Chroniqueuse sur " Europe 1 ", la belle-fille d’Emmanuel Macron en service après-vente " philosophique " du couvre-feu

, par  DMigneau , popularité : 0%

Chroniqueuse sur " Europe 1 ", la belle-fille d’Emmanuel Macron en service après-vente " philosophique " du couvre-feu

Capture d’écran " Europe 1 "

Pour sa deuxième " carte blanche " sur " Europe 1 ", Tiphaine Auzière, la fille de Brigitte Macron, s’est livrée à un plaidoyer décomplexé en faveur du couvre-feu décrété par son beau-père. " On ne la fait pas intervenir en soutien de quiconque, ce n’est pas du tout le sens de cette chronique ", nous assure pourtant " Europe 1 ".

Elle n’est pas sortie " de la cuisse de Jupiter ", mais c’est tout comme. Ce jeudi 15 octobre, la fille de Brigitte Macron, Tiphaine Auzière, se familiarisait avec un nouveau petit boulot : éditorialiste sur " Europe 1 ".

Pour sa deuxième chronique, celle qui est présentée à l’antenne comme " avocate et femme engagée " – et non comme belle-fille du président de la République - s’est livrée à un numéro " intellectuel " de service après-vente des mesures sanitaires annoncées mercredi soir par Emmanuel Macron.

" Coup de cœur "

" Alors ce soir - Tiphaine - c’est un coup de cœur, on peut dire ça comme ça, pour l’intérêt général ", lance le présentateur Julian Bugier, gêné aux entournures. Car, fâcheux hasard, « l’intérêt général » semble coller " pile-poil " à ce qu’a décidé le " pater familias " Macron - du moins aux yeux de Tiphaine Auzière.

Faute de pouvoir parler de " coup de cœur pour le chef de l’État ", nous voilà donc embarqués dans une dissertation " historico-philosophique ".

Du côté d’ " Europe 1 ", on se défend de tout prosélytisme macronien : " Hier soir, si vous écoutez bien, elle ne dit pas que le couvre-feu, c’est bien. Elle a une réflexion philosophique, qui est beaucoup plus large ", nous explique le rédacteur en chef d’ " Europe soir ", Christophe Carrez.

" On ne la fait pas intervenir en soutien de quiconque, ce n’est pas du tout le sens de cette chronique. "

https://www.dailymotion.com/video/x7wun3k

Pour en avoir le cœur net, venons-en donc au texte : " Comme vous et beaucoup de Français hier soir, j’ai écouté les annonces du président à la télévision (…), et forcément ça interroge sur le recul de nos libertés face à l’état d’urgence ", convient Tiphaine Auzière.

" Mais dans l’Histoire, les libertés ont souvent été contraintes - pendant les guerres, on pense à la " Guerre d’Algérie ", après les attentats de 2015 - et c’est vrai qu’à cette occasion, la liberté de s’exprimer, de se déplacer, de manifester sont (sic) restreintes, comme ça a été le cas avec l’assignation à résidence pendant le confinement, ou maintenant le couvre-feu ", continue l’éditorialiste.

Et puisque nous " sommes en guerre " contre le " Covid-19 " - selon le président de la République - nécessité fait loi, ou du moins décret.

" L’homme est un loup pour l’homme "

Dans une dialectique un tantinet réductrice, la juriste oppose alors au respect des nouvelles contraintes sanitaires la seule " pulsion individualiste " : « Face à ce recul des libertés, je comprends que des voix se fassent entendre et viennent dire spontanément : ’" Moi, je ne veux pas de ça ! Il faut désobéir de manière civique, parce que je n’ai pas envie de porter un masque, parce que si je vais au restaurant et que je me contamine, ça me regarde, et je suis maître de mes heures d’entrée et sortie à mon domicile." »

Tant pis pour la " pensée complexe " si chère à son beau-père : les objections ne relevant pas du pur égoïsme - la dissolution du lien social, les dégâts économiques, l’efficacité sanitaire de ces mesures - passent aux oubliettes.

L’absence complète de débat contradictoire au sein de la représentation nationale, soulignée par Julian Bugier, ne semble pas davantage chambouler Tiphaine Auzière.

« C’est un sujet et des personnalités s’en sont emparées. Je pense à Nicolas Bedos, qui a dit : " on peut au moins s’exprimer sur le sujet et dire quelle est son opinion ", et peut-être que l’opinion des uns ou des autres - en l’occurrence la sienne - c’est de dire : " je veux vivre quitte à en mourir " », explique-t-elle, sans pour autant répondre à l’animateur.

Et de rembrayer sur une argumentation " cousue de fil blanc " : " En l’état actuel, est-ce que vivre pour soi, ce n’est pas condamner l’autre. Et cela nous renvoie aussi à la théorie d’Hobbes : l’homme est un loup pour l’homme. "

Quel dommage que le contrat social français soit fondé sur le consentement éclairé à l’autorité ! La dissertation de Tiphaine Auzière aurait touché en plein dans le mille sans cet agaçant détail.

La philo pour les nuls

L’éclatante démonstration de la légitimité des nouvelles restrictions frappant les libertés individuelles continue : " Quelle est la première des libertés ? Si on regarde la " Déclaration universelle des droits de l’Homme " de 48, tout individu a droit à la vie. Donc, il appartient à tous les citoyens, et a fortiori à l’État, de garantir ce droit à la vie ", analyse Tiphaine Auzière.

Les lois seraient donc là pour protéger les membres de la communauté politique en restreignant les libertés individuelles ?

Quelle découverte ! " L’intellectuelle " omet au passage de mentionner que le même article 3 de la déclaration de 48 consacre également le droit à la… liberté.

Foin d’argutie, Tiphaine Auzière, " défrayée " pour ses services selon la radio, poursuit son cours de philosophie pour les nuls : " Qui plus est, quand on regarde la DDHC, la liberté consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas à autrui ", fait-elle valoir.

" Aussi, si je refuse de suivre des mesures sanitaires qui sont proposées par un conseil scientifique, je fais prévaloir ma liberté au détriment de votre santé. " Soit, mais tout le débat porte justement sur quelles portions de liberté « l’État » est prêt à hypothéquer. Tout comme sur la grande flexibilité avec laquelle le gouvernement aborde la notion de " nuisance pour autrui ", selon qu’elle ait lieu au travail ou à domicile.

Ces " nuances " semblent échapper à la vision " surplombante " de Tiphaine Auzière : " Si j’accepte un encadrement temporaire de la liberté, j’assure la protection de tous et particulièrement des plus faibles ", martèle la chroniqueuse.

" Avec une restriction limitée dans le temps et garantie par un organe démocratique, le Parlement, puisque s’il y a une prolongation, ça fera l’objet d’un vote devant le Parlement. "

Elle est pas belle la vie ?

Rappelons que l’éditorialiste " ne dit pas que le couvre-feu, c’est bien ", selon le rédacteur en chef de l’émission.

" On ne va pas refaire le pedigree à chaque fois "

Puisque le doute semble permis sur ce point, pourquoi ne pas avoir, au moins, prévenu l’auditeur étourdi des liens familiaux unissant Emmanuel Macron et Tiphaine Auzière, dont l’intervention hier soir était, selon " Europe 1 ", calée de longue date ?

" Les liens ont été signalés lors de sa première intervention le 1er octobre ", assure Christophe Carrez. " On ne va pas refaire tous les pedigree à chaque fois. Qui plus est, il ne faut pas réduire Tiphaine Auzière à la belle-fille de... On ne la fait pas intervenir pour ça. "

Mais bien pour des interventions de " haute volée ", tel que : " Nous sommes face à un choix : celui de pouvoir mettre notre liberté individuelle au service de l’intérêt général, pour un temps donné ", conclusion presque comique puisque ce choix relève de l’évidence depuis des mois pour les soignants, enseignants, policiers, fonctionnaires, militaires, et tant d’autres.

Aucun " mélange des genres ", non plus, quand Tiphaine Auzière affirme : " Le président a conclu de manière fort intéressante lorsqu’il a dit : " Nous sommes en train de réapprendre à être pleinement une nation. (…) " ?

« L’idée de la " Carte blanche ", c’est de faire participer des représentants de la " société civile ".

Tiphaine Auzière fait partie d’un large volant d’éditorialistes de toutes sensibilités, tout comme Julien Dray, Aurélie Jean, Eric-Emmanuel Schmitt, Thomas Porcher ou Julia de Funès " », soutient le rédacteur en chef d’ " Europe Soir ".

Lequel précise toutefois que la question de la poursuite de cette collaboration " se posera évidemment pendant la campagne présidentielle ", " Europe 1 " veillant alors à être " comme toujours irréprochable ".

Ouf.

Louis NADAU

Marianne