De Paris à la Nièvre, une série de violences urbaines : un effet couvre-feu ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

De Paris à la Nièvre, une série de violences urbaines : un effet couvre-feu ?

PHILIPPE DESMAZES / AFP

Depuis plusieurs jours, les " forces de l’ordre " sont la cible de tirs de mortiers d’artifice dans plusieurs métropoles et quartiers populaires. De quoi décréter une explosion de la " guérilla urbaine ", comme l’a déclaré Rachida Dati ? Pas sûr.

Ce mois de mars particulièrement chaud, avec une hausse record du mercure en France — jusqu’à 11 °C de plus que la moyenne saisonnière — a également connu une multiplication des « violences urbaines » un peu partout en France.

Le 30 mars, des policiers qui avaient interrompu un " barbecue clandestin " en plein air à Creil (Oise), peu avant la tombée du couvre-feu, et qui avaient dû disperser la quarantaine de participants à l’aide de spray lacrymogène, se sont retrouvés sous les tirs de mortiers d’artifice.

La préfète de l’Oise a dénoncé " la lâche prise à partie de nos forces de l’ordre ", après des attaques du même type dans les villes voisines de Clermont et Nogent-sur-Marne.

Le même soir, le quartier Banlay, à Nevers (Nièvre), s’est lui aussi " embrasé ".

Du côté de la capitale et de la " métropole lyonnaise ", c’est le week-end qui a été très " orageux ". Samedi soir 27 mars, un feu d’artifice sauvage a retenti dans le quartier Falguière (Paris XVe). Un " petit noyau " de jeunes hommes a tiré sur des policiers en intervention.

Cinq suspects ont été interpellés et placés en « garde à vue ».

Le même soir, à Rillieux-la-Pape (Rhône) à côté de la " capitale des Gaules ", plusieurs individus ont incendié quatre voitures mais aussi un bus de la métropole, ce qui a mis les transports à l’arrêt pendant plusieurs jours.

" À quand l’interdiction de ces charges explosives ? ", s’est ému le syndicat de pompiers " Sud SDIS " du Rhône.

Le maire, Alexandre Vincendet (" LR "), a - quant à lui - dénoncé " une bande mafieuse " et le rôle des " commandos du deal " dans ces violences.

Et cela fait plus d’une semaine, selon " La Voix du Nord ", que le quartier Floralies, à Marly (Nord), subit des pétarades et des tirs de mortiers.

Ainsi au total, selon le comptage de " Marianne ", plus de dix départements ont été touchés, en moins d’une semaine.

" L’effet stupéfiants "

Le 16 mars, des émeutes avaient également éclaté à Blois (Loir-et-Cher) après un accident de voiture, au cours duquel trois jeunes hommes ont été gravement blessés. Ils circulaient à bord d’une " Golf " et avaient refusé de s’arrêter lors d’un contrôle de police.

Durant la nuit, une station-essence " Avia " a notamment été incendiée et un chauffeur de 21 ans a foncé en camion sur les " forces de l’ordre ".

De quoi conforter Rachida Dati, la maire du 7ème arrondissement de Paris, qui a expliqué ce mercredi 31 mars sur " France Inter " que la France est confrontée à une situation de " guérilla urbaine " ?

https://twitter.com/franceinter/status/1377138229330149376?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1377138229330149376%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.marianne.net%2Fsociete%2Fpolice-et-justice%2Fde-paris-a-la-nievre-une-serie-de-violences-urbaines-un-effet-couvre-feu

Pour le ministère de l’Intérieur, en ce début d’année 2021, les violences contre les " forces de l’ordre " et les services de secours ont bel et bien grimpé de 25 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Est-ce un effet " météo " ? Un effet " couvre-feu " ?

Pour le cabinet de Gérald Darmanin, ce serait " avant tout l’effet stupéfiants " : " Ces violences s’inscrivent le plus souvent en réaction à l’action accrue des forces de l’ordre pour entraver le trafic de stupéfiants ", nous explique-t-on.

De fait, lors d’une émeute nocturne à Épinal (Vosges), le 7 mars, les auteurs de tirs de mortiers étaient " bien connus pour tenir des points de deal ", selon la préfecture des Vosges.

Dans plusieurs villes, des caméras de " vidéo-surveillance " ainsi que des éclairages publics, gênant pour ces trafics, ont été détruits.

Autre signe du lien entre ces événements : le 2 mars dernier, cité Félix Pyat à Marseille, après l’interpellation de deux trafiquants, une vingtaine d’émeutiers ont canardé le commissariat. L’un de ces émeutiers a été interpellé : c’était le frère d’un des délinquants interpellés le même jour.

" Face à des gamins de 15, 16 ans "

Pour David Le Bars, secrétaire général du " Syndicat des Commissaires de la Police Nationale ", pour ce qui est de la région parisienne, " numériquement parlant, il n’y a pas eu d‘augmentation notable des faits en ce début d’année. Nous sommes toujours à peu près sur la même cadence de sept à huit faits par nuit. Il faut se méfier de l’effet de masse, qui amplifie les phénomènes avec l’effet média et les réseaux sociaux ".

Circulez y’a rien à voir ?

Loin de là. Pour le policier, si le nombre d’infractions ne semble pas connaître de mouvement notable, la gravité des faits commis et les profils des mis en cause sont pour le coup inquiétants : « Ce qui a changé, c’est qu’on se retrouve face à des gamins de 15 ou 16 ans, qui sont dans une volonté de " casser du flic " voire de les tuer ! Début mars, des collègues de la BAC se sont sortis de justesse d’un traquenard. L’un des membres de l’équipage a même dû tirer en l’air avec son arme de service… »

Et le commissaire de police n’est pas franchement rassuré pour la suite.

" J’ai démarré dans la police il y a 25 ans maintenant, nous avons toujours été confrontés à ces problèmes de violence urbaine , se souvient-il. Que ça chauffe lors des soirées type 13 juillet ou 31 décembre, ou bien en riposte à une opération policière, c’est du classique. Mais là, il y a une volonté de tuer. Et pas que des flics, les pompiers aussi se retrouvent attaqués. C’est ça qui m’inquiète, qu’on se retrouve bientôt face à un drame. "

Magazine " Marianne "