Crimes de guerre au Congo-Brazzaville : le principal accusé naturalisé belge

, par  DMigneau , popularité : 18%

Crimes de guerre au Congo-Brazzaville : le principal accusé naturalisé belge

Intouchable Pierre Oba... En 2010, ce ministre congolais a reçu la nationalité belge en faisant croire qu’il travaillait au… restaurant de sa femme. L’hiver dernier, sous le coup d’un mandat d’arrêt international, il s’est échappé de Paris par un vol « spécial ».

Le ministre Pierre Oba, tout comme le président Denis Sassou-Nguesso, fait l’objet de plusieurs plaintes. - BLAISE MUSAU/AP/SIPA

Tapis rouge sang sous les pieds d’un ministre du Congo-Brazzaville. En faisant croire qu’il était tour à tour militaire, architecte ou cuisinier vivant à Bruxelles, Pierre Oba a sollicité et obtenu la nationalité belge au deuxième semestre de 2010.

Doté d’un culot monstre, le ministre congolais a pu franchir toutes les étapes de la procédure de naturalisation au prétexte qu’il voulait vivre aux côtés de son épouse belge. Et « on » l’a cru ! Pourtant, le profil de ce général aurait eu de quoi interpeller les autorités belges, l’Office des étrangers et les services de police et de renseignement…

Rien ni personne n’a contesté la procédure menée dans le cadre du regroupement familial.

Est-il intouchable ?

Faut-il éviter de le titiller sous peine d’agacer le président Denis Sassou-Nguesso ?

Tous deux sont visés par des plaintes déposées depuis 2001 en Belgique et en France dans le cadre des lois dites de « compétence universelle ».

Pierre Oba dirigeait la police et les forces de sécurité congolaises à la fin des années 1990. Sa responsabilité est lourdement engagée dans plusieurs massacres de civils qui continuent de hanter l’histoire de son pays.

Il y a deux mois, " Marianne " avait raconté sa fuite rocambolesque de Paris, à bord d’un avion spécial, alors qu’un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre avait été délivré à son encontre !

Ce fiasco, qui date désormais d’un an, reste sans explications. En théorie, il devrait être documenté dans le dossier judiciaire. Rien, pas une ligne, au grand étonnement des avocats des parties civiles. A croire que le ministre s’est proprement volatilisé au nez et à la barbe de la justice française.

Cuistot en Belgique, ministre au Congo

Au cours de son long séjour sur le sol français, à la fin de 2015, Pierre Oba s’est offert une brève escapade en Belgique pour faire renouveler ses papiers à Uccle.

C’est dans cette commune bruxelloise qu’il a obtenu, en 2010, la nationalité belge et l’accès à tout l’espace Schengen. La consultation de son dossier révèle une telle série de négligences administratives qu’elles en deviennent forcément suspectes.

Une seule fois, le 26 octobre 2006, à l’ambassade belge de Brazzaville, l’identité exacte de Pierre Oba sera mentionnée clairement dans le dossier de naturalisation. Un « homme politique » employé par « le ministère des Mines », peut-on lire. Ensuite, c’est le bal masqué...

Pierre Oba jure aux autorités belges qu’il est militaire, puis architecte, qu’il renonce à la polygamie pour vivre avec sa dulcinée - une Congolaise fraîchement naturalisée, elle aussi - avant d’expliquer qu’il compte finalement l’aider à son restaurant, comme cuistot...

Plus c’est gros, plus ça passe.

Aujourd’hui, l’adjoint au maire d’Uccle, Eric Sax, affirme que s’il avait eu connaissance de son sanglant CV, « la police serait venue immédiatement lui passer les menottes… »

Il est trop tard pour les regrets.

Le 13 juillet 2010, l’Office des étrangers et le secrétariat d’État à la politique de migration donnent leur feu vert. Idem pour la Sûreté de l’État : les services de renseignements connaissent le passé du ministre, mais n’émettent pas d’objection. Quant au procureur du roi de Bruxelles, il laisse faire également.

Pierre Oba obtient la nationalité belge le 27 septembre 2010. Il court toujours.

Philippe Engels

Marianne