Comment réagirait la Chine en cas de frappes américaines sur la Corée du nord ?

, par  DMigneau , popularité : 64%

Comment réagirait la Chine en cas de frappes américaines sur la Corée du nord ?

Dans son éditorial datant du 20 septembre 2016, soit peu de jours après le cinquième essai nucléaire nord-coréen, le journal chinois " Global Times " qui reflète le point de vue du gouvernement chinois et de l’armée chinoise, titrait : « Si les Etats-Unis, la Corée du Sud, le Japon d’un côté et la Corée du Nord de l’autre veulent s’affronter, la Chine ne pourra pas les retenir ».

Je relève quelques points de cet article pour essayer de décortiquer la position chinoise sur cette affaire :

« (…) Actuellement la menace nucléaire nord-coréenne reste " théorique ", elle est même considérée comme un " mythe ". Mais si la Corée du nord parvient à miniaturiser son ogive nucléaire - C’est fait. C’est la toute dernière conclusion des analystes de la Défense américaine, cf le " Washington Post " d’hier, ndk - et à rendre ses armes nucléaires lançables par missiles, sa menace nucléaire vis-à-vis des Etats-Unis deviendra réelle et pressante.

Que va-t-il se passer alors ?

Nous pensons que cette question a déjà provoqué des idées assez impulsives dans les sphères de décision qui ne se limitent pas à un pays - donc aussi chez les dirigeants chinois, ndK - . (…) »

« (…) Depuis toujours, d’une part la Chine peut difficilement influencer la Corée du Nord, d’autre part elle n’arrive pas à convaincre les Etats-Unis, la Corée du sud et le Japon.

Nous avons beau fait beaucoup d’efforts, mais la détérioration de la situation dépasse très largement la possibilité de contrôle de la Chine.

La Chine s’oppose à ce que la péninsule sombre dans la guerre ou le chaos, mais ce n’est qu’une attitude et une direction d’effort, mais ce n’est pas notre responsabilité absolue qui dépasserait toutes les autres. (…) »

« (…) Si la confrontation entre la Corée du nord d’une part et la Corée du sud, les Etats-Unis et le Japon de l’autre se développe vers une direction irrationnelle, la Chine doit réfléchir d’un côté à empêcher cette confrontation, d’un autre à bâtir progressivement une capacité à ne pas être entraînée profondément dans le chaos de la péninsule.

C’est une manœuvre apparemment difficile, mais sa possibilité réelle existe. (…) »

« (…) Actuellement, les Etats-Unis, la Corée du sud et le Japon ainsi que la Corée du nord formulent des demandes irréalistes vis-à-vis de la Chine.

La Chine doit laisser les deux camps s’habituer à notre attitude actuelle et abandonner leur rêve.

Sur cette base, la Chine doit renforcer sa capacité à contrer les menaces de crise de la péninsule sur ses propres intérêts, déclarer ouvertement les lignes rouges à ne pas franchir.

Par exemple, les sites d’essais nucléaires nord-coréens ne doivent pas être proches de la frontière chinoise, les dispositions militaires américano-sud coréennes ne doivent pas directement menacer la Chine, etc. (…) »

« (…) Cette période où elle gardera un " profil bas " ne signifie pas que la Chine abandonne de son propre chef son influence sur l’Asie du nord-est.

Nous pouvons profiter de cette période pour améliorer nos forces nucléaires stratégiques, renforcer la capacité d’une réaction rapide de nos armées face à la péninsule (souligné par moi) afin de montrer notre droit de parole en ce qui concerne la conclusion finale de la question de la péninsule(…) »

« (…) La Chine doit être préparée à la pire situation dans la péninsule coréenne tout en ouvrant pour une meilleure, mais elle ne doit pas trop exiger d’elle-même pour cela.

Du moment que la Chine est prête pour la pire des situations, toutes les autres situations sont relativement meilleures. Si elle y parvient, alors nous pouvons de nouveau nous sentir une tranquillité stratégique en ce qui concerne la péninsule coréenne (…) »

Cet éditorial qui date d’il y a presque un an a été, en fait, suivi par l’élaboration d’une ligne directrice de Pékin.

Les " lignes rouges " pour PyongYang : éloignez vos sites d’essai. Tout accident nucléaire sera considéré comme un franchissement de ligne rouge.

" Lignes rouges " pour les Etats-Unis, certainement répétées à Trump par Xi Jinping en Floride lors de leurs échanges : vous voulez des frappes " chirurgicales " contre les sites nucléaires de la Corée du Nord et contre le ou les dirigeants ? Soit, on vous dit que le risque est bien grand pour la Chine : pollution nucléaire, réfugiés en masse, etc.

Mais pas question - quoi qu’il arrive - qu’un régime " anti-Pékin " s’installe à PyongYang et pas question que les troupes américaines soient à la frontière de la Chine.

Le général à la retraite Yan Jiangfeng, mais qui avait été chef des renseignements des forces stratégiques chinoises et surtout conseiller militaire à PyongYang pendant sept ans, a sans doute contribué à définir la ligne de conduite de la Chine en cas de frappes américaines pour la Commission centrale des affaires militaires :

La Chine ne pourra pas empêcher une confrontation militaire, notamment la résolution des Américains de frapper Kim et ses sites nucléaires ;

La Chine tout comme les Américains sont signataires directs de l’armistice de juillet 1953, comme une des parties belligérantes de la guerre de Corée toujours théoriquement en cours faute de traité de paix.

Si l’un des belligérants entreprend une action militaire qui rompt l’armistice, les autres parties ont une base légale pour réagir.

Les troupes chinoises peuvent alors retourner en Corée et pousser jusqu’au 38ème parallèle. Cela aura l’avantage de sécuriser les zones touchées par les frappes pour juguler le risque de contamination, de contrôler la situation dans le pays et empêcher des millions de réfugiés de fuir en Chine et de maintenir les troupes américaines à distance de la frontière chinoise.

Cela correspondrait à " la pire des situations " dont il est question dans l’article cité et au sens de la formule qu’on y trouve de « la capacité d’une réaction rapide de nos armées face à la péninsule ».

Il est raisonnable de penser que des discussions sino-américaines sur ces scénarios ont certainement eu lieu.

Notez combien de fois M. Trump a parlé de l’aide de la Chine ou de l’aide qu’il attend de la Chine.

Il est aussi raisonnable de penser que les Chinois chercheront à négocier autre chose s’il devait y avoir ce scénario d’une frappe américaine suivie d’une entrée des troupes chinoises en Corée du Nord : le démantèlement du système " THAAD ", les mains libres de Pékin en ce qui concerne Taiwan, etc.

Science-fiction que tout cela ?

Nous serons bientôt fixés.

kory

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