De la " parenthèse libérale " aux masques contre le " Covid ", ces dix fables qu’on nous a racontées... et qui ont ruiné la confiance

, par  DMigneau , popularité : 0%

De la " parenthèse libérale " aux masques contre le " Covid ", ces dix fables qu’on nous a racontées... et qui ont ruiné la confiance

Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy. AFP

Les vertus de la mondialisation, " l’Europe des peuples ", l’aubaine de la mobilité… À force d’intimidations serinées par les “ sachants ” pendant quarante ans, les Français y ont cru et ont joué le jeu des réformes. Après les crises économique, européenne et surtout sanitaire… c’est terminé.

1983 : LA " PARENTHÈSE LIBÉRALE "

Vouloir " changer la vie " et puis y renoncer vingt mois plus tard.

François Mitterrand et les " socialistes " au pouvoir n’en mènent pas large quand ils prennent le " tournant de la rigueur ". Et pour cause, la réduction des dépenses publiques, le blocage des salaires ou la hausse des taux d’intérêt vont à rebours du programme claironné pendant la campagne.

Mais Lionel Jospin, le premier secrétaire du PS, tient sa formule pour faire " passer la pilule "... ou la forfaiture : « l’exécutif » ouvre une " parenthèse libérale ".

Les Français et même les militants du PS y croient : pas de panique, cette " digression politique " ne va pas durer, le temps de convertir les pays voisins à " l’Europe sociale ".

Tout le monde connaît la suite…

Dans son dernier livre, " Un temps troublé ", le même Jospin s’en explique d’ailleurs sans détour : " Cette évocation de la parenthèse était une façon […] d’accepter et de faire accepter le changement. " Cette rhétorique infantilisante pouvait marcher à l’époque mais aujourd’hui, après le « Pacte de stabilité et de croissance européen » ou les décrets de privatisation signés par un certain Jospin, il en va autrement.

1992 : L’EUROPE RÊVÉE DE MAASTRICHT

À relire les promesses de " paradis terrestre " formulées lors de la campagne référendaire sur le « Traité de Maastricht », une question vient à l’esprit : pourquoi 12,6 millions de Français (48,96 % des votants) votèrent « contre » ?

Ne devaient-ils pas un peu souffrir de déviance masochiste ?

Sûrement.

Huit jours avant le vote, la " socialiste " Martine Aubry lance à Béthune : " L’Europe, ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusion. "

La même semaine, le Dr Bernard Kouchner ne s’embarrasse même pas de considérations sociales, trop prosaïques pour lui : " Avec Maastricht, on rira beaucoup plus. "

Pour les amateurs " d’humour noir ", il peut effectivement exister un comique des 3 %, un burlesque du drame grec ou de l’effondrement espagnol et il faut une bonne dose de " facétie fiscale " à l’Irlande ou au Luxembourg pour afficher des taux d’imposition sur les bénéfices ou sur le capital aussi saugrenus.

De quoi prendre avec circonspection les engagements " politico-économiques " les plus péremptoires. D’ailleurs, selon un sondage réalisé par l’Ifop et publié en 2019 dans le " Journal du dimanche ", 52 % des Français, aujourd’hui, voteraient " non " au « Traité de Maastricht ».

1997 : " VIVE LA MONDIALISATION ! "

Même en 1997, il fallait oser chanter les louanges de la " mondialisation " aux couleurs de la Finance. C’est ce que fit sans hésiter Alain Minc, conseiller des puissants de " toutes écuries ", en publiant cette même année un livre au titre évocateur : la " Mondialisation heureuse ".

Il y expliquait que le capitalisme était une voie royale menant vers l’opulence pour tous dès lors que l’on acceptait la déréglementation généralisée, le " libre-échangisme " sans borne, la " flexibilité " à outrance, le règne de la privatisation, le recul de l’État et la mise en berne des différentes formes de protection sociale.

Dix ans plus tard, la déroute financière balayait ces préceptes éculés, ce qui n’empêchait pas Alain Minc de poursuivre son travail de sape idéologique, lequel lui permettra de frapper à toutes les portes politiques : un jour " balladurien ", un autre " sarkozyste ", avant de terminer " macroniste " bon teint, sans jamais avoir porté le moindre regard critique sur des assertions emportées par les grands vents de la crise.

Les " vertus " de la " mondialisation ", " l’Europe des peuples ", l’aubaine de la mobilité

À force d’intimidations serinées par les “ sachants ” pendant quarante ans, les Français y ont cru et ont " joué le jeu " des réformes.

Après les crises économique, européenne et surtout sanitaire… c’est terminé.

2000 : PLACE À LA SOCIÉTÉ DE LA CONNAISSANCE !

Tous ingénieurs ! La stratégie dite " de Lisbonne ", élaborée par le « Conseil européen », en faisait son mot d’ordre. Avec cet objectif, aujourd’hui risible : faire de l’Europe, à l’horizon 2010, " l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ".

Les " nouvelles technologies " faisaient leur apparition et charriaient avec elles un profond mépris pour le travail manuel, l’esprit de l’atelier, le " bleu de chauffe " et les copeaux de fer.

Non, à l’ère " post-industrielle ", la France et ses partenaires devaient se concentrer sur la " haute technologie " et confier aux pays " émergents " les basses besognes productives.

" Économistes ", " experts " et médias relayèrent ardemment ce Yalta des tâches industrielles. Un patron, en l’occurrence celui d’ " Alcatel ", Serge Tchuruk, rêvait même d’une " entreprise sans usine ". Sans y croire totalement, les Français jouèrent le jeu de la mobilité, de la productivité, de la formation professionnelle, de l’obtention des diplômes.

Mais seuls quelques-uns accèdent à la " classe cognitive ", à peine 20 % des salariés selon l’économiste Robert Reich, « secrétaire au Travail » dans l’administration Clinton.

Et les autres ?

Ils n’y croient plus.

2007 : " L’EUROPE SANS LES PEUPLES AU NOM DU BIEN "

En 2005, le peuple français, consulté par référendum, avait dit « non » au « Traité constitutionnel européen » (TCE) qui poussait les feux de " l’intégration " et dessaisissait un peu plus les nations de leurs prérogatives.

Deux ans plus tard, en 2007, le TCE, sorti par la " grande porte " de la démocratie, revenait par la " petite fenêtre " du « Traité de Lisbonne », copie conforme adoptée dans la capitale portugaise par le « Conseil européen ».

Nicolas Sarkozy, président de la République, expliquait alors qu’il s’agissait d’un " traité simplifié, limité aux questions institutionnelles ". En vertu de quoi il excluait de le soumettre à l’avis du peuple par voie référendaire, afin de ne pas connaître la même déconvenue qu’en 2005.

Pourtant, les deux textes empruntaient à la même philosophie, comme l’a reconnu l’ex-président Giscard d’Estaing en écrivant dans " le Monde ", en 2007 : « Dans le " Traité de Lisbonne ", rédigé exclusivement à partir du projet de traité constitutionnel, les outils sont exactement les mêmes. Seul l’ordre a été changé dans la " boîte à outils ". La " boîte ", elle-même, a été " redécorée ", en utilisant un modèle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l’on cherche. »

" Redécoré " ou pas, un déni de démocratie reste un déni de démocratie.

2009 : " LES PARADIS FISCAUX, C’EST TERMINÉ "

Depuis New York et à la veille d’un « G20 » prometteur à Pittsburgh en septembre 2009, Nicolas Sarkozy lâche sa sentence avec cet accent " messianique " si propre aux présidents français : " Les paradis fiscaux, la fraude bancaire, c’est terminé. "

Sonnés par la crise des " subprimes " et la faillite de " Lehman Brothers ", la plupart des commentateurs y croient. À écouter la " Sarkozie ", les " holdings de papier " allaient trembler d’effroi, les filiales " offshore " frissonner, les verrous du « Secret bancaire » bientôt lâcher et les pays aux percepteurs " trop coulants " muscler enfin leur code des impôts.

Aujourd’hui, dix ans et des poussières plus tard, que reste-t-il de cette déclaration ?

Selon les pointages de l’ONG " Tax Justice Network ", la fraude fiscale coûterait 350 milliards d’euros par an à l’échelle mondiale. Seuls 13 pays figurent dans la " liste noire " des " paradis fiscaux " dressée par la France : le sultanat d’Oman, les Seychelles ou le Vanuatu…

Des " confettis " de sable blanc.

Et la Suisse ?

Elle n’apparaît même plus sur la " liste grise " (pays " sous surveillance ") de « l’Union européenne ». Certes, le secret bancaire helvétique a " du plomb dans l’aile ", mais davantage grâce aux coups de pression du président américain Obama qu’aux rodomontades de Nicolas Sarkozy.

Mais pourquoi passent entre les larges " mailles du filet réglementaire " le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas ou l’Irlande, " quarté " de pays européens pourtant cités dans les scandales " LuxLeaks " et " Paradise Papers " ?

Une question à poser à l’ancien « Premier ministre » luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, président de « l’Eurogroupe » puis de la « Commission européenne » pendant 15 ans.

2016 : " MAIS NON, LE NIVEAU SCOLAIRE NE BAISSE PAS "

Les classements internationaux le confirment malheureusement au fil de leur publication mais, NON, le niveau des jeunes français en lecture comme en mathématique ne baisse pas.

En juin 2016, alors Ministre de l’Éducation Nationale, Najat Vallaud-Belkacem pour discréditer la thèse du " déclassement scolaire ", lit ironiquement l’énoncé très hermétique d’un exercice de mathématiques pour l’épreuve du bac.

Comprendre : avec tant d’asymptotes, d’équations et de polynômes contenus dans le problème, le niveau ne peut pas s’effondrer.

L’enquête " Trends in International Mathematics and Science Study " (Timms) vient pourtant de placer, dans cette discipline, la France comme le " pire élève " de « l’Europe ».

Pourquoi une telle cécité ?

Regarder la cruelle réalité en face reviendrait à abjurer les méthodes dites " pédagogistes " appliquées avec entêtement depuis une trentaine d’années en France : mettre l’élève " au centre de la classe " et en faire " l’acteur de son propre apprentissage ", au mépris du savoir et de la transmission incarnés par le maître.

Tenus à l’écart de ces " batailles éducatives ", la plupart des parents voient de toute évidence décliner le niveau orthographique et rédactionnel de leur progéniture.

Pas de quoi favoriser la confiance en l’école.

2017 : " RÉFORMES : IL FAUT EXPLIQUER AUX FRANÇAIS "

Peu de temps après son élection, en 2017, Emmanuel Macron abordait ce que l’on pourrait appeler son " virage pédagogique ". Dans une interview au " Point ", il affirmait, à propos de la France et de ses " Gaulois réfractaires " : " C’est un pays qui n’accepte les changements que lorsqu’on lui explique les yeux dans les yeux ce que l’on veut faire ".

C’était le début d’une antienne consistant à affirmer que si une réforme est contestée, ce n’est pas parce qu’elle est mauvaise mais parce qu’elle est incomprise. Il faut donc mieux s’expliquer afin que les citoyens – immatures par naissance et idiots par atavisme – finissent, sinon par comprendre, du moins par tolérer.

À l’instar de Jean Castex, les ministres reprennent cet " élément de langage " décliné sur tous les tons par leurs " conseillers en communication ".

Quel que soit le sujet concerné, ils affirment qu’il y a un " déficit d’explication ", qu’un travail de présentation est nécessaire, et qu’une fois ce travail préalable réalisé avec soin, les réformes rejetées passeront " comme une lettre à la poste ".

À la longue, le procédé est un poil méprisant pour ceux auquel il s’adresse.

2018 : " CHÔMAGE : IL SUFFIT DE TRAVERSER LA RUE ! "

C’était en septembre 2018, pendant les " Journées du patrimoine ".

À l’occasion d’une déambulation dans les rues de Paris, près de l’Élysée, Emmanuel Macron est apostrophé par un jeune de 25 ans qui lui explique sa difficulté à trouver un emploi malgré sa formation d’horticulteur.

Avec la suffisance naturelle de celui qui n’a jamais eu d’obstacle à franchir pour arriver à ses fins, le Président de la République lui rétorque : " Il y a des tas de métiers… Il faut y aller ! Maintenant, hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve ! Ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler, avec les contraintes du métier. "

Bref, pour ne pas avoir de travail, il faut y mettre de la " bonne volonté " - ou de la mauvaise, c’est selon - car quand on veut, on peut. Un chômeur est d’abord quelqu’un " à remettre dans le droit chemin ", quitte à rogner ses droits comme le prévoit une réforme de « l’assurance chômage » repoussée pour cause de crise sanitaire, mais toujours dans " les tiroirs " du gouvernement.

2020 : " LES MASQUES NE SERVENT À RIEN ! "

Lors de ses vœux aux Français, le Président de la République a eu la " délicatesse " de faire savoir qu’il allait faire tout son possible pour éviter une " lenteur excessive " dans la campagne de vaccination contre le " Covid ".

C’est gentil à lui, vu que le rythme actuel relève d’un " train d’escargot " qui fait sourire chez nos plus proches voisins, à croire que le gouvernement semble avoir pour but de rater l’opération " vaccination " comme il a loupé le recours aux masques et aux " gestes barrières ".

Chaque jour, ou presque, le ministre de la santé, Olivier Véran, vient nous expliquer qu’il faut sortir protégé (ce qui est simple " bon sens "), en oubliant que lui-même, voici quelques mois, s’était illustré en lançant à la cantonade, avec l’assurance du sachant : " Les masques ne servent à rien ".

Il est vrai qu’on était à l’époque où ce précieux attirail brillait par son absence et qu’il fallait bien trouver une explication à cette preuve manifeste de " démobilisation sanitaire ".

Mais ceci ne justifie pas cela.

Jack DION

Marianne