Crise de l’hôpital : " Du pognon, tout de suite ! ", réclame le porte-parole de l’association des médecins urgentistes

, par  DMigneau , popularité : 0%

Crise de l’hôpital : " Du pognon, tout de suite ! ", réclame le porte-parole de l’association des médecins urgentistes

" Dans mon service, la porte du garage de l’ambulance du Samu ne fonctionne plus. Résultat, on perd trois ou quatre minutes ", raconte Christophe Prudhomme. - PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP

Christophe Prudhomme, porte-parole de l’association des « médecins urgentistes » français et syndicaliste CGT, répond ce mercredi 15 janvier au directeur général de " l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris " (AP-HP), Martin Hirsch. Ce dernier assure vouloir " associer davantage les soignants aux décisions ". " Une imposture ", selon Christophe Prudhomme.

Il a pris acte du refus des soignants de " se sentir à côté des grandes décisions médicales " : ce mercredi 15 janvier, sur " France Inter ", le directeur général de « l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris » (AP-HP), Martin Hirsch, assure avoir compris le message du personnel des hôpitaux parisiens, au bord de la rupture tant ses conditions d’exercice se sont dégradées.

« Mon message est simple, c’est : " Vous demandez à ne pas subir les directeurs qui vous diraient comment il faut dépenser votre budget, je vous propose de vous déléguer un certain nombre de mes pouvoirs de directeur " », a expliqué celui qui dirige l’AP-HP depuis 2013.

Ni plus ni moins qu’une " imposture ", selon le docteur Christophe Prudhomme, « porte-parole » de l’association des « médecins urgentistes » français et syndicaliste CGT, qui réclame d’abord et avant tout des moyens pour continuer à soigner.

Marianne : Ce mercredi, sur " France Inter ", Martin Hirsch estime que " la meilleure solution " à la crise de l’hôpital, c’est " d’associer [les soignants] aux décisions ", notamment sur les budgets des services, " pour qu’elles soient médicalisées, humanisées ". C’est un pas en avant ?

Christophe Prudhomme : Il se fout du monde, c’est une imposture. Depuis qu’il est en poste, Martin Hirsch a pris soin de bien appliquer toutes les directives qui ont conduit « l’Assistance publique » dans cette situation.

Hirsch vient " la gueule enfarinée ", mais c’est un tueur.

Marianne : Un " tueur " ? En quoi ?

Contre l’avis des représentants des salariés, Martin Hirsch a fait modifier la structure de l’AP-HP, désormais divisée en cinq " mégastructures ", de sorte que les lieux de décision se trouvent encore plus éloignés du terrain.

Il a également créé les « départements médicaux universitaires », des structures dont l’échelle - 75 départements pour 90 000 salariés – obligent à réfléchir en des termes purement gestionnaires.

Les confrères qui dirigent ces départements ne sont plus dans une position de médecin.

Marianne : La raison profonde de la crise qui frappe « l’hôpital public », c’est donc sa mauvaise organisation ?

Non. Dans l’immédiat, ce dont on a besoin - pour le dire vulgairement - c’est « du pognon », tout de suite.

Dans mon service, la porte du garage de l’ambulance du Samu ne fonctionne plus. On ne peut l’ouvrir, et il n’y a pas d’argent pour payer la réparation. Résultat : on perd trois ou quatre minutes à chaque départ.

Trois ou quatre minutes, vous imaginez ce que ça fait sur un arrêt cardiaque ?

On a d’abord besoin de moyens, c’est le préalable pour remettre de la démocratie à l’hôpital, ce qui est tout aussi nécessaire.

Être associé aux décisions pour gérer la pénurie, ça n’intéresse pas grand monde.

Marianne : De quel ordre sont ces besoins budgétaires ? En novembre, Agnès Buzyn a - par exemple - annoncé une reprise d’un tiers de la dette des hôpitaux sur trois ans. Cela ne suffit pas ?

« L’intersyndicale » élargie aux collectifs demande entre 4 et 5 % d’augmentation du budget, ce n’est pas le bout du monde.

La " reprise de la dette ", c’est une plaisanterie.

Le professeur Agnès Hartemann, chef de service de diabétologie à La Pitié Salpêtrière, l’a très bien dit sur " France Culture " : Agnès Buzyn a mis 200 millions d’euros de plus sur la table, mais juste pour être " à l’équilibre budgétaire ", même pas pour en avoir plus ; il fallait 800 millions.

Et puis, un tiers de la dette, qu’est-ce que ça veut dire ?

Nous on ne dit pas aux patients : " On va soigner un tiers de votre cancer. "

Nous considérons cette dette comme illégitime, on a mis les hôpitaux dans une situation telle qu’ils ne pouvaient que s’endetter. Le pire, c’est qu’avant, nous nous endettions sur de très longues périodes, à des taux corrects, auprès de la « Caisse des dépôts et des consignations ».

Aujourd’hui, c’est auprès de banques privées, sur de courtes périodes. Autrement dit, les banques se gavent sur le dos de « l’hôpital public »…

Les gens qui nous dirigent préfèrent " le business " au service public.

Marianne : Depuis quand la logique gestionnaire a-t-elle pris le pas sur le médical d’après vous ?

Ça remonte à la « tarification à l’activité », à « l’hôpital-entreprise », sous Nicolas Sarkozy. C’est la " loi Bachelot ", qui tente de calquer la direction d’un hôpital sur le modèle d’administration des universités, qui a rompu le lien avec la logique médicale.

Les lieux d’échanges, d’arbitrage, n’existent plus. Aujourd’hui, un directeur d’hôpital fait ce qu’il veut.

Propos recueillis par Louis Nadau

Marianne