" Covid-19 " : Macron prend le risque de l’exaspération

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" Covid-19 " : Macron prend le risque de l’exaspération

Macron annonce un couvre feu en Île-de-France et dans 8 métropoles
Christophe ARCHAMBAULT / AFP

En annonçant un couvre-feu en Île-de-France et dans huit métropoles, Emmanuel Macron joue un peu plus avec les nerfs des Français. Et la communication gouvernementale n’est pas pour arranger les choses.

« Les gens ont l’impression qu’on est en train de faire jour après jour le chemin inverse du déconfinement. »

C’était le constat désabusé d’un membre du gouvernement, quarante-huit heures avant l’interview télévisée d’Emmanuel Macron. Et ce ne sont pas les annonces du président de la République, ce mercredi soir, qui vont le démentir.

En décidant de nouvelles mesures contre l’épidémie de " coronavirus ", le chef de l’État a pris un risque : faire " déborder " une France qui ressemble de plus en plus à une " cocotte-minute ".

Masque obligatoire, fermeture des bars, annulation ou limitation des rassemblements, chômage imposé...

Les Français subissaient déjà nombre de contraintes en vigueur depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois. S’y ajoute donc le couvre-feu dans la région « Île-de-France » ainsi que dans huit métropoles, de 21 heures à 6 heures du matin, jusqu’au 1er décembre.

Et la réactivation annoncée de " l’état d’urgence sanitaire " - c’est-à-dire le régime juridique adopté en catastrophe pendant le confinement - donnera au pouvoir plus de latitude pour prendre des mesures restrictives de liberté. De quoi tendre un peu plus la corde de l’acceptabilité... au risque de l’exaspération générale.

Contaminations à domicile

Les annonces de Macron partaient d’une volonté claire : limiter drastiquement les occasions de transmission du " Covid-19 " dans la sphère privée.

Selon une source gouvernementale, Jean Castex a présenté mardi à plusieurs ministres une étude de l’AP-HP confirmant que l’essentiel des contaminations avait lieu à domicile, à l’occasion de réunions en famille ou entre amis, ou de fêtes chez des particuliers.

D’où la focalisation sur ce point.

" Le cran que l’on franchit, c’est de toucher à la vie personnelle des gens ", glissait une ministre avant l’entretien présidentiel. Tout en insistant : " Ce sont des mesures proportionnées. L’idée, c’est de continuer à vivre, travailler ou faire ses études. "

Et de tenter d’éloigner le spectre d’un " reconfinement ", présent dans toutes les têtes.

Il n’empêche, le pouvoir voulait bel et bien donner l’impression concrète que l’étau se resserre.

" Revoir la bobine de Macron, ça fait penser au mois de mars, note un conseiller ministériel. Et le terme de couvre-feu n’est pas anodin dans notre imaginaire. Quand on prend ce type de décision, les gens comprennent qu’il se passe quelque chose. "

En clair, le but de l’interview présidentielle était de susciter un électrochoc qui ne venait pas. Car ni les multiples mises en garde d’Olivier Véran, ni les alertes de Jean Castex sur un " relâchement " n’ont semblé avoir d’effet.

" Il ne faut pas infantiliser les gens, mais les responsabiliser. C’est un équilibre compliqué. Le problème, c’est que tant que les Français ne voient pas Jérôme Salomon donner le bilan tous les soirs à la télé, ils n’y croient pas ", soupire un ministre.

Rumeurs sur les « réseaux sociaux »

La communication erratique du gouvernement n’y est sans doute pas pour rien.

Depuis la rentrée, « l’exécutif » peine à tenir une ligne à la fois claire et non contestée.

Prenons deux épisodes très discordants.

Le 11 septembre, Jean Castex prend solennellement la parole sur le perron de Matignon, à l’issue d’un « Conseil de défense »... pour ne quasiment rien annoncer et simplement appeler " à la prudence " !

Le 23 septembre, c’est l’excès inverse : Olivier Véran annonce d’un coup la fermeture des bars et restaurants à Marseille et Aix, s’attirant une bronca des élus locaux et de l’opposition.

« L’exécutif » a tiré la leçon de ces épisodes et veille maintenant à aménager la piste d’atterrissage. Ainsi, l’Élysée a annoncé plusieurs jours à l’avance l’interview de Macron et laissé circuler l’idée d’un couvre-feu, histoire de préparer les esprits. Même si cette méthode a l’inconvénient de créer un délai d’incertitude pendant lequel toutes sortes de rumeurs envahissent « réseaux sociaux » et conversations " WhatsApp ".

Reste à savoir jusqu’à quel point il est possible de " jouer avec les nerfs " des Français, alors que les ravages économiques de la crise deviennent de plus en plus concrets.

Mardi soir, plusieurs ministres concernés par la lutte contre le " Covid " étaient réunis à Matignon, et certains se sont " écharpés " sur le couvre-feu envisagé. Comme si le relatif " consensus national " qui entoure les mesures sanitaires commençait à se briser, jusqu’au cœur du gouvernement.

Louis HAUSALTER

Marianne