Coup de force à la tête du Tamil Nadu

, par  DMigneau , popularité : 64%

Coup de force à la tête du Tamil Nadu

Moins d’un mois après le décès de Jayalalithaa, actrice et politicienne adulée par la population du sud de l’Inde, sa confidente s’apprête à prendre le pouvoir, sans être jamais passée par les urnes.

Le fonctionnement de " la plus grande démocratie du monde " a parfois de quoi laisser songeur. Après la tristesse indescriptible qui s’est répandue début décembre au Tamil Nadu à l’annonce de la mort de Jayalalithaa, ancienne actrice devenue femme politique et par six fois ministre en chef de cet Etat situé à la pointe sud de l’Inde, voilà que sa confidente, qui aura vécu durant trois décennies dans son ombre, s’apprête à prendre les rênes du gouvernement régional.

Le 31 décembre, moins d’un mois après la disparition de son idole, Sasikala Natarajan a été propulsée à la tête du parti au pouvoir à Madras, le All India Anna Dravida Munnetra Kazhagam (AIADMK).

Et les caciques de cette formation dravidienne se démènent désormais pour l’asseoir dans le fauteuil de ministre en chef, en lieu et place de celui qui l’occupe actuellement, Ottakarathevar Panneerselvam. Un homme qui a déjà assumé à plusieurs reprises l’intérim, notamment lorsque Jayalalithaa et sa fidèle Sasikala avaient été condamnées pour corruption et emprisonnées en 2014, conduisant certains de leurs administrés à se suicider en guise de protestation.

Ainsi va la politique en Inde. Sasikala ne jouit d’aucune légitimité électorale et ne peut se targuer d’aucune expérience ministérielle, elle devrait selon toute vraisemblance diriger bientôt le Tamil Nadu et ses 78 millions d’habitants, sans passer par les urnes.

Apparemment, les militants de l’AIADMK y sont majoritairement favorables, parce que Jayalalithaa voyait en Sasikala une intime, " la sœur " qu’elle n’avait jamais eue. Une sœur qui, disait-elle, avait même fini par prendre la place de sa mère.

A Madras, on raconte aujourd’hui que si la population n’a jamais entendu la voix de Sasikala, cette dernière tirait les ficelles du pouvoir depuis des années, avec la complicité de plusieurs membres de sa famille.

Elle appartient à la communauté Thevar qui se réclame de diverses origines divines et qui a toujours pesé sur la politique locale. Son accession au pouvoir est loin d’être anecdotique : l’AIADMK est le troisième parti le mieux représenté à la chambre des députés de Delhi. Il compte 37 élus, ce qui le place loin derrière le BJP de Narendra Modi mais juste derrière le Congrès de la famille Gandhi.

Il serait d’ailleurs intéressant, à ce propos, d’interroger Sonia et son fils Rahul sur les petits arrangements entre amis en cours au Tamil Nadu. Car les héritiers de Nehru donnent - eux aussi - un spectacle affligeant alors que se profile une élection de première importance en Uttar Pradesh, l’Etat le plus peuplé de l’union indienne (204 millions d’habitants).

Le parti du Congrès n’a pas voulu prendre le risque de placer en tête de liste Rahul Gandhi, trois ans après l’humiliation subie par celui-ci aux législatives. Or, si c’est Sheila Dikshit, l’ancienne chef du gouvernement régional de Delhi, qui mène officiellement campagne, Rahul lui vole systématiquement la vedette dans les médias en alignant maladresses et coups de menton dérisoires.

Après tout, ce n’est peut-être pas si choquant, quand on voit comment la famille Yadav, au pouvoir à Lucknow pour encore quelques semaines, se déchire à coup de putsch et de défilés au tribunal. Mulayam Singh Yadav et son fils Akhilesh n’en ont sûrement pas terminé avec leurs règlements de comptes et semblent se contreficher - eux aussi - de ce que peuvent bien penser les électeurs d’Uttar Pradesh.

Dans sa résidence du 7 Lok Kalyan Marg, au cœur de la capitale de l’Inde, Narendra Modi doit se frotter les mains.

Guillaume DELACROIX

MediaPart