Covid-19 : une mutation inquiétante détectée sur le " variant " anglais

, par  DMigneau , popularité : 0%

Covid-19 : une mutation inquiétante détectée sur le " variant " anglais

Les autorités sanitaires britanniques ont annoncé l’apparition d’une nouvelle mutation problématique sur certains cas du " variant " anglais. dpa Picture-Alliance via AFP

Une mutation présente dans le variant sud-africain a été détectée chez au moins 11 personnes ayant contracté le variant britannique. Celle-ci pourrait réduire l’efficacité des vaccins.

On commençait à s’habituer aux " variants " anglais, sud-africain, brésilien, californien, japonais. C’était sans compter sur le variant britannique… qui contient une mutation du variant sud-africain.

Difficile à suivre. Reprenons.

Les autorités sanitaires britanniques ont annoncé, le 26 janvier, qu’une mutation supplémentaire s’est glissée chez onze personnes " positives " au variant qui circule Outre-Manche. Alors que celles-ci sont situées dans le sud-ouest du pays, la BBC a rapporté la présence de la mutation dans 32 cas près de Liverpool. Or, celle-ci est déjà connue : on la retrouve dans les " variants " qui circulent en Afrique du Sud et au Brésil.

Faut-il s’en inquiéter ?

Quelques études suggèrent que ces deux derniers " variants " pourraient en partie résister aux anticorps. Avoir eu le " covid " ou être vacciné ne protégerait donc que partiellement contre ces " variants ". Et ce serait justement à cause de cette mutation, baptisée " E484K ".

Le risque est donc que le " variant " britannique contre - lui aussi - en partie l’immunité si cette mutation venait à se répandre. Si les laboratoires produisant les vaccins se veulent rassurants, ils pourraient avoir à s’adapter à l’apparition prochaine de nouveaux " variants ".

" Marianne " fait le point.

" La plus inquiétante de toutes " les mutations

D’après Ravi Gupta, professeur de microbiologie à l’université de Cambridge, la mutation " E484K " serait “ la plus inquiétante de toutes ” sur le plan immunitaire. En effet, elle modifie la protéine " Spike ", qui permet au virus de se fixer à nos cellules - et à laquelle s’attaquent les vaccins.

Ainsi, d’après plusieurs travaux menés en laboratoire, elle diminue la protection apportée par les anticorps, qu’ils proviennent d’une première infection ou de la vaccination. Une étude parue le 6 janvier rapporte également le cas d’une Brésilienne ayant contracté le " covid " en mai, et ayant été infectée par la suite avec le " variant " portant la mutation " E484K ". Mais le rôle de la mutation dans cette deuxième infection n’est pas clairement prouvé.

Qu’en disent les producteurs de vaccins ?

La bonne nouvelle, c’est que les taux d’anticorps produits par la vaccination sont très élevés avec les vaccins à ARN ”, explique Bruno Canard, chercheur à l’Université d’Aix Marseille et spécialiste des " coronavirus ".

Les deux vaccins d’ores et déjà utilisés en France, ceux de " Pfizer/BioNTech " et " Moderna ", sont de ce type. Les laboratoires " BioNtech/Pfizer " assurent que leur vaccin reste efficace à l’égard de la première version du variant britannique.

Contre le " variant " sud-africain - et donc contre la mutation " E484K " - s’il reste " protecteur ", la neutralisation par les anticorps a été moins efficace.

Ces travaux ayant été menés en laboratoire, reste à savoir ce qu’il en sera en réalité. " Moderna " évoque également “ une réduction de la neutralisation ” à propos du mutant présent en Afrique du Sud, mais dont le niveau resterait malgré tout élevé.

L’efficacité de ces deux vaccins dépasse en effet 90 % : même réduite, elle resterait viable. En revanche, des vaccins d’ores et déjà moins protecteurs pourraient être remis en question. C’est le cas de celui d’ " AstraZeneca ", accepté cette semaine par la " Haute Autorité de Santé " : son efficacité oscille entre 60 et 70 %.

Autre gros avantage des vaccins à ARN : “ il est plus simple de les adapter contre des variants ”, souligne Bruno Canard. Cela ne veut pas dire que la mission serait impossible pour les autres vaccins, mais ce pourrait être plus long pour ceux comme " AstraZeneca ".

" Pfizer " et " BioNTech " se sont dits “ prêts à réagir si un variant démontre qu’il échappe à l’immunité ” et “ estiment que la flexibilité de la plateforme de vaccin à ARNm exclusive de BioNTech est bien adaptée au développement de nouvelles variantes du vaccin si nécessaire ”.

Car l’apparition et la propagation de mutants échappant en partie à l’immunité paraissent inévitables.

Pression de sélection

En effet, cette mutation, présente chez au moins 11 personnes au « Royaume-Uni », serait survenue plusieurs fois. Autrement dit : elle n’est pas apparue chez une personne qui l’a transmis à dix autres, mais plusieurs fois chez des personnes distinctes n’ayant pas été en contact.

Comment l’expliquer ?

Une histoire de hasard, mais aussi de probabilité et de sélection.

Lorsque ce virus est entré en contact avec l’espèce humaine, la voie lui était totalement libre ", décrit le spécialiste des " coronavirus ". Pour le virus, c’était une aubaine : aucun anticorps pour le contre-attaquer. Les mutations échappant à l’immunité n’étaient alors pas spécialement avantageuses et ne se répandaient pas plus que d’autres.

Sauf que depuis un an, un certain nombre de personnes ont développé des anticorps leur permettant d’éviter d’être infectés, que ce soit après avoir contracté le " Covid " ou en s’étant fait vacciner.

Résultat : la forme “ sauvage ” du virus est mise à mal par les anticorps… et les " variants " qui leur résistent sont peu à peu avantagés.

L’augmentation du nombre de personnes ayant des anticorps dirigés contre le virus exerce de cette façon une pression de sélection ”, analyse le chercheur. D’où l’intérêt de vacciner le plus vite possible : on évite de “ laisser le temps ” au virus de muter.

" Évidemment, en théorie, il faudrait vacciner toute la population en une journée. Le virus se retrouverait face à un mur ”, décrit Bruno Canard. Mission impossible, d’où la nécessité d’anticiper ces modifications du " SRAS-cov-2 ".

Remettre la balle dans notre camp

La catastrophe, ce serait que le variant britannique acquiert toutes les mutations du variant sud-africain, ou l’inverse ” livre Bruno Canard.

Pour éviter de se retrouver démuni face à un variant à la fois très transmissible et qui échapperait aux anticorps, il faut prévoir des traitements et vaccins efficaces contre les variants susceptibles d’émerger.

Il faut pousser le virus dans ses retranchements, aller plus vite que ses mutations ”. Pour l’instant, la balle est dans le camp du virus. C’est lui qui mute, qui adaptons nos vaccins.

L’enjeu est d’inverser la tendance : avant qu’un variant combinant certaines mutations importantes n’apparaisse, il faut prévoir ce que cela impliquera - sera-t-il résistant à un vaccin ? Plus contagieux ? insiste Bruno Canard. Et ajuster nos armes en fonction de ces potentielles mutations ”.

Remettre la balle dans notre camp, en somme.

Margot BRUNET

Marianne