Commémorations du 11 novembre : l’impuissance de Macron et son multilatéralisme

, par  DMigneau , popularité : 0%

Commémorations du 11 novembre : l’impuissance de Macron et son multilatéralisme

Derrière le discours de façade, un multilatéralisme à l’agonie

Le dimanche 11 novembre, devant un parterre de dirigeants internationaux de tout horizon, de Trump à Poutine en passant par Netanyahou et Erdogan, mais pas par Orbán, absent pour l’occasion, Macron s’est livré à un éloge du multilatéralisme que ses homologues ont bien du souffrir mais qui ne changera rien à la situation politique internationale.

En effet, l’ancien ambassadeur Michel Duclos souligne que ces commémorations ont été pensée dans « l’idée de construire un début de coalition de pays qui défendent le multilatéralisme ».

Or, même si dans l’entourage de Macron on voulait « faire résonner le 11 novembre 1918 avec le 11 novembre 2018 » afin de « faire de ces célébrations un moment du présent, pas uniquement du passé », force est de constater que derrière le discours de façade la réalité des relations internationales est plus à la polarisation suivant les intérêts particuliers des différentes puissances régionales et impérialistes qu’à la concorde entre les peuples.

Le « combat pour la paix » et contre le « repli, la violence et la domination » dont Macron veut se faire " le champion " avec sa " politique multilatérale " est loin de constituer une réalité même assénée 100 ans après la fin de « la Grande guerre ».

D’ailleurs, l’après-midi des commémorations consacré au « Forum de Paris sur la paix », censé sacrer le multilatéralisme tant vanté par Macron, a été de ce point de vu un fiasco.

En effet, les principaux chefs d’État ne se sont pas sentis concernés et ont déserté l’événement.

Trump, partisan de l’unilatéralisme, s’est ainsi rendu au cimetière américain de Suresnes pour honorer les soldats américains morts pendant le premier conflit mondial.

Dans la même veine, Poutine et Netanyahou n’ont pas daigné se rendre au forum.

Devant cette défection des principaux leaders mondiaux, les appels aux « multilatéralisme fort » de Macron n’ont pas vraiment trouvé d’écho.

Merkel, son alliée très fragilisée dans la défense du multilatéralisme, s’est essentiellement contentée de marquer son « inquiétude d’être de nouveau face à un nationalisme à œillères » qui remet en cause « la coopération internationale » et « le projet européen de paix ».

Retrouvant les accents qu’il avait adopté en soulignant le retour d’un climat des " années 30 ", Macron s’est ainsi posé en défenseur, bien solitaire contre « les retours des passions tristes, le nationalisme, le racisme, l’antisémitisme, l’extrémisme, qui remettent en cause cet horizon que nos peuples attendent ».

Mais cette diatribe purement moraliste est complètement impuissante face à la montée des tensions interétatiques et à la montée de courants réactionnaires et autoritaires qui se proposent de défendre les intérêts des capitalistes nationaux de façon plus agressive sur l’arène internationale.

C’est d’ailleurs la logique du capitalisme lui-même qui produit cette concurrence entre les Etats et qui les exacerbe en temps de crise comme ceux que nous traversons.

En ce sens, le « multilatéralisme » de Macron, c’est la façon dont son équipe gouvernementale cherche à faire valoir les intérêts de l’impérialisme français, même si avec une efficacité plus que discutable, comme l’affaire de la fin de l’accord nucléaire iranien l’a démontré.

Hypocrisie " pacifiste " et impasse du " souverainisme "

Ainsi, Macron à cherché à infléchir son positionnement politique en Europe et dans le monde.

Chantre il y a quelques mois du camp des « progressistes » contre celui des « nationalistes et réactionnaires », Macron a amorcé un nouveau positionnement vers la thématique de la « souveraineté européenne », nouvel axe de sa politique.

L’Élysée le confirme, dans la nouvelle optique de Macron : « la vraie souveraineté passe par une action européenne ».

Ainsi, le président français a-t-il été très présent cette semaine pour défendre son projet « d’armée européenne », démontrant qu’au-delà des discours moralistes sur la paix et la concorde entre les peuples Macron cherche - lui aussi - à doter la France, à travers l’Europe, de forces militaires capables de défendre les intérêts des capitalistes en cas de besoin.

Il faut « nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des États-Unis » car sans « véritable armée européenne », « on ne protégera pas les Européens ». C’est en ces termes que Macron s’est positionné face au retrait américain du traité de désarmement nucléaire.

Selon la vieille formule consacrée, « qui veut la paix prépare la guerre », Macron, même s’il affirme qu’il « n’a jamais dit qu’il fallait créer une armée européenne contre les États-Unis », n’en soutient pas moins l’idée d’une « Europe puissante » et autonome dans sa défense.

L’appel à renforcer l’industrie européenne d’armement, pour que l’Europe ne soit plus dépendante des armes américaines, montre à quel point le multilatéralisme de Macron est, en fait, un " faux semblant " qui cache la montée des tensions et des risques de conflit à l’avenir.

Boris Lefebvre

revolutionpermanente.fr