Coronavirus : l’OMS prise dans la guerre " Chine - Etats-Unis "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Coronavirus : l’OMS prise dans la guerre " Chine - États-Unis "

Le fort tropisme chinois de Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général éthiopien de " l’Organisation mondiale de la Santé " (OMS), provoque la polémique. - JU PENG / XINHUA / Xinhua via AFP

Après que Donald Trump ait menacé à demi-mots de couper la subvention américaine à l’OMS, la polémique sur le fort tropisme chinois de son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, prend de l’ampleur. Accusé d’avoir aidé Pékin à minimiser l’ampleur de l’épidémie dans la région de Wuhan, il est désormais sommé de démissionner.

Il est devenu " la bête noire " de la « Maison-Blanche » et de nombreux élus " Républicains " comme de John Bolton, l’ancien conseiller du Président mais son rôle interroge aussi au-delà des États-Unis : pour le moins, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général éthiopien de « l’Organisation mondiale de la Santé » (OMS) ne fait pas actuellement l’unanimité.

Les cercles " trumpiens " l’accusent ni plus ni moins que d’avoir couvert les « mensonges » ou les demi-vérités de la Chine relatifs à la gravité de l’épidémie, quand celle-ci a vraiment éclaté dans la ville de Wuhan, à la mi-décembre 2019.

A l’époque, il n’y est encore question ni de confinement, ni même d’une limitation drastique des déplacements, dans et hors la zone.

Au demeurant, pourquoi s’inquiéter outre-mesure puisque dans la capitale, Wang Guangfa, sommité des maladies respiratoires, affirme que la mobilisation contre la contagion a été menée « rapidement et efficacement ».

Contaminé des semaines plus tard lors d’une visite... à Wuhan, sans vraiment se déjuger, le spécialiste admettra la nécessité de mesures beaucoup plus sévères.

Le " formidable leadership " de Xi Jinping

Il faudra en tout cas attendre le 20 janvier avant que la Chine ne reconnaisse la réalité de la transmission du virus par contact humain. Et dix jours supplémentaires avant que l’OMS ne décrète, le 30 janvier, le " Covid 19 " « urgence de santé publique mondiale ».

Grave, mais pas tant que cela puisque l’agence onusienne ne recommande pas alors de limiter le commerce international ni les mouvements entre pays et continents.

Que dit à ce moment-là Tedros Adhanom Ghebreyesus : « C’est le moment de la solidarité, pas de la stigmatisation  »

Qui et que vise-t-il ?

La veille, Trump a annoncé le " black-out " sur les vols en provenance de Chine. Et visiblement les Chinois en ont pris ombrage.

Le 31 janvier, comme en écho à la petite phrase de Tedros Adhanom Ghebreyesus, l’ambassadeur de Pékin sur le site de l’ONU à Genève, Xu Chen, déclare : « Il n’est pas nécessaire de paniquer inutilement ni de prendre des mesures excessives  », avant de se féliciter des bonnes relations entre son pays et l’OMS.

Celle-la « fait pleinement confiance à la Chine », affirme-t-il.

Sans le moindre risque d’être contredit puisque le directeur général ne manquera pas une occasion de saluer « la réactivité chinoise » et le « formidable leadership » de Xi Jinping.

De quoi alimenter aujourd’hui les colères de Trump (« l’OMS s’est vraiment planté ») ou encore du vice-Premier ministre japonais Taro Aso suggérant de rebaptiser l’agence onusienne « l’Organisation chinoise de la Santé ».

Les divers conseillers du milliardaire ont évidemment ressorti le CV de l’Ethiopien pour y trouver les preuves d’une collusion d’intérêt manifeste. Ainsi, les conditions mêmes de son élection à la tête de l’OMS en mai 2017, après que Pékin ait fortement appuyé la candidature de cet ancien membre du parti communiste éthiopien.

" Il ne faut pas politiser le virus "

En réalité, avant même son accession à la tête de l’agence, le parcours du directeur général aura été marqué par plusieurs polémiques.

La plus destructrice ayant été d’avoir nommé feu le dictateur Robert Mugabe, le « Comrad Bob » qui mit le Zimbabwe à genoux, " ambassadeur de bonne volonté " de l’OMS en Afrique...

Rien de si surprenant pour nombre d’ONG rappelant la présence de Tedros Adhanom Ghebreyesus comme ministre des Affaires étrangères dans un gouvernement qui réprima dans le sang des manifestations en novembre 2015 et en août 2016, causant la mort de plusieurs centaines de personnes.

Sous la pression, et après avoir pris son temps, le directeur général annula finalement la nomination d’un Mugabe ayant par ailleurs toujours entretenu d’excellents rapports avec Pékin.

La Chine joue aujourd’hui un rôle très actif au Zimbabwe comme en Éthiopie, sa " porte d’entrée " privilégiée sur le continent africain.

En l’attaquant frontalement, Trump tente évidemment de faire oublier ses propres errances dans la gestion du " Covid 19 " mais poursuit aussi le " bras de fer " avec un régime chinois qui avance ses pions un peu partout à la faveur du désordre mondial en cours.

Complice actif - ou pas - de cette offensive, Tedros Adhanom Ghebreyesus fait pour l’instant " le dos rond ", mime l’apaisement mais affirme benoîtement qu’« il ne faut pas politiser le virus » alors que " les couteaux sont sortis " de part et d’autre.

Des pétitions réclamant sa démission circulent un peu partout.

Sur le site " The Hill ", pas le plus " pro-Trump " aux Etats-Unis, le professeur Henri Thayer de l’Université de San Antonio (Texas) et Lianchao Han, vice-président de " Citizen Powers Initiatives for China " ont fait de même.

Pour eux, pas de doute : «  Tedros a apparemment fermé les yeux sur ce qui s’est passé à Wuhan et dans le reste de la Chine et, après sa rencontre avec Xi en janvier, a aidé la Chine à minimiser la gravité, la prévalence et l’ampleur de l’épidémie de Covid-19.  »

Alain Léauthier

Marianne