Crise 2.0 : Avènement du totalitarisme immatériel

, par  DMigneau , popularité : 0%

Crise 2.0 : Avènement du totalitarisme immatériel

Comme cela était prévu, une nouvelle crise est en cours.

Onze ans après la crise de 2008, dite " crise des subprimes ", la crise nouvelle est arrivée, avec son lot de déstabilisation économique, financière, sociale et sociétale.

Le résultat de la crise de 2008 a été, suite aux renflouements des banques par les États, l’origine de l’endettement de ceux-ci, provoquant une restriction sans précédent des droits sociaux.

La Grèce a servi de " laboratoire " pour mettre en place une destruction systématique de l’ensemble des droits sociaux.

Retraite, santé, enseignement, justice, aides sociales, fonction publique, espaces publics (dont les ports), tout a été bradé, privatisé ou détruit, ou les trois à la fois ; on brade pour privatiser et ensuite détruire ce qui n’est pas rentable.

Le modèle grec s’est étendu à l’ensemble de l’Europe et « les politiques » ont suivi les " tables de la loi " de leurs maîtres.

Quel est le mécanisme fondamental en jeu ?

Au-delà des aspects financiers de la " crise des subprimes ", il y a un enjeu idéologique ; celui de l’application stricte du libéralisme.

Mais derrière cette idéologie, il y a le seul vrai moteur du système : la recherche de l’optimisation des profits.

Ce n’est pas par hasard que le système est passé d’une doctrine " keynésienne " à une doctrine que l’on pourrait appeler de " Friedmannienne " (de Milton Friedmann *).

En effet, jusque dans les années quatre-vingt (ou octante), le système était essentiellement basé sur le profit issu de la fabrication d’objets concrets (voitures, machines à laver, frigo, télévisions, etc.).

À partir des années quatre-vingt, la structure du système a commencé à évoluer vers des produits de plus en plus immatériels, tels les logiciels, les services informatiques, etc.

Ce qui donne aujourd’hui la prédominance économique des GAFAS.

Le résultat global de cette transformation est que l’économie capitaliste, qui est devenue " turbo-capitaliste " n’a plus besoin de la cohorte d’ouvriers nécessaires pour la production massive de produits physiques.

Par ailleurs, les taux de profits dégagés n’ont pas de commune mesure avec ces produits, puisque leur « fabrication » ne coûte rien (un téléchargement, voire l’utilisation en « streaming » n’est pas une fabrication. Seule la conception a un coût, réparti sur des milliards de consommateurs.

Le système n’a donc plus besoin de ces cohortes d’ouvriers, donc plus besoin de les soigner, de leur dispenser un enseignement, d’assurer leurs retraites pour libérer les jeunes générations, d’assurer leur sécurité dans des quartiers où ils sont relégués, etc.

Les services de l’État peuvent donc sans souci pour la reproduction des profits, disparaître, ce qui au contraire augmente les profits en diminuant les charges pour les entreprises qui peuvent ainsi augmenter leurs dividendes.

La crise de 2008 a en ce sens constitué une aubaine pour le système qui a pu ainsi détruire les services sociaux au nom de « la Dette ».

Mais le résultat de ces destructions a été une augmentation du mécontentement général, avec par exemple la révolte des " Gilets Jaunes " en France. Le gouvernement de Macron ** a riposté en lançant la police à fond contre les manifestants, utilisant des armes soi-disant " non létales ", mais avec des morts et des blessés à la clef, et par ailleurs a déjà instauré des quasi " couvre feux " dans les villes.

Mais ce début de dictature n’est pour l’instant " qu’artisanal ", créant de nouvelles contestations qui, elles-mêmes, ont pour résultat l’interpellation de journalistes sur des aspects de soi-disant " secret d’État ".

Dans sa gestion des " Gilets Jaunes ", le gouvernement est contesté y compris par des institutions internationales.

Comme le système n’a pas besoin de cohortes de personnes pour créer ses profits, donc de les soigner, de les enseigner, de leur rendre justice, il n’a pas besoin non plus qu’ils soient considérés comme des citoyens.

Le système n’a plus besoin de la démocratie pour se justifier.

La crise 2019 va donc permettre d’instituer un totalitarisme immatériel, de type " 2.0 ", empêchant toute contestation du système, et enfermant la population dans une spirale sans issue entre appauvrissement, fermeture des services publics, suppression des aides sociales dont bien entendu le chômage et suppression des droits du travail, jusqu’à la suppression des droits humains.

Pour cela, les GAFAS qui sont les principales bénéficiaires des nouvelles " plus-values " immatérielles seront en première ligne :

- Surveillance générale de la population,

- Contrôle des contenus d’Internet,

- Contrôle des déplacements,

- Impossibilité d’accéder aux contenus anti-système,

- Suppression des soi-disant « fake-news » qui seront déterminées par eux-mêmes,

- Suppression de tout contenu idéologiquement " incorrect ",

- Interdiction de manifestations,

- Interdiction d’organisations contestataires,

- Interdiction des grèves,

- Contrôle des partis politiques

Etc.

Un tel régime autoritaire, en contradiction apparente avec l’idéologie libérale, mais en réalité en parfaite adéquation, ne saurait être instauré sans une justification forte.

Le « terrorisme » a déjà constitué une justification de la suppression de certaines libertés fondamentales.

La crise " 2.0 " va probablement en fournir de nouvelles.

Le « G7 », qui va se tenir à Biarritz, pourra être l’occasion de constituer une " feuille de route " internationales pour l’avènement du nouveau totalitarisme.

Il faut d’ores et déjà constater que le lieu même du « G7 » va servir de " laboratoire ", comme l’a été la Grèce, à l’instauration d’un " couvre feu " sur toute une région avec interdiction de manifester, de circuler, ce qui donnera lieu à un chaos indescriptible sur la route des retours de vacances.

Ce chaos est prévu, mais la réaction à ce chaos volontaire sera probablement l’un des facteurs que les instigateurs du système analyseront avec parcimonie.

Par ailleurs, le thème de ce « G7 » - " l’écologie " - dont ils n’ont en réalité que faire, sera peut-être un des éléments constituants pour la mise en route du nouveau totalitarisme.

Il ne sera pas question de " sauver la planète ", mais de sauver les dividendes en utilisant le prétexte de " l’écologie ", comme ils ont détruit les droits sociaux en utilisant les droits sociétaux.

La perversion ultime du système est d’utiliser un prétexte en-soi " valable " (les " droits sociétaux " sont des droits à la dignité pour tous, la " préservation de la planète " est indispensable à notre survie collective), pour détruire simultanément des droits fondamentaux dont l’humanité a besoin, mais que l’oligarchie " turbo-capitaliste " veut détruire.

L’erreur des " anti-système " est alors de confondre la cause et le symptôme, et de lutter pour préserver les droits atteints contre les prétextes dont se servent les oligarques, mais pas contre la cause fondamentale qui reste la recherche à tout prix de la profitabilité maximale pour ces mêmes oligarques.

Les temps à venir vont être déterminants et la lucidité des combats primordiale.

Jean-Paul Foscarvel

AgoraVox

Notes :

* Milton Friedmann, économiste libéral, entre autres grand ami de Pinochet et Thatcher.

** macron est sans majuscule car il est sans majesté. De plus, un macron est un petit tiret au-dessus d’une lettre utilisé dans certaines langues dont certaines anciennes. Comme ce tiret, le macron présidentiel est raide et inutile pour le français.