Coronavirus : miné par la gestion chaotique de Bolsonaro, le Brésil s’enfonce dans la crise

, par  DMigneau , popularité : 0%

Coronavirus : miné par la gestion chaotique de Bolsonaro, le Brésil s’enfonce dans la crise

C’est désormais vers les militaires que se tournent tous les regards... - © ANDRE BORGES / NurPhoto / NurPhoto via AFP

La gestion chaotique du pays par Bolsonaro plonge le pays dans une triple tourmente sanitaire, économique et désormais politique. L’ombre des militaires plane désormais au-dessus du pays.

Le meilleur allié de Jaïr Bolsonaro vient encore de le lâcher. Donald Trump, convaincu comme le président brésilien des bienfaits de la chloroquine contre le " Covid-19 ", a interdit ce lundi 25 mai l’entrée des Brésiliens sur le territoire américain.

« Dans les relations internationales, l’expression " cordon sanitaire " est utilisée comme une métaphore de l’isolement des pays pour des raisons idéologiques. Aujourd’hui, les États-Unis ont décidé de l’appliquer au sens littéral contre le Brésil. Il est probable que d’autres nations feront de même. Nous sommes devenus un risque sanitaire mondial », estime le professeur en relations internationales de l’Université de Rio de Janeiro, Mauricio Santoro.

Avec 23 473 morts et 374 898 cas positifs officiellement recensés ce lundi, le Brésil est devenu l’un des nouveaux grands foyers de la maladie.

SCIENCE ET BOLSONARO

Selon le groupe scientifique brésilien « Covid 19 », le Brésil va dépasser les États-Unis en nombre de cas dans les prochaines semaines.

Depuis un mois, Jaïr Bolsonaro n’a pas changé d’attitude, malgré l’augmentation du nombre de décès. Il a continué à provoquer des réunions inutiles, à critiquer les gouverneurs qui ont imposé le confinement, et à ignorer les conseils de ses ministres de la Santé.

Le premier, Luiz Henrique Mandetta, voulait mettre en place les recommandations de l’OMS et a été sèchement remercié le 16 avril dernier.

Un mois plus tard, le 15 mai dernier, son successeur Nelson Teich a été contraint de démissionner : il avait refusé d’endosser le nouveau protocole d’utilisation de la chloroquine que le président voulait à tout prix.

Depuis, c’est un militaire, nommé ministre « intérimaire » de la Santé, qui a bel et bien fait entériner le protocole sur la chloroquine.

Dix jours après la démission de Nelson Teich, le Brésil continue sans ministre de la Santé de plein exercice, au plus fort de la pandémie.

« Le président cherche un ministre qui défend la chloroquine et refuse tout confinement. Une pure folie ! », se désole Margareth Portela, chercheuse à " la Fiocruz ", le plus grand centre de recherche médical brésilien.

PAS DE CONFINEMENT

Jair Bolsonaro s’est toujours opposé au confinement pour des raisons économiques. Mais son attitude a, au contraire, miné la crédibilité du pays : le " real " est la monnaie qui s’est le plus dépréciée cette année au sein des pays " émergents ", avec une perte de 29 % par rapport au dollar. Dans un rapport ce lundi, la banque " Crédit suisse " définit désormais le " real " comme une « monnaie toxique ».

La Chine, qui achète la majorité de la production agricole brésilienne, s’inquiète d’un risque de pénurie et cherche dès à présent d’autres fournisseurs.

Comme un avant-goût de " sauve-qui-peut "…

Et tandis que les crises sanitaire et économique s’emballent, le gouvernement s’empêtre dans une crise politique qui menace tout l’édifice, suite à la démission du ministre de la Justice Sergio Moro le 25 avril dernier.

L’ancien juge a accusé le président de vouloir nommer " des proches " à la tête de la police fédérale afin de protéger ses fils, poursuivis pour corruption et " blanchiment d’argent ".

La gravité de l’accusation contre le président a obligé le Procureur a ouvrir une enquête. L’ancien ministre a cité une réunion récente entre le président et son gouvernement pour étayer ses accusations. La vidéo de cette réunion rendue publique vendredi dernier montre en effet un président jurant de « limoger ceux qui veulent foutre en l’air sa famille », entre une trentaine d’autres vulgarités.

En plus de cette enquête, 27 demandes en destitution contre Bolsonaro ont été déposées au parlement.

« Pour l’instant, aucune n’a été présentée car les 2/3 des parlementaires ne se sont pas réunis pour l’approuver. Bolsonaro a renforcé sa base au Congrès en distribuant postes et faveurs aux partis du centre, totalement " clientélistes ", pour réduire le risque d’une destitution  », considère le professeur Oliver Stuenkel, de la " Fondation Getulio Vargas ". Mais avec la pandémie et ses graves conséquences économiques, peu de monde croit encore à l’avenir du président.

C’est désormais vers les militaires que se tournent tous les regards. Présents en nombre dans le gouvernement, leur attitude sera déterminante pour ce mandat comme pour le futur de la démocratie brésilienne. Comme le président, une aile radicale de l’armée appelle en effet à prendre les armes pour défendre le gouvernement.

Alexandra Saviana

Marianne