Costa Rica : entre libéralisme et développement durable

, par  DMigneau , popularité : 64%

Costa Rica : entre libéralisme et développement durable

" There’s no alternative " disait Margaret Thatcher, alors dame de fer du Royaume-Uni. Pourtant certains pays ont essayé et parfois réussi à imposer un autre modèle que le tout-libéralisme. Cette semaine Marianne propose un tour du monde de ceux qui ont essayé une autre voie. Aujourd’hui, le Costa Rica, petit pays d’Amérique centrale qui essaye tant bien que mal de montrer que le développement durable, ça vaut la peine d’essayer.

Garder un cap de croissance et rembourser sa dette sans compromettre ni l’environnement ni le peuple, c’est le pari osé que fait le Costa Rica, petit pays de l’isthme central américain. Situé comme un pont entre les gigantesques continents d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud, ce pays de 4 millions d’habitants fait figure d’exception régionale et parfois mondiale quant à son ambition de défense de la nature, de la paix et de la démocratie.

Contrairement à la politique de déforestation qui domine en Amazonie, la surface des forêts costaricaines, elle, augmente depuis 1985, notamment grâce aux subventions du gouvernement pour les propriétaires terriens qui s’engagent à maintenir ou à augmenter les parts de forêt sur leurs terres.

Le Costa Rica, en plein développement économique, refuse de se résigner à attendre qu’il soit tard pour préserver son patrimoine naturel exceptionnel. Face au constat des Nations Unies sur le déclin des zones naturelles en 2010, le pays de la « Pura Vida », lui, ne peut pas être placé sur le banc des coupables. Détenteur de 6 % de la biodiversité mondiale, c’est aujourd’hui le quart du pays qui est classé comme zone écologique protégée, une aubaine pour des éco-touristes passionnés de nature, mais aussi pour les narcotrafiquants et autres braconniers.

La paix avec tout le monde, vraiment ?

Premier pays de la planète à supprimer son armée dans sa constitution en 1949, le budget militaire sera réinvesti dans la santé et l’éducation, véritables socles de la politique du Costa Rica pour assurer la paix sociale. Aujourd’hui, 97 % de la population est alphabétisée et bénéficie d’un système de sécurité sociale que beaucoup de pays d’Amérique lui envient.

L’espérance de vie qui atteint 79 ans se trouve être parmi les plus longues de toute l’Amérique latine. Et, près de 60 ans après avoir supprimé une armée qui « inspirait plus la peur que le sentiment de sécurité », la nouvelle ambition costaricaine est maintenant de faire la « paix avec la nature ».

L’objectif de cette politique lancée en 2007 : devenir l’un des premiers pays au monde à être neutre en carbone d’ici 2021. Le pays persévère donc dans la reforestation pour absorber les excès de carbone et souhaite en parallèle réduire le nombre de voitures par la construction d’un train électrique au centre de la capitale de San José. Si déjà 90 % de l’électricité du pays est produite par des énergies renouvelables, le pays manque cruellement de fonds pour mettre en œuvre ses projets environnementaux. La preuve : le recyclage des eaux usées est catastrophique, seulement 25 % de ces dernières sont traitées avant de se déverser dans le « paradis vert » du Costa Rica.

Pour Pascal Olivier Girot, observateur du pays depuis trente ans, « Le Costa Rica a pris très sérieusement le défi du développement durable, mais les marges de manœuvres sont assez réduites au niveau de l’endettement public alors que pour solutionner tous les problèmes environnementaux, il faudrait un investissement important. Le pays essaye de maintenir un équilibre entre ses politiques sociales progressistes, la nationalisation des secteurs clés et l’ouverture sur des marchés privés. »

Si le président costaricain Rodrigo Carzo est le premier centraméricain à tenir tête au FMI en refusant de payer la dette publique en 1978, c’est aujourd’hui la rigueur qui semble à l’ordre du jour.

Capitaliser sur les écosystèmes

L’économie du pays a longtemps été basée sur la production et l’exportation agricole, en particulier de bananes, de café ou de sucre. Aujourd’hui, si le poids de ces secteurs est toujours bien réel, les revenus liés au tourisme et en particulier à l’éco tourisme sont en pleine expansion.

En effet, les amoureux de la nature viennent du monde entier pour découvrir les forêts exubérantes et les plages protégées de la Mer des Caraïbes et de l’Océan Pacifique. Mais pour beaucoup d’acteurs présents sur le terrain, interrogés par une journaliste brésilienne « la conscience verte de la plupart des promoteurs de l’écotourisme et des politiciens locaux est plus étroitement liée au dollar vert qu’au souci de la préservation de la biodiversité à long terme ».

Pour le sociologue et éducateur populaire Oscar Jara, l’accélération des politiques néolibérales des années 90 aurait affectée l’évolution des initiatives de développement durable. Si avec la constitution de 1949, beaucoup de secteurs comme les banques, les compagnies d’assurances et l’électricité sont nationalisés, les politiques d’ajustement structurels des années 90 marquent en effet une ouverture de plus en plus prononcée aux secteurs privés et aux marchés internationaux, pas toujours des plus enclins à se transformer en écolo.

Oui au libre échange américain, mais pas sans l’accord du peuple

Entre 2003 et 2007 surgit une vague de mobilisations sans précédent contre le projet des Etats-Unis d’un traité de libre échange avec cinq pays d’Amérique centrale, dont le Costa Rica. Pour le principal opposant politique du CAFTA, Otton Solis, « La loi de la jungle profite aux gros animaux. Au Costa Rica, nous ne sommes que des insectes. »

Considérée comme la démocratie la plus vieille et la plus stable de toute l’Amérique latine, la Côte riche est alors le seul état à soumettre la ratification du traité à un référendum populaire. Le « oui » l’emportera de justesse. Pour l’observateur Pascal Olivier Girot, huit ans plus tard et avec un taux de chômage proche des 8 %, « le bilan est mitigé, il n’y a pas de remise en cause du traité de la part du peuple, mais les retombées économiques sont moins importantes que n’auraient voulu le croire ceux qui défendaient le traité à la base ».

Le Costa-Rica reste entre deux eaux, une sensibilité pour le développement durable qui tend vers le marketing écologique ou ce que les américains aiment à appeler le « greening » et des ambitions sociales supérieures à la moyenne mais sans rien renier de son modèle libéral. Un modèle contradictoire, difficile à tenir tant les lois de la nature semblent incompatibles avec l’enrichissement sans limites des populations.

Mathilde Régis

Marianne