC et de la RCA, l’articule progressivement à une autre chaîne de guerres allant du Borno au Darfour et à la RCA et dont Boko Haram est l’un des protagonistes [33].

Ce dernier mouvement est généralement associé et comparé à AQMI, à Al Qaida et à Daech. Peut-être serait-il plus judicieux, sociologiquement, de le jauger à l’aune de " l’Armée de résistance du Seigneur ", sinon de la " Séléka ", en dépit des évidentes différences d’orientation religieuse entre les uns et les autres.

Dans toute l’Afrique subsaharienne, de tels mouvements armés d’orientation religieuse ont défrayé la chronique depuis plusieurs siècles et la colonisation, qui s’y frotta, s’y piqua souvent.

C’est bel et bien l’historicité propre du continent qui doit être comprise pour ce qu’elle est, au lieu d’être réduite aux moulins du djihadisme international.

Cela vaut pour le bassin du lac Tchad, mais aussi bien pour le Sahel occidental et ses confins sahariens que viennent d’endeuiller de nouveaux attentats.

Jean-François Bayart

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Notes :

[1] Simon Tulipe, « Le bassin tchadien à l’épreuve de l’or noir. Réflexions sur la ‘nouvelle donne pétro-politique’ en Afrique centrale », Politique africaine, 94, juin 2004, pp. 59-81.

[2] Il est vrai que, dès 2003, des adeptes de Boko Haram se rendirent coupables de violences à Kannama, dans l’Etat de Yobe, contraignant Muhammad Yusuf à s’exiler temporairement en Arabie saoudite.

Mais la responsabilité de celui-ci dans les affrontements n’est pas évidente (Alexander Thurston, " Salafism in Nigeria. Islam, Preaching, and Politics ", Cambridge, Cambridge University Press, 2016, p. 201.)

[3] John N. Paden, " Ahmadu Bello, Sardauna of Sokoto. Values and Leadership in Nigeria ", Londres, Hodder and Stoughton, 1986, notamment pp. 378 et suiv. pour la réinterprétation radicale de l’héritage d’Usman dan Fodio par Aminu Kano.

[4] Alexander Thurston, " Salafism in Nigeria ", op. cit., pp. 80 et 85.

[5] Ibid, p. 217

[6] Ibid, p. 194 et p. 222.

[7] Ibid, pp. 81 et suiv.

[8] Murray Last, « The Shari’a in context : people’s quest for justice today and the role of courts in pre- and early-colonial northern Nigeria », International Conference on Muslim Family Law in Sub-Saharan Africa, University of Cape Town, mars 2002, multigr. et « The search for security in Muslim Northern Nigeria », Africa, 78 (1), 2008, pp. 41-63 ; Alex Thurston, « Muslim politics and shari’a in Kano state, Northern Nigeria », African Affairs, 114 (454), janvier 2015, pp. 28-51.

[9] Alexander Thurston, " Salafism in Nigeria ", op. cit., p. 231.

[10] Ibid, pp. 209-214 et 214-218.

[11] Ibid, p. 151 et pp. 171-172.

[12] Ibid, p. 196.

[13] Ibid, p. 231.

[14] Elodie Apard, « Boko Haram, le jihad en vidéo », Politique africaine, 138, juin 2015, p. 156.

[15] Paul M. Lubeck, " Islam and Urban Labor in Northern Nigeria. The Making of a Muslim Working Class ", Cambridge, Cambridge University Press, 1986 ; Jean-François Bayart, " L’Etat en Afrique. La politique du ventre ", Paris, Fayard, 1989 (2006), notamment le chapitre 4.

[16] Sur ce plan, Boko Haram n’est pas sans similarité avec le prophétisme néo-traditionnel de Mungiki, au Kenya.

[17] Murray Last, « Muslims and Christians in Nigeria : an economy of political panic  », The Round Table, 96 (392), octobre 2007, p. 607.

[18] Johannes Harnischfeger, « Sharia and control over territory : conflicts between ‘settlers  » and « " indigenes " in Nigeria », African Affairs, 103 (412), juillet 2004, pp. 431-452. Voir aussi Murray Last, « Muslims and Christians in Nigeria : an economy of political panic », art. cité, pp. 608 et suiv.

[19] Halirou Abdouraman, « Le conflit frontalier Cameroun-Nigeria dans le lac Tchad : les enjeux de l’île de Darak, disputée et partagée », Cultures et conflits , 72, 2008 (4), pp. 57-76.

[20] A l’autre bout du continent, Al-Shabaab confirme la capacité des djihadistes à prendre en charge la revendication foncière, dans leur cas celle des autochtones musulmans du littoral à l’encontre des settlers chrétiens, notamment dans le cadre de l’aménagement portuaire de Lamu (David M. Anderson, Jacob McKnight, « Kenya at war : Al-Shabaab and its enemies in Eastern Africa », African Affairs, 114 (454), janvier 2015, pp. 1-27.)

[21] Saïbou Issa, " Les Musulmans, l’école et l’Etat dans le bassin du lac Tchad ", Paris, L’Harmattan, 2016 ; Hannah Hoechner, « " Nous voulons les professeurs de hadiths ! " Almajirai, éducation islamique " moderne " et exclusion dans le nord du Nigeria », Afrique contemporaine, 257, 2016, pp. 91-104.

[22] Janet Roitman, " Fiscal Disobedience : An Anthropology of Economic Regulation in Central Africa ", Princeton, Princeton University Press, 2004 ; Saïbou Issa, " Les Coupeurs de route. Histoire du banditisme rural et transfrontalier : le bassin du lac Tchad ", Paris, Karthala, 2010 et " Ethnicité, frontières et stabilité aux confins du Cameroun, du Nigeria et du Tchad ", Paris, L’Harmattan, 2012.

[23] Christian Seignobos, « Boko Haram : innovations guerrières depuis les monts Mandara : cosaquerie motorisée et islamisation forcée », Afrique contemporaine, 252, 2014, pp. 149-169.

[24] Jean Boutrais et al., " Le Nord du Cameroun. Des hommes, une région ", Paris, ORSTOM, 1984, pp. 246 et suiv.

[25] Christian Seignobos, « Boko Haram : innovations guerrières depuis les monts Mandara : cosaquerie motorisée et islamisation forcée », art. cité

[26] Max Weber, " Concepts fondamentaux de sociologie ". Textes choisis, traduits de l’allemand et introduits par Jean-Pierre Grossein, Paris, Gallimard, 2016.

[27] Marie-Emmanuelle Pommerolle, « Les violences dans l’Extrême-Nord du Cameroun : le complot comme outil d’interprétation et de luttes politiques », Politique africaine, 138, juin 2015, pp. 163-177.

[28] Jane I. Guyer, " Marginal Gains. Monetary Transactions in Atlantic Africa ", Chicago, the University of Chicago Press, 2004.

[29] Dominique Harre, John O. Igué, Claude Arditi, " Les Echanges marchands entre le Tchad, le Nord-Nigeria et le Nord-Cameroun ", Montpellier, Cotonou, Paris, INRA, UNB, IRAM, 1990, multigr. ; Claude Arditi, « Le Tchad et le monde arabe : essai d’analyse des relations commerciales de la période précoloniale à aujourd’hui », Afrique contemporaine, 207, 2003, pp. 185-198 ; « Autour du lac Tchad : intégrations et désintégrations », Politique africaine, 94, juin 2004, pp. 7-104 ; Karine Bennafla, " Le Commerce transfrontalier en Afrique centrale : acteurs, espaces, pratiques ", Paris, Karthala, 2002 ; Janet Roitman, " Fiscal Disobedience ", op. cit..

[30] Janet Roitman, " Fiscal Disobedience ", op. cit.

[31] Frank van Acker, « Uganda and the Lord’s Resistance Army : the new order no one ordered », African Affairs, 103 (412), juillet 2004, pp. 335-357 ; Sandrine Perrot, « Les sources de l’incompréhension. Production et circulation des savoirs de la Lord’s Resistance Army », Politique africaine, 112, décembre 2008, pp. 140-159 ; Heike Behrend, " Alice Lakwena and the Holy Spirits ", Oxford, James Currey, 1999.

[32] Sandrine Perrot, « Les sources de l’incompréhension », art. cité, p. 158. Gérard Prunier donne une synthèse de l’enclenchement de ce « conflit régional » in « Rebel movements and proxy warfare : Uganda, Sudan and the Congo (1986-99) », African Affairs, 103 (412), juillet 2004, pp. 359-383 ; pour une période plus récente, voir Kristof Titeca, Theophile Costeur, « An LRA for everyone : how different actors frame the Lord’s Resistance Army », ibid, 114 (454), janvier 2015, pp. 92-114.

[33] Voir Roland Marchal, « Tchad/Darfour : vers un système de conflits », Politique africaine, 102, juin 2006, pp. 135-154 ; Emmanuel Chauvin, Christian Seignobos, « L’imbroglio centrafricain. Etat, rebelles et bandits », art. cité.