Darmanin défend " l’Action française " sur " CNews " : retour sur son parcours politique réactionnaire

, par  DMigneau , popularité : 0%

Darmanin défend " l’Action française " sur " CNews " : retour sur son parcours politique réactionnaire

Crédits photo : AFP

Darmanin a affirmé sur " CNEWS " qu’accepter " l’Action française ", une organisation royaliste d’extrême-droite, faisait la grandeur de la République. L’AF en a profité pour rappeler les liens étroits que le ministre a entretenu à une époque avec l’organisation.

« " L’Action française " est une association dont chacun connaît le fait qu’elle veut remplacer la République par la royauté. C’est la grandeur de la démocratie et de la République d’accepter que des gens veulent remplacer son régime ! »

La phrase, signée Gérald Darmanin, est tirée d’une intervention sur " CNews ", lors d’une discussion sous laquelle défilait le sobre bandeau : " L’islam : naïveté de la gauche ? ".

En plein débat sur la loi " séparatisme ", le ministre de l’Intérieur était invité sur le plateau de Pascal Praud pour parler " ennemis de la République ".

Mais pourquoi le ministre, qui va jusqu’à considérer que les rayons " halal " ou " cashers " dans les supermarchés relèvent du « communautarisme », fait-il preuve de tant d’indulgence envers une organisation d’extrême-droite qui dit vouloir " décapiter la République " ?

Les éléments de réponses nous sont donnés par " l’Action française " elle-même qui annonce sur " Twitter " que Darmanin connaît très bien l’organisation, puisqu’il en a fait partie : " Il lui reste quelques souvenirs de notre camp d’été auquel il a participé. M. le ministre, il est encore temps de renouveler votre adhésion ! ".

Ce n’est un secret pour personne, Darmanin vient de la droite « conservatrice ». Il suffit de regarder son parcours politique : il se fait connaître comme " directeur de campagne " de Christian Vanneste, ancien député-maire de Tourcoing, pour les élections législatives de 2007 et les municipales de 2008.

Vanneste a lui-même toujours incarné " l’aile droite " de l’UMP, celle qui souhaitait ouvertement un rapprochement avec le FN.

En 2012, pendant le débat sur " le mariage pour tous ", il qualifie de " légende " la déportation de personnes homosexuelles en France lors de la « Seconde Guerre mondiale » : " En dehors des trois départements annexés, il n’y a pas eu de déportation homosexuelle en France ".

Face au tollé, il s’enfonce et déclare : " Je voulais simplement dire que la déportation homosexuelle a essentiellement concerné l’Allemagne. Je ne vois pas de raison de polémiquer là-dessus. C’est le lobby gay qui crée la polémique ".

Les propos font polémique et il est sanctionné par son parti. Il ne peut plus se présenter sous l’étiquette UMP mais n’en est pas exclu.

Il n’est donc pas surprenant, quand on connait un peu le personnage, d’apprendre que Christian Vanneste était lui-même ancien responsable des jeunes " d’Action française " à Lille. Darmanin a été à " bonne école " : la période à laquelle il est " directeur de campagne " de Vanneste correspond à sa collaboration dans le journal " Politique magazine ", organe de presse proche de " l’Action française ".

Alors, Darmanin est-il un ex-membre de " l’Action française " ?

On savait déjà qu’il avait signé des articles dans leur presse, qu’il faisait partie des milieux ultra-conservateurs de la droite, en particulier de " la Manif pour Tous "… et l’organisation révèle aujourd’hui qu’il aurait été adhérent et qu’il aurait participé à leurs " camps d’été " Maxime Real del Sarte, du nom d’un membre de l’AF qui s’est illustré comme militant " anti-dreyfusard " et comme participant au 6 février 34.

Pour l’instant, le ministre n’a pas répondu aux déclarations de " l’Action française ". Il répondra peut-être qu’il a en effet eu une " vie de jeune homme ", comme il l’a fait face aux accusations de viol et " d’abus de faiblesse " dont il fait l’objet.

À l’heure où il se positionne en pourfendeurs " d’ennemis de la République ", sortant même un livre intitulé " Le séparatisme islamiste. Un manifeste pour la laïcité ", ses anciennes amitiés remettent en question son impartialité.

Le gouvernement Macron prétend combattre tous les séparatismes, sans cibler « l’islam » ; pourtant, le ministre de l’Intérieur affirme que c’est la " grandeur " de la « République » de tolérer " l’Action française ", ennemis pourtant auto-proclamés de la République...

Si son ex-appartenance à " l’Action française " est impossible à confirmer - ou à infirmer - pour le moment, ce qui est sûr, c’est que Gérald Darmanin a systématiquement été du côté des politiques réactionnaires, tout au long de sa carrière.

En 2008, il écrivait dans un journal royaliste.

En 2014, il soutenait l’abrogation de la loi sur " le mariage pour tous ". Aujourd’hui " chef de file " de l’offensive sécuritaire et islamophobe du gouvernement, il se montre complaisant avec « l’extrême-droite » tout en faisant la chasse aux associations de lutte contre l’islamophobie.

Inès ROSSI

revolutionpermanente.fr