De la nature du Makhzen marocain

, par  DMigneau , popularité : 33%

De la nature du Makhzen marocain

Le Makhzen marocain, repose sur un mode de fonctionnement particulier, que l’on croyait appartenir à des temps révolus, mais qui a - hélas - cours jusqu’à aujourd’hui.

Le " Makhzen " est un mot arabe qui a donné en français le mot " magasin " et qui désigne de façon générique l’état marocain. De même que l’on parle de la " Maison Blanche ", pour parler des États-Unis, du " Kremlin " pour parler de la Russie, de " l’Élysée " pour parler de la France, et bien lorsque l’on parle du " Makhzen ", il s’agit du régime marocain.

Nous allons voir qu’il ne s’agit pas uniquement pas ici d’une structure étatique, d’un gouvernement, mais également d’un mode de fonctionnement, reposant sur une vision du monde, armé d’un appareil répressif.

Tout d’abord, le Maroc est une monarchie, dont la dynastie au pouvoir actuelle, les Alaouites, prétendent descendre du prophète. Au-delà du ridicule qu’une telle assertion suscite, en 2017, il faut savoir qu’en terre d’islam toutes les dynasties, les chefs locaux ont toujours prétendu descendre du prophète pour donner une légitimité incontestable à leur pouvoir, rendant impossible toute critique et toute contestation de leur pouvoir.

Ainsi, les Ottomans, pourtant Turcs ont également prétendu descendre du prophète... alors qu’ils viennent d’Asie Centrale, contrée pourtant assez éloignée de la Péninsule Arabique.

Ainsi, au Maroc, ce culte envers le monarque, personne inviolable et sacrée, se retrouve dans absolument tous les médias, mais aussi dans l’espace public.

Les portraits officiels ne se retrouvent pas uniquement dans les bâtiments officiels, mais également dans les commerces, les restaurants, les cafés... même la moindre petite échoppe arbore à son mur un portrait de l’auguste monarque.

Ceci dit, on trouve ça et là des personnes qui ne se plient pas à cette injonction qui ne dit pas son nom, qui ne voient pas pourquoi elles mettraient des photos du roi dans leurs commerces, non par défi, ou par provocation, mais tout simplement parce que cela n’est pas nécessaire.

En tout cas, le Maroc cultive un certain culte de la personnalité.

Lors de la cérémonie d’allégeance au souverain qui a lieu chaque année lors de la fête du Trône, tous les dignitaires courbent littéralement l’échine, se prosternent devant le roi, montrant leur engluement dans une cérémonie complètement archaïque, rétrograde et dépassée.

De même que lorsque l’on s’approche du roi, le quidam est prié de lui baiser la main à plusieurs reprises, recto-verso, pour montrer qu’il est un serviteur, un sujet dévoué corps et âmes... à défaut d’avoir le verbe.

Cette déification du souverain, ce délire, va même jusqu’à faire dire que lors de l’exil de Mohammed V à Madagascar par les autorités coloniales françaises en 1952, que l’on pouvait voir son auguste face sur la lune !

Avant les Soviétiques et les Américains, avant la fusée Ariane, le peuple marocain fit preuve d’une prouesse mystico-technologique qui mit " en orbite " l’effigie de leur roi sur la Lune. Il doit sans doute tenir compagnie à Frank Wolff, ancien assistant repenti du Professeur Tournesol.

L’on se demande parfois même si au Maroc, ce ne serait pas la monarchie qui serait une religion en lieu et place de l’islam.

Mais on assiste depuis plusieurs années, à un monarque qui lors de ses déplacements fréquents en Europe, s’adonne à la pratique branchée du " selfie ". Toujours cette volonté du " Makhzen " de donner une image lisse, ouverte, " branchée " à l’Occident, pour mieux cacher ses turpitudes à l’intérieur du royaume.

Ainsi, le Maroc a toujours su habilement capitaliser sur son image de destination paradisiaque, de pays stable, d’oasis d’accueil pour Occidentaux en manque d’authenticité... mais il s’est toujours trouvé des personnalités, des associations pour dénoncer les constantes atteintes aux droits humains au Maroc et mettre en pleine lumière les écarts de développement entre certaines régions, la pauvreté, l’analphabétisme toujours énorme, mais aussi encore plus sensibles, un fléau énorme comme la prostitution, le tourisme sexuel.

Pour couronner le tout, les multiples répressions qui ont jalonné l’histoire du Maroc depuis sa pseudo-indépendance, le Rif surtout, le " Makhzen " sachant qu’il vaut mieux prévenir que guérir, distille une arme redoutable, même si elle fonctionne moins aujourd’hui : la peur.

Oui la peur, parmi la population, en ayant recours à des arrestations arbitraires, à la torture, aux aveux recueillis sous la contrainte, toute une panoplie qui effraie le quidam avant même qu’il ne montre la vélléité d’entreprendre quoi que ce soit.

Ainsi, si vous êtez un peu trop naïf et vous laissez exprimez votre ras-le-bol envers le chauffeur de taxi, alors que celui-ci ne cherchait qu’à vous tirer les vers du nez, il n’est pas rare que ce chauffeur de taxi vous dénonce à la police.

Si vous dites un peu trop haut ce que beaucoup pensent tout bas, vous risquez de vous faire dénoncer. Cette peur qui est présente dans toutes les composantes de la société marocaine, vont jusqu’à même faire dire aux gens de ne pas parler même chez eux car " les murs ont des oreilles ".

Un autre phénomène intéressant qu’il convient de souligner est celui des citoyens Français d’origine marocaine ou des binationaux Franco-marocains vivant en France.

Bon nombre parmi eux sont hypocrites, ne vont pas être avares de critiques envers la France, ne vont pas se gêner pour critiquer violences policières dans l’Hexagone - et à juste titre - vouer aux gémonies Le Pen, Sarkozy, ou d’autres... mais ne disent absolument rien sur la situation au Maroc et encore moins dans le Rif.

Certains même approuvant la répression, insultant copieusement les Rifains, les considérant comme des traîtres, alors que les Rifains ont combattu le colonialisme contrairement à leur cher " Makhzen " et s’illustrant par d’abondantes injures sur les réseaux sociaux...

C’est fabuleux le courage que procure le clavier...

Ces mêmes énergumènes vantant le Maroc et crachant sur la France, sa police, loin d’être parfaite certes, a au moins - sur le papier - l’existence d’une institution chargée de veiller aux abus et qui a déjà sévit contre les dérives : l’Institut Général de la Police Nationale ou Police des polices, surnommée " Bœufs-carottes " dans le jargon policier, série éponyme dans laquelle jouait le regretté Jean Rochefort.

Qu’un Marocain ose porter plainte contre la police au Maroc et c’est lui ainsi que toute sa famille qui finit en Tajine au bœuf et aux carottes !

Cette société marocaine qui semble engluée dans l’archaïsme est favorisée par le développement de l’ignorance, mais pas seulement. Un homme éduqué même s’il n’a aucun avantage, peut viscéralement défendre ce système, par la parole du moins, l’aimer même sincèrement, et un homme de peu, justement peut ne plus être dupe de la propagande officielle vantant un Maroc " allant vers le progrès ", embrassant l’état de droit, ayant définitivement changé.

Les défenseurs de ce système au quotidien, outre la police, la justice aux ordres, mais aussi les simples Marocains, sont marqués par « le syndrome du larbin ». Ils pensent qu’en s’appropriant le discours officiel, ils vont s’approprier leur puissance, alors qu’ils n’y gagnent que le déshonneur.

La lecture du " Discours de la servitude volontaire "de La Boétie est éloquente à ce sujet.

En effet, on peut légitimement se demander comment en 2017, malgré un beau discours de façade qui trompe de moins en moins de monde, comment les médias au Maroc, les services de l’état peuvent encore avoir recours au téléphone arabe, à la calomnie grosse comme une maison : en effet, distiller constamment le soupçon chez les Rifains, les accusant tantôt d’être séparatistes, d’être financés par le polisario, l’algérie, l’argent de la drogue.

Autre idée à battre en brèche, celle de Rifains « traficants de drogue ».

Comme dans toute société, il y a des gens honnêtes et d’autres moins recommandables. Mais la drogue dans le Rif est présent dans la région de Chefchaouen, Ketama. C’est à dire en pays Jbala, donc en zone arabophone, même si on est dans le Rif.

Est-ce à dire que tous les habitants de cette zone sont des traficants ?

Bien sûr que non.

Mais si le trafic de cannabis est si endémique au Maroc, alors c’est que les moyens mis en place pour lutter contre ce trafic sont totalement inefficaces.

Autre poncif, le " Hirak " serait financé par l’argent de la Diaspora rifaine en Europe. Les membres de cette Diaspora ont l’habitude d’envoyer de l’argent à leurs familles restées au pays, comme le font les membres de la diaspora marocaine en général, et comme le font toutes les diasporas au monde qui ont du quitter les terres qui les ont vu naître.

Si cet argent peut soulager, aider les familles des détenus dans leur long et pénible calvaire judiciaire, les aider à payer les divers frais, à assumer le coût de la vie lorsqu’un fils aîné, un père, un mari se trouve en prison, alors oui : il n’y a pas à en rougir, bien au contraire !

Les Rifains réfutent également l’accusation de séparatisme ou autre, car elles sont infondées, mensongères et elles ne les détourneront pas de leurs objectifs légitimes et pacifiques.

Ce n’est d’ailleurs pas le débat, ni la raison première de leur mobilisation.

Le Rif a été depuis des décennies une région délaissée, ignorée, broyée, méprisée, parent pauvre des infrastructures au Maroc. Le seul domaine dans lequel le Rif surclasse le reste du Maroc, c’est au niveau de la militarisation, en vertu d’un décret de 1959 et qui a toujours cours jusqu’à aujourd’hui.

Ce n’est donc pas le TGV atlantique, la COP 22, la centrale solaire Noor en plein désert qui vont atténuer le côté répressif de ce " Makhzen ", archaïque et rétrograde.

Comme on dit en rifain : " dagga rhanni khthichine ", ce n’est que du henné sur des poux.

Avant d’embellir ses cheveux au henné, on doit traiter les poux qui s’y trouvent, mais le " Makhzen " n’en a cure, car c’est lui le chef de cette colonie de poux qui sucent le sang du cuir chevelu, l’essence même de cette terre, le Maroc, celle du Rif en particulier, car cette région ne bénéficie d’aucune retombée de grande ampleur.

Et le peuple marocain en général, les Rifains en particulier continue de tâter du bâton répressif " makhzenien ", le mépris, la " hogra ", l’injustice. Mais que le " Makhzen " se mette en tête qu’après la mort de Mohcine Fikri rien ne sera plus jamais comme avant.

Plus que jamais, il est de notre devoir de prendra part à la manifestation qui aura lieu à Paris le samedi 28 octobre 2017, dont le départ est prévu à 15h30 à la Bastille ; toute ressemblance avec un autre évènement politique serait purement fortuite et indépendant de notre volonté, pour exiger :

- La libération de tous les détenus politiques.

- Une enquête impartiale dans l’assassinat de Mohcine Fikri.

- La fin de la militarisation du Rif.

- Un dialogue constructif avec les membres du " Hirak ", sur la base de la plateformes de revendications légitimes qu’ils ont formulé.

« Arrif negh marra, rmakhzen ra barra. »

Anass ASSANOUSSI

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