« Créations d’entreprises » : des chiffres illusoires ?

, par  DMigneau , popularité : 64%

« Créations d’entreprises » : des chiffres illusoires ?

Baisse de 1,3% des créations d’entreprises en juin, annonce l’INSEE. Quelles réalités le nombre de créations d’entreprises recouvre–t-il ? Illusoire pour une part qui reste à évaluer. En outre, il faudrait rapprocher le flux des création avec le flux des cessations d’activité.

Paris Reuter, 12 juillet 2016 : « Le nombre de créations d’entreprises en France a baissé de 1,3 % en juin après deux mois de hausse, selon les données corrigées des variations saisonnières et des jours ouvrables publiées mardi par l’Insee. (…) Le nombre cumulé de créations au cours des trois derniers mois augmente cependant de 11,6 % en données brutes par rapport à la même période un an plus tôt. De même, le nombre cumulé d’entreprises créées sur les 12 derniers mois continue de se redresser avec une augmentation de 2 %, comme en mai. (…) »

https://www.mediapart.fr/journal/economie/120716/baisse-de-13-des-creations-dentreprises-en-juin

Engageons ici l’inventaire des réalités que cela recouvre.

Sans doute, il y a tous les jeunes en fin d’études qui essaient avec leur ordinateur de développer une activité professionnelle échappant à un salariat de plus en plus pourri. Etre son propre maître, auto employeur ! Las, la concurrence y est alourdie chaque année par les nouveaux contingents en fin d’études.

La plupart des jeunes « auto employeurs » sont contraints à la sous-traitance de travaux, à la quête de donneurs d’ouvrage heureux de l’aubaine. Existe ainsi un vaste vivier permettant de puiser des travaux de qualité pour un coût le plus serré possible.

Au bout de 10 ans, ces jeunes se défoncent à la commande, pour se faire un revenu ne dépassant souvent pas... un petit smic, une fois les cotisations payées, et de rares « congés » sans ressources. Cela ressemble parfois au travail à la tâche à domicile, des cosettes d’autrefois. A la merci du plus petit accident de la vie, accroc de santé, aléa des commandes... aléa d’impayés, qui peut signifier le retour à la case « parents ».

Quelle véritable création d’activité ?

Tableau bien noir, certes. L’étude sérieuse, rigoureuse est à faire, de ce champ de plus en plus large.

Chiffres trompeurs en très grand nombre, du côté des petits malins qui savent que les contrôles fiscaux ne peuvent pas se faire à moins de 3 ans de comptabilité. Cela explique toutes ces sociétés qui se succèdent à ce rythme. Jeu des chaises musicales. Des réseaux se constituent autour de prêteurs et de comptables pivots de ces rotations qui ne créent aucune activité ni emploi nouveaux. (bars, restaurants, boutiques franchisées, services, etc …)

S’y ajoutent les innombrables " faux indépendants ", souvent anciens salariés que l’employeur a forcés à " se mettre à leur compte " totalement dépendants de leur unique donneur d’ouvrage, mis dans l’impossibilité d’en prendre d’autres. Par milliers, chauffeurs , ouvriers professionnels, techniciens, contraints d’acheter à leur donneur d’ouvrage, le véhicule, ou les machines avec lesquelles ils travaillent.

Maigres ressources. Gros horaires de travail mal rétribué. Grande fragilité. Privés de travail et de ressources à tout recul du marché du donneur d’ouvrage. En principe, ces situations devraient être requalifiées en " emploi salarié ", avec tous les redressements que cela implique. Mais qui oserait engager une telle procédure prudhommale qui s’étale sur plus de un an, beaucoup plus car l’employeur condamné fera appel…

Les étudiants sont guettés par des escrocs qui proposent du démarchage à domicile sur un secteur attribué, comme « vendeur indépendant », inscrit au registre du commerce. La pression exercée est forte, pour faire ratisser le secteur avec zèle, avec de lourds horaires contraints, mais la rémunération est calculée sur les seules ventes réalisées… *

Escrocs au « réparateur indépendant » contraint à un horaire précis de présence dans le véhicule, avec son téléphone portable, qui se rend chez le client dès l’appel relayé par le donneur d’ouvrage. Il « dépanne » et doit convaincre de souscrire un contrat de maintenance. Rétribué à la réparation et selon le nombre de contrats placés. *

Cela brosse un tableau très noir, parcellaire, qui demande à être complété par des témoignages de lecteurs.

Pourrait aussi être évoqués les rapports de sous-traitance entre entreprises, souvent marqués par l’abus de position dominante. Mais cela fera l’objet d’autres articles.

Bien sûr, il y a de très grands nombres de vraies entreprises indépendantes, qui sont créées qui embauchent et se développent sur de vraies activités.

Mais toutes ces activités sont soumises à la pression des travailleurs détachés par des entreprises de pays européens de l’Est notamment dans le cadre de la directive européenne qui permet à leur employeur de les payer au tarif du pays d’où ils viennent. L’UE tire vers le bas les conditions de travail de TOUS les pays, creuse les inégalités.

Il y a quelques années, le MEDEF ne groupait que 8 % des entreprises non artisanales. Malgré ses prétentions à parler « pour le patronat », il ne représente que les plus grosses. Cela n’a pas du progresser…

*A tous ceux qui se sont fait piéger, je conseille de préparer immédiatement leur dossier de plainte en prudhomme. Avant la rupture, recueillir tous les éléments qui permettront au juge de constater la totale subordination : secteur prospecté désigné au jour le jour, horaires contraints, sanction en cas de retard, sanction si les ventes sont faibles, prix de vente fixé, etc… et de motiver la rupture du contrat par la faute de l’employeur qui ne paye pas le temps travaillé sous contrainte, dont on réclame bien sûr régularisation.

Michel Lyon

MediaPart