De Rennes à Tours, des mobilisations policières polémiques

, par  DMigneau , popularité : 0%

De Rennes à Tours, des mobilisations policières polémiques

Des policiers manifestent à Bordeaux ce jeudi 17 décembre au soir. MEHDI FEDOUACH / AFP

Remontés par les accusations de violences policières qui ont trouvé un écho jusqu’au sommet de l’État, des policiers se sont mobilisés en uniforme le 17 décembre de Rennes à Tours.

En visant une maire et un tribunal, ils ont suscité de vives réactions.

Alors qu’un " Beauvau de la sécurité " a été initié pour répondre aux attentes des " forces de l’ordre ", plusieurs syndicats dont le majoritaire " Alliance " n’entendent pas s’y plier.

Sur " Twitter ", son « Secrétaire général » revendique l’instauration d’ " un rapport de force inédit avec la présidence de la république " alors que dans le même temps d’autres se soumettraient " à leur cher président ".

Emmanuel Macron, dont " Alliance " récuse " les insinuations douteuses " après sa reconnaissance de l’existence de violences policières au cours d’une interview le 4 décembre au média en ligne " Brut ", est directement visé par diverses actions dans le pays.

Le 14 décembre, une centaine d’agents, en majorité en civil, s’étaient rassemblés au pied de l’Arc de Triomphe en haut des Champs-Élysées, gyrophares allumés.

Intimidations à Rennes

En région, le syndicat a également mobilisé jeudi 17 décembre à Rennes et Tours, avec des méthodes qui ont suscité une franche indignation. La maire PS de Rennes, Nathalie Appéré, a ainsi dénoncé ce 18 décembre des " méthodes d’intimidation " après l’action d’une trentaine de policiers venus demander dans la nuit devant son domicile une amélioration de leurs conditions de travail.

" La nuit dernière, un groupe de policiers en uniforme, se réclamant de votre organisation syndicale est venu manifester sous les fenêtres de mon domicile familial, au volant de véhicules de service toutes sirènes hurlantes ", raconte Nathalie Appéré dans une lettre au syndicat " Alliance " qu’elle accuse d’être responsable de cette action.

" Dans le contexte anxiogène de cette année 2020, et alors même que la relation entre la population et sa police est malmenée, votre mode d’action ne manquera pas d’interpeller ", lance l’élue avant de rappeler que " les revendications visant à améliorer les conditions de travail doivent s’exprimer en direction de l’employeur. Le vôtre, c’est le ministère de l’Intérieur  ».

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Directement mis en cause, le syndicat " Alliance " réfute formellement être à l’origine de cette manifestation. Contactée par " Marianne ", Emmanuelle Laurens, la « Secrétaire départementale » adjointe du syndicat " Alliance " à Rennes promet : " On n’a rien à voir là-dedans, on n’était pas au courant que les collègues allaient faire une action ".

La représentante syndicale affirme que contrairement aux propos de la maire qui assure ne pas avoir été contactée, " le 19 novembre, on l’avait saisie par mail sur la question des transports ". Mais quels que soient les désaccords, Emmanuelle Laurens affirme qu’ " Alliance " ne soutiendra jamais des actions devant des domiciles privés.

Contestation à Tours

À Tours, les syndicats de police ont également appelé à des rassemblements le jeudi 17 décembre au soir et le 18 décembre au matin. Quelques dizaines de fonctionnaires ont manifesté devant le palais de justice après la condamnation en début de semaine d’un de leurs collègues à six mois de prison " avec sursis " et interdiction d’exercer pendant 18 mois pour avoir giflé un homme lors d’une intervention.

À la barre, le policier avait dit avoir procédé à un geste de réanimation, " une stimulation faciale pour ranimer l’individu "…

Ces manifestations, qui s’ajoutent à une mobilisation de policiers devant le tribunal et jusque dans la salle au cours du procès, ont indigné le président du tribunal judiciaire de Tours Christophe Régnard qui dans un communiqué considère que " cette situation n’a pu être perçue que comme une forme de pression sur les magistrats en charge du dossier ".

Christophe Régnard avance qu’ " en démocratie, la Justice se rend dans les prétoires, et non dans les rues " et qu’ " elle doit pouvoir passer sereinement sans pressions d’où qu’elles viennent ".

" Si le droit de manifestation est constitutionnellement garanti, il convient de rappeler que le procès du policier en cause s’est déroulé au cours d’une audience publique au cours de laquelle des témoins ont été entendus et la défense a pu s’exprimer ", souligne le magistrat.

Au risque des sanctions

Ces manifestations en uniforme et gyrophares allumés exposent les policiers à des sanctions. Soumis à un « devoir de réserve », leur code de déontologie les contraint " à la neutralité " et les engage à ne pas manifester " leurs convictions politiques " dans l’exercice de leur fonction.

Après la manifestation devant l’Arc de Triomphe, plusieurs policiers ont reçu une convocation de leur hiérarchie en vue d’une sanction, à l’initiative du préfet de police de Paris, Didier Lallement.

Des convocations abusives pour " Alliance ". Selon Emmanuelle Laurens, il n’y a rien de répréhensible dans ces " simples rassemblements " qui durent " un quart d’heure, vingt minutes " et permettent d’ " exprimer un ras-le-bol ".

Cette " Secrétaire départementale " adjointe du syndicat à Rennes n’a pas supporté les mises en cause du Président sur les contrôles abusifs : « J’ai 27 ans de boutique, je fais pas de contrôle au faciès. On contrôle tout le monde, sans distinction ", promet-elle. Elle regrette qu’Emmanuel Macron ne fasse pas confiance aux " forces de l’ordre " et tient à rappeler que " la plupart des policiers ont choisi ce métier par vocation, pour aider notre prochain ".

Une des mesures qu’elle attend c’est davantage de formations : " En police secours, on a 3 tirs par an… il en faudrait au moins un par mois ! ".

Malgré ces épisodes récents, cette montée de tensions entre syndicats et « exécutif » pourrait bien s’apaiser. Ce 18 décembre au soir, " Alliance " affiche sa satisfaction et revendique même une " victoire " après avoir été reçu par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

Le syndicat aurait obtenu en particulier la création d’un " Observatoire de la réponse pénale " pour que la justice " rende des comptes " ainsi que la gratuité des transports sur les lignes de la SNCF pour les policiers.

" Alliance " prévient cependant que des actions reprendront " après les fêtes " si ces promesses n’étaient pas suivies d’effet

Magazine " Marianne "