Chômage, l’ennemi qui a terrassé François Hollande

, par  DMigneau , popularité : 21%

Chômage, l’ennemi qui a terrassé François Hollande

ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA

Si la hausse sévère du chômage en mars (+ 43 900 personnes en catégorie A) doit beaucoup au retour d’inactifs découragés sur le marché du travail, le quinquennat se solde par un demi-million de privés d’emploi supplémentaire. Explications.

Sortie arrosée d’une rincée de mauvais chiffres pour le chef de l’Etat : après deux mois de " stabilisation ", le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité a bondi de 43 900 en mars dernier (+ 1,3 %) pour atteindre 3,76 millions de personnes. Soit la plus forte hausse depuis février 2013. Une surprise d’autant plus douloureuse qu’une semaine plus tôt, l’Acoss annonçait, sur le même mois de mars, des embauches en CDI bondissant de 2,8 % (+ 11,3 % sur un an).

Alors que se passe-t-il ?

Le fléchissement de l’intérim est-il dû à un brin d’attentisme des employeurs à la veille de la présidentielle ?

Pragmatiques, ces dirigeants n’ont pas suspendu leurs plans sociaux comme ils l’avaient fait à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy. En revanche, on découvre dans les données détaillées de la Dares que, outre un recul des entrées en stage (moins 15 000 sur le dernier trimestre), la hausse des inscrits en catégorie A est surtout nourrie par… 100 000 reprises d’activité. C’est-à-dire que des citoyens désœuvrés qui s’étaient découragés, sensibles à un nouvel afflux d’annonces de jobs, reviennent sur le marché du travail.

Un phénomène que l’on observe également aux Etats-Unis.

Un échec semblable à celui de Sarkozy

Dans la durée, si l’on apprécie l‘ensemble du quinquennat de François Hollande, son échec ressemble finalement fort à celui de Nicolas Sarkozy.

D’abord un certain attentisme en attendant la reprise. Puis une politique de l’offre complexe - un CICE au lieu d’une baisse directe de charges massive ciblée sur les PME - qui nourrira une certaine méfiance des chefs d’entreprise. Lesquels ont longtemps craint un changement de cap, quand bien même leurs marges se redressaient.

Ensuite, des atermoiements sur l’apprentissage (suppression d’aides finalement rétablies), une réforme du code du travail mal pilotée et un recours massif à des contrats aidés stigmatisant leurs bénéficiaires au lieu de leur offrir une formation cousue main qualifiante.

A la décharge de François Hollande et de ses ministres du Travail successifs (comme pour Nicolas Sarkozy), ils devaient enclencher une décrue du chômage dans un environnement adverse.

D’abord, la population française croît de 150 000 actifs l’an.

Ensuite, depuis 2008, le recul de l’âge de la retraite à 62 ans incite 160 000 séniors à différer leur départ de deux, voire trois ans, pour disposer d’une pension à taux plein.

Autant de jobs en moins, pour les jeunes notamment.

Enfin, l’Europe, en imposant une austérité bornée et en finançant tardivement un soutien aux Neets (jeunes ni en emploi ni en formation), a aggravé le sort de nos 6 millions de privés d’emploi en catégorie A, B, C.

Efficacité outre-Atlantique

Aux Etats-Unis, l’administration Obama et la FED, qui statutairement se soucie du plein emploi à la différence de la banque centrale européenne, ont - quant à elles - mené une politique bien plus vigoureuse et efficace afin que les citoyens surnagent dans la crise.

A charge donc pour le successeur de François Hollande, « de renforcer la croissance et son contenu en emplois par des politiques qui favorisent une économie de la qualité plutôt que la concurrence par le coût du travail et la précarité », milite véronique Descaq, numéro deux de la CFDT.

Quant à la CGT, elle tire la sonnette d’alarme sur la précarisation des séniors de plus de 50 ans : 1 357 100, un nombre en hausse depuis 11 mois consécutifs

Laurence Dequay

Marianne