Coronavirus : La Poste hésite entre " droit de retrait " et " continuité du service public "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Coronavirus : La Poste hésite entre « droit de retrait » et « continuité du service public »

Philippe LOPEZ / AFP

Direction et syndicats tâtonnent pour maintenir le « Service public », tout en protégeant les agents. Le courrier est désormais distribué le mercredi, jeudi, vendredi. " Médiapost " devrait distribuer la presse les lundi et mardi.

L’épidémie est un défi quotidien qui oblige " La Poste ", aux effectifs clairsemés, à revoir son organisation au jour le jour. Et ce tâtonnement, naturellement, déboussole, irrite les Français lorsqu’ils se " cassent le nez " devant leur agence, fermée le plus souvent d’un simple panonceau " pour raison sanitaire ".

Depuis le début de la pandémie du " Coronavirus ", en effet, " La Poste " et les postiers, qui veulent devenir " la première entreprise de services de proximité humaine ", ont dû " baisser le rideau " de 5 841 bureaux pour n’en conserver que 1 600 ouverts, écartelés entre leurs missions de « Service public » et la peur de 249 000 collaborateurs d’être contaminés, faute de protections suffisantes, au début du confinement.

Ce weekend, de surcroît, et le lundi 6 avril, " La Poste " devra permettre à tous les précaires de France de percevoir en liquide leurs allocations sociales...

Après d’âpres discussions avec ses syndicats, qui appellent les agents à faire valoir leur « droit de retrait » lorsqu’ils ne disposent pas de gel hydroalcoolique, de gants ou de masques - un problème heureusement en cours de résolution - , la direction de " La Poste " a ordonné à ses postiers de ne distribuer le courrier et les colis que trois jours par semaine : les mercredi, jeudi et vendredi.

Mais pour satisfaire les éditeurs de presse qui l’accusaient de faillir à ses engagements de « Service public », " La Poste " va mobiliser sa filiale " Mediapost ", dont les 8 000 salariés distribuent habituellement des prospectus et des imprimés commerciaux et sont au « chômage partiel » depuis le 16 mars.

POURQUOI UN TEL TÂTONNEMENT DANS LA CRISE ?

Avec leurs véhicules de services, des volontaires de moins de 60 ans devraient ainsi distribuer les journaux les lundi et mardi, dès la semaine prochaine.

" Nous sommes encore en négociation sur leur rémunération, mais on nous a garanti qu’ils seraient équipés de masques, gel et gants ", détaille Claudine Bringart de la CFDT, premier syndicat de " Mediapost ".

A sa connaissance, 1 300 salariés se sont déjà déclarés disponibles.

Enfin, " La Poste " s’est organisée pour permettre aux allocataires de « minima sociaux » qui disposent en très grande majorité d’une carte de retrait, de retirer leurs " aides sociales " sur les distributeurs bancaires de " La Poste " dès ce samedi 4 avril.

Les montants maximaux de retrait ont été relevés à 1 500 euros.

Dans le " Grand Sud ", 2 263 agents sur 8 000 sont absents. Pas parce qu’ils ont été contaminés par le " coronavirus " ou parce qu’ils exerceraient leur « droit de retrait », mais simplement parce qu’ils sont malades ou doivent s’occuper de leurs enfants.

" Cette solution de distribution sur trois jours imposée par notre direction a le mérite de permettre aux facteurs, aux personnels qui trient les plis et les paquets, de pouvoir se confiner quatre jours par semaine, explique Serge Taza de l’ " UNSA " des Bouches du Rhône. Les lundi et mardi, les bureaux de poste peuvent être désinfectés de fond en comble. "

Des protections en plexiglas seront bientôt installées partout.

De quoi calmer les inquiétudes.

SENTIMENT DE TRAHISON

Taza, cependant, souhaite que son employeur soit plus explicite sur la gestion des colis, qui " embolisent " les plates-formes qui les gèrent.

" En confinement, je demande aux citoyens de n’envoyer que des paquets essentiels , tonne le syndicaliste. Exposer des postiers pour distribuer des baskets ou du maquillage, c’est superflu ! "

Et démobilisant, car les postiers, qui ignorent le contenu des colis, ne peuvent donner la priorité aux commandes urgentes de malades qui attendent - eux - leurs médicaments.

" Dans notre département, un patient qui avait commandé son matériel d’aide respiratoire l’a attendu 9 jours ", se désole ainsi Taza.

Pour beaucoup, les Français se sentent trahis, lorsqu’ils " se cassent le nez " sur la grille de leur bureau fermé et se disent qu’heureusement les caissières de supermarché n’ont pas été aussi promptes à exercer leur « droit de retrait ».

Mais au début du confinement, c’est la " médecine du travail " qui a fermé des centaines de petites agences. " Dans ces locaux où l’on se côtoie à dix dans 50 mètres carrés, il était impossible de respecter les consignes de distanciation sociale. Voire d’avoir accès à un point d’eau. On ne pouvait pas travailler comme ça, " la boule au ventre ", avec les facteurs qui préparent pendant une ou deux heures leurs tournées en bureau, avant de sortir ", raconte Emmanuelle Bardot, responsable d’équipe dans le Morbihan, département breton éprouvé par l’épidémie de " coronavirus ".

" Ça marche au ralenti "

Dans la Sarthe, qui appartient à la région moins touchée des Pays de Loire, les difficultés sont moins aigües. " Ça marche au ralenti, mais on ne manque pas de gel ", précise un agent en " télétravail ".

Pour permettre aux équipes de s’éviter, les rotations ont été décalées : une heure s’écoule avant qu’une deuxième équipe relève la première. Ainsi chaque « site postal » du pays, en principe, doit accueillir moins de 50 % de ses effectifs habituels.

En pleine diversification d’activités, les postiers qui, sur 170 sites, distribuent quotidiennement des repas, des médicaments aux personnes âgées, maintiennent avec fierté ces services de proximité, effectués par des agents dédiés.

En partenariat avec « l’Éducation nationale », ils distribuent aussi aux familles privées d’équipements informatiques ou de connexion numérique, des matériels ou des " devoirs à la maison " préparés par les enseignants et les « administratifs » des écoles.

En respectant, comme pour les recommandés et les colis, les mesures de protection du dernier mètre : sans contact ni signature.

Laurence Dequay

Marianne